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Mise au point après WHI (publiée en juillet 2002)

dimanche 2 novembre 2003.

Pourquoi une mise au point spéciale ?
Cette intervention est justifiée par un fait exceptionnel :
Une étude initiée au Etats Unis, prévue pour durer 8 ans et demi a été interrompue prématurément, après seulement 5 ans, parce que les auteurs de l’étude ont acquis la conviction qu’ils faisaient courir un risque certain aux femmes auprès de qui ils évaluaient l’effet du traitement substitutif de la ménopause.

De quelle étude s’agit il ?
Il s’agit de l’étude dite WHI, qui avait pour but de tester les effets d’un traitement hormonal, composé de deux produits, parmi les plus prescrits aux Etats Unis. La composante œstrogène, qui provient d’urine de juments gravides, est constituée de plusieurs molécules de la famille des oestrogènes.
Le progestatif est connu sous le nom de AMP, acétate de médroxyprogestérone.
La méthode et la technique adoptées par les auteurs en font une étude digne de confiance et d’intérêt :
Plus de 16000 femmes enrôlées dans l’étude. Deux groupes d’environ 8000 femmes. Un groupe recevait les hormones, l’autre des comprimés identiques mais ne contenant aucune hormone.

Quels renseignements recherchaient ils ?
Les scientifiques cherchaient à évaluer l’effet de cette combinaison hormonale sur :
 Les accidents vasculaires et cardiaques
 Le cancer du sein
 Le cancer de l’utérus
 Le cancer du côlon
 Les fractures du col du fémur
 L’espérance de vie

D’où vient l’idée de traiter la ménopause ?
Les hormones sexuelles cessent d’être sécrétées à la survenue de la ménopause.
Leur chute brutale, et par la suite leur absence, causent de nombreux troubles, bouffées de chaleur, troubles du sommeil, perturbations de l’humeur…
Comme elles sont, dans l’espace de la vie génitale, utiles à bien des processus, leur disparition perturbe ces processus. L’ostéoporose s’accélère, les maladies cardio vasculaires surviennent plus fréquemment, l’humeur, l’entrain, les performances de la mémoire et les performances intellectuelles en général sont amoindries.
Les oestrogènes ont, sur les vaisseaux sanguins, un effet de dilatation. Ils sont donc susceptibles de favoriser l’irrigation des tissus, en particulier cérébraux et cardiaques. Ils ont aussi un effet bénéfique sur le cholestérol et les triglycérides. Enfin les oestrogènes ralentissent les processus de déminéralisation osseuse, et parallèlement accélèrent ceux de la reminéralisation.
Par contre, on sait que ces hormones favorisent la multiplication cellulaire au niveau du sein et de l’utérus. Au total, on s’attendait à un bienfait sur les maladies cardio vasculaires, sur l’ostéoporose, sur les capacités intellectuelles, et l’on redoutait leurs effets au niveau du sein et de l’utérus, tout en se disant que les effets sur ces tissus cibles se neutraliseraient, la progestérone étant censée contrebalancer l’effet des oestrogènes.

Comment ont évolué nos connaissances en la matière ?
Les américains, dans les années cinquante ont l’idée de prescrire des hormones aux femmes ménopausées, en remplacement. Ils arrivent rapidement à la conclusion de que l’œstrogène est l’hormone principale.
De nombreuses études, effectuées en particulier sur du personnel infirmier, concluent à une forte protection contre l’ostéoporose et les maladies cardio vasculaires des personnes traitées.
Un peu plus tard, il apparaît qu’il faut associer un progestatif pour contrer le risque de cancer de l’endomètre, ce velours qui tapisse les faces de l’utérus. En 1991 un coup sérieux est porté à notre optimisme, Dupont et Page notent une augmentation des cancers du sein sous traitement de la ménopause et attribuent ce phénomène aux progestatifs. L’incrédulité prévaut à cette époque, où nous étions tous persuadés qu’au contraire la progestérone était l’hormone anti-cancer du sein, puisque nous la prescrivions à toutes celles qui se plaignaient de seins douloureux. Les études se suivent au cours de la décennie qui assoient cette idée du risque de cancer du sein favorisé par la présence du progestatif.
1998 et 1999, deux études, particulièrement bien conduites, HERS et PEPI concluent à deux mises en garde :
 Le traitement de la ménopause peut être néfaste et augmenter le risque cardio vasculaire la première année de sa mise en route, en particulier chez les femmes souffrant déjà d’un problème vasculaire.
 Le traitement, lorsqu’il associe un progestatif à l’œstrogène, c’est à dire chaque fois que la patiente a toujours ses organes génitaux, augmente le risque de voir survenir un cancer du sein, de 8% chaque année, les 8% ne portant que sur le risque « naturel ». Exemple : à 58 ans, après 5 ans de traitement, le risque passe de 3,7% à 5,2%.
Pour déprimer encore un peu plus les partisans du traitement substitutif, son bienfait est aussi remis en cause lorsqu’il est associé au traitement de la maladie d’Alzheimer.

Quels ont été les résultats de l’étude WHI ?
Au terme de près de cinq années, d’une étude qui devait durer 8 ans et demi, ils ont noté que :
 Les femmes qui avaient pris le traitement hormonal avaient souffert d’un nombre supérieur de cancers du sein, d’accidents cardiaques, de thromboses veineuses et d’embolies pulmonaires.
 Celles qui ne l’avaient pas pris avait eu plus de cancers du côlon, plus de fractures du col du fémur, et un nombre égal de cancer de l’utérus.

Etait ce justifié d’interrompre l’étude ?
Quand les scientifiques ont acquis la certitude que la délivrance prolongée des hormones à la moitié des participantes risquait d’augmenter leurs chances d’avoir un cancer ou un accident vasculaire, ils ne se sont plus sentis autorisés à les soumettre plus longtemps à ce risque sans les en informer. Dès lors, l’étude qui reposait sur la méthode dite en « double aveugle », où ni le médecin, ni le patient ne sait dans quel groupe il se situe, ne pouvait continuer, autant pour des raisons de crédibilité que pour des raisons de responsabilités des auteurs.

Dois je en conclure qu’il me faut arrêter le traitement que je prends ?
Cette décision vous appartient.
Je suis en effet incapable de vous dire si les résultats de cette étude sont applicables à votre cas particulier, ne serait ce que du fait que je n’ai jamais utilisé les produits incriminés, et que nous sommes très nombreux dans ce cas en France.
Nous utilisons, en guise d’œstrogène, principalement de l’oestradiol, qui est le principal œstrogène présent en période d’activité génitale alors que l’étude a porté sur une « soupe » de 5 à 6 oestrogènes différents, dont l’oestradiol.
Le progestatif, lui aussi, est peu utilisé en France. Cela signifie t il que les nôtres n’ont aucun effet délétère ? Sans doute non.
Moins d’effet délétère, péjoratif ? Sans doute oui.
Combien moins ? Je l’ignore.
Vous êtes certainement en mesure d’apprécier l’effet qu’a le traitement sur votre vie quotidienne. Vous êtes sans doute en mesure de comparer votre état actuel à ces moments que vous avez passés sans traitement, ou bien à des femmes, dans la famille, parmi les voisines, connaissances, qui ne prennent pas le traitement. Vous sentez vous mieux, moins bien ?
Est ce que vous avez l’impression de gagner en qualité de vie ?
Est ce que vous avez l’impression que cela vous permet de « rester dans la partie » ?
Vous êtes suivie régulièrement.
Il est possible, si vous le désirez, d’améliorer ce suivi, de le resserrer.
Parfois, mais pas toujours, cela permettra de prévenir ou de traiter plus rapidement un problème qui surviendrait, je pense en particulier au cancer du sein.
C’est à vous de voir.
Ca ne peut être que votre décision.
Le fait que ce soit votre décision ne nous dédouane pas de notre responsabilité à vous surveiller dans les conditions que vous avez sciemment choisies mais on ne peut pas prendre la décision pour vous.

Pourquoi n’y a t il pas d’études de faites avec les produits que nous utilisons en franc et en Europe ?
Il y a des études mais elles n’ont, ni l’importance, ni les moyens, ni l’objectivité, ni la rigueur de celles conduites aux Etats Unis.

Si j’interrompt mon traitement hormonal, qu’est ce que vous pouvez me proposer en remplacement ?
Rien.
Les traitements spécifiques des bouffées de chaleur sont des molécules classées parmi les neuroleptiques, dont il est difficile d’envisager une presciption au long cours. Les phyto oestrogènes ne sont pas efficaces et n’ont pas encore prouvé leur innocuité, surtout aux doses préconisées, celles issues du fameux « régime asiatique ».

Docteur Albert Ohayon




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