On doit donc vérifier systématiquement et méticuleusement l’ensemble des organes et
structures fœtales. L’énumération peut paraître fastidieuse, mais je vous décris
là le cheminement de l’examen.
Cela débute par l’observation de la vitalité, avec l’activité cardiaque, et des
mouvements, de leur harmonie. Puis, on passe en revue tous les organes :
L’extrémité
céphalique
L’ovale du crâne, la symétrie du cerveau par rapport cette ligne, la faux du cerveau,
qui le partage en deux d’arrière en avant. On note, à la base du crâne, la présence et
la largeur du cervelet. On prend des mesures, la distance entre les tempes, entre le front
et l’occiput et la largeur des ventricules cérébraux.
La face
On repère les narines, qui sont symétriques, puis la lèvre supérieure pour
s’assurer de l’absence d’un bec de lièvre. Sur le profil, on vérifie que le menton est
sur la même ligne que le front. On mesure l’écartement des yeux et l’os du nez qui est
plus court lors de certaines anomalies chromosomiques.
Il faut vérifier la présence et l’harmonie des trois segments des membres inférieurs
et supérieurs. On doit compter les doigts de chaque main et les orteils des pieds. Deux
mesures doivent être faites, l’os de la cuisse, le fémur, qui renseigne sur la
croissance fœtale et la longueur du pied qu’il faut lui comparer. Le fémur ne doit
pas être beaucoup plus court que le pied.
On doit l’examiner sur toute sa longueur. On recherche une anomalie, qui n’est pas
exceptionnelle, au cours de laquelle certaines vertèbres du bas du dos sont ouvertes en
arrière et laissent à nu la moelle épinière.
Il est composé des deux reins, situés sous le thorax, de part et d’autre de la
colonne vertébrale, et de la vessie en bas et au centre du pelvis. Les reins doivent
être présents et symétriques en forme et volume. On vérifie que l’urine est bien
produite, qu’elle se collecte dans la vessie, visible sous la forme d’une tache noire de
volume variable. Les canaux qui conduisent l’urine, les uretères, ne sont pas visibles à
l’état normal.
Le cœur occupe le centre et une partie du côté gauche du thorax. On place la
sonde de manière à visualiser sur une même coupe les quatre cavités, deux oreillettes
et deux ventricules. Le cœur droit et le gauche sont symétriques. On repère les
vaisseaux principaux qui se croisent en s’échappant du cœur : l’aorte qui décrit
une crosse avant de descendre vers l’abdomen et l’artère pulmonaire qui se divise avant
de plonger dans les poumons.
Le doppler, dont sont pourvus certaines machines, permet de suivre le sang dans son
cheminement. Le procédé, que vous connaissez déjà, permet de repérer le sens du
mouvement d’une structure. Le codage couleur attribue le rouge aux déplacements vers la
sonde et le bleu à ce qui s’en éloigne.
Le sang dans le cœur du fœtus suit un cheminement particulier, très
différent du nôtre :
Il arrive par les veines correspondantes dans les deux oreillettes. La cloison qui les
sépare est pourvue d’un clapet qui permet le passage du sang de la droite vers la gauche.
Puis, des oreillettes, le sang passe dans les ventricules au travers des valves. Enfin,
des ventricules, il est éjecté dans l’artère pulmonaire à droite et l’aorte à gauche.
Il existe, chez le fœtus, un canal qui se ferme à la naissance, qui permet le
passage de l’artère pulmonaire vers l’aorte. Grâce au doppler couleur, on peut suivre le
cheminement du sang et vérifier qu’il n’existe pas de communication anormale qui pourrait
gêner l’oxygénation du sang à la naissance.
Vous l’aurez compris la partie droite ne "traite" pas beaucoup de sang en
période fœtale. C’est normal, les poumons ne sont pas encore opérationnels, ils le
deviendront quand bébé respirera l’air.
Il est séparé du thorax par le diaphragme, que l’on individualise sous la forme d’une
ligne fine et claire (noire).
On voit le foie en haut à droite, dont la vésicule biliaire est déjà visible,
l’estomac, une volumineuse tache noire en haut à gauche et les intestins et le côlon qui
forment une masse hétérogène dont on ne verra les mouvements que plus tard dans la
grossesse.
L’étage digestif est fermé en avant par la paroi abdominale, souple. Elle est percée
par le cordon, contenant les vaisseaux ombilicaux, deux artères fines et une veine, plus
large, qui sert de repère pour la coupe de l’abdomen sur laquelle on va faire les
mesures. Ces dernières reflètent la croissance et le développement fœtal.
Le cordon
Il sert à nourrir et oxygéner le bébé. Le sang est transporté vers le placenta, il
est détoxiqué, enrichi, et ramené vers le fœtus. On peut évaluer les échanges
entre la mère et l’enfant en mesurant, au doppler, le débit du sang dans les artères
ombilicales. On a recours à un calcul encore plus subtil en mesurant le débit
instantané seconde par seconde. Les variations de celui-ci permettent encore mieux
d’apprécier la qualité de cette perfusion. Ce sang provient du cœur fœtal, qui
se contracte pour se vider, c’est la systole. Puis il se remplit de nouveau, c’est la
diastole, pour se vider encore, comme une pompe. Lors de la contraction, le sang est
poussé vers le placenta, le débit est élevé à ce moment précis. Quand le cœur
se recharge, que fait le sang dans l’artère ombilicale ? Il devrait continuer à
s’écouler grâce à l’impulsion cardiaque précédente. Si le placenta, qui est censé
accueillir le sang pour l’enrichir, ne joue pas bien son rôle, il va y avoir des
résistances et le débit lors de la diastole va chuter. On peut calculer la résistance
à l’écoulement du sang dans les artères ombilicales et, par conséquent, en déduire la
qualité des apports destinés au bébé.
C’est l’organe qui fait le lien entre la mère et son enfant. Il est enraciné dans
l’épaisseur du muscle utérin, en relation avec les artères maternelles dans lesquelles
il puise pour nourrir le ftus. Il ne faut pas qu’il recouvre l’orifice du col, parce
que l’enfant doit sortir avant son placenta. Il ne pourrait naître par les voies
naturelles.
Le liquide amniotique
Il provient des urines et de la transpiration de bébé qui le boit aussi. Il se
renouvelle toutes les deux heures. Il protège l’enfant, lui permet de bouger et d’avoir
un espace pour se développer. On doit toujours noter l’abondance du liquide. Son
insuffisance ou son excès peuvent révéler des anomalies.
Voilà, vous avez pu le constater, cet examen est très détaillé. Par conséquent il
prend du temps et nécessite de s’y consacrer pleinement.
Souvent les parents pensent que se sera l’occasion de "voir" bébé, et
pourquoi pas, en famille. L’expérience montre que les frères et sœurs qui
accompagnent les parents ne reconnaissent pas ce qu’on leur montre du bébé. De plus, il
faut le dire, même si ça vous fait parfois de la peine, ils perturbent souvent l’examen.
Car l’enfant supporte mal que les adultes présents ne s’intéressent pas à lui. Il
cherche souvent à attirer l’attention et déconcentre le médecin.
L’enregistrement vidéo de l’échographie est proposé par certains. Il permet de
visionner en famille la balade au pays de bébé. Je pense, pour l’avoir fait pendant des
années, que ça n’a d’intérêt que si c’est commenté, avec un micro et une petite
flèche pour préciser les éléments sur l’écran. Enregistrer l’examen à visée
médicale, le vrai, ça n’est pas très intéressant, soyons honnête, hormis, peut-être,
pour les parents qui sont systématiquement émerveillés par toute parcelle du corps de
bébé. Je doute qu’on puisse intéresser le cercle familial élargi avec des
détails anatomiques. "Là, j’ai le foie, la coupe quatre cavités du cœur, les
ventricules cérébraux", là j’ai le beau-frère qui s’ennuie et baille en se curant
le nez. Pour captiver un non-spécialiste, il faut s’attarder sur les mains, les pieds, le
profil et les oreilles. Dans ces conditions, vous faîtes l’unanimité. Et tout le monde
de s’écrier : "c’est beau la technique, de mon temps ..."
Difficile à faire en supplément de l’examen, ça n’est plus vraiment de la
médecine. Il faudrait y passer une heure ou risquer, en insistant sur l’accessoire,
de rater l’essentiel.