La pilule fait elle prendre du poids ?
Quand on lit les études sur le sujet, celles qui nous sont présentées en ce moment nous disent qu’il y a peu de modification de poids.
Ca ne reflète pas ce que je vois au cabinet.
Une fois sur quatre, on me rapporte une prise de poids, en général stabilisée au bout de trois mois.
A mon sens, l’action des oestro-progestatifs sur le poids passe par au moins 2 mécanismes :
En premier lieu, la rétention d’eau, résultant de l’effet des oestrogènes, souvent réversible lors de la semaine d’interruption de la prise.
Cette action va crescendo du premier au dernier jour de la prise. Prise de poids quand on monte sur la balance mais pour détailler, elle ressentent une sorte de ballonnement abdominal, sensation de gonflement, de lourdeur des jambes et des cuisses et pour finir, les tensions mammaires.
A quoi reconnaît on qu’il s’agit là de rétention d’eau ? Au fait que lors de la semaine d’arrêt de la pilule la patiente vous décrit une véritable débâcle urinaire, au cours de laquelle elle se débarasse de la masse hydrique supplémentaire stockée sous l’effet des oestrogènes principalement.
Cet effet n’est pas retrouvé chez toutes les patientes. Je ne saurais l’expliquer mais on le retrouve plus souvent chez ces patientes qui ont toujours eu à lutter contre la prise de poids, celle dont les rapports avec l’alimentation a toujours été conflictuel.
L’autre versant de la relation pilule poids se déroule au niveau hormonal.
Nombre de progestatifs contenus dans les pilules actuellement sur le marché sont dérivés de la testostérone. Pour les pilules de 3ième génération, ça n’est pas le cas mais il paraît évident que certains produits de dégradation de ces progestatifs sont des androgènes.
Oestrogènes et progestérone concourent à perturber le métabolisme glucidique, à favoriser l’insulino résistance : Plus d’insuline circulante, donc un métabolisme qui a tendance à plus stocker, un organisme qui à tendance à réclamer plus d’hydrates de carbone. Pour corser le tout, cet hyper-insulinisme va induire une production supplémentaire d’androgènes par l’ovaire. Il en résulte deux conséquences, la masse graisseuse augmente et elle se localise plus volontiers dans les sites de stockage de l’homme, en particulier le ventre.
Les dernières pilules mises sur le marché prétendent agir contre la prise de poids. Sur le papier, le progestatif qu’elles contiennent, la drospirénone, a deux avantages, il a des propriétés anti-androgéniques et une légère activité anti-minéralocorticoïde. En théorie, il pourrait agir (au moins partiellement) sur les deux mécanismes énoncés plus haut, mais c’est sans compter sur la « complexité hormonale » et le fait que le labo voulait faire d’une pierre deux coups et agir sur l’acné, ce qui dans un premier temps l’obligeait à la doser un peu fort en oestrogènes. Depuis, des versions allégées en oestrogènes sont disponibles.
Le 20/07/2009
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