L'actualité en gynécologie

L'ACTU DE MARS 2000

Tempête autour du traitement substitutif de la ménopause

JAMA, qui s'illustrait déjà il y a un mois sur ce même sujet, jette un nouveau pavé dans la mare du traitement de la ménopause.
Certaines études avaient suggéré que le traitement hormonal retardait l'apparition et réduisait la progression de la maladie d'Alzheimer.
L'article de cette semaine contredit cette thèse. Il relate les résultats d'une étude effectuée sur 97 patientes atteintes d'une forme débutante de maladie d'Alzheimer qui avaient eu une hystérectomie. Ce choix a été motivé par le désir de tester spécifiquement les oestrogènes, non associés à la progestérone. Cette seconde hormone est associée systématiquement pour éviter l'emballement de la muqueuse utérine quand les patientes ont toujours leur utérus.
Le tirage au sort a désigné trois groupes, l'un a qui on donnait un placebo et deux autres auxquels on administrait des oestrogènes de ceux qui sont couramment utilisés aux Etats-Unis.
L'état des patientes était côté de 1 à 7 selon une échelle dite d'impression globale de changement clinique et selon des critères divers incluant la mémoire, la motricité, l'aptitude aux activités de la vie quotidienne.
Observation et comparaison des résultats après un an de traitement :
A l'évaluation des changements observés au cours de la période, notée de 0 à 7, 4 tant la stabilisation, 5, 6 et 7 l'aggravation croissante, (Clinical Global Impression of Change), le groupe sous traitement hormonal était coté à 5,1 contre 5,0 pour celles prenant le placebo.
80% de femmes traitées ont subi une aggravation des troubles, contre 74% du groupe placebo.
Pour ce qui est des autres observations cliniques, il n'y a pas de différence, exception faite de l'échelle d'évaluation de la démence, échelle permettant de stratifier les patients selon la sévérité de la démence à base de l'observation de six critères, mémoire, hygiène personnelle… Sur cette échelle, CDR, allant de 0 à 3, les groupes oestrogènes ont perdu 0,5 points contre 0,2 au groupe placebo.
Cette étude tend à démontrer que les oestrogènes sont inutiles dans l'arsenal du traitement de la maladie d'Alzheimer.
Pourtant, des études effectuées sur l'animal avaient montré que les oestrogènes, agissant à divers niveaux, réduisaient les conséquences sur le tissu cérébral d'un ralentissement de vascularisation expérimental. D'autres études, tout aussi bien documentées, ont montré que le traitement substitutif retardait la survenue de la maladie.
Que déduire de ces études ? Se contredisent elles ?
Il semble que non. La destruction des cellules cérébrales observée dans la maladie d'Alzheimer résulte de deux processus successifs : une phase d'installation et une autre de propagation. Les oestrogènes semblent agir préférentiellement dans les zones intéressées par la première phase, parce qu'ils y sont mieux reçus et ne seraient pas en mesure de contrecarrer le processus dans les zones touchées lors de la deuxième phase, celle de la propagation.
Les auteurs admettent le rôle de verrou protecteur des œstrogènes pour l'initiation de la maladie mais lui dénient celui d'aide du traitement de la maladie une fois installée.
Ils mettent en garde, pour finir, les professionnels contre la propension actuelle à trop rapidement associer aux protocoles thérapeutiques des traitements, en l'occurrence les oestrogènes, dont on devrait considérer qu'ils sont encore en phase d'évaluation.