L'invité du magazine

Le père Noël

Notre invité est le père Noël

On n'a pas perdu la tête, à FemiWeb. On n'a pas pu faire autrement. On a reçu un message. On vous dira pas comment, vous comprendriez pas, enfin, on veut dire, pas encore mais ça viendra. Là, dans le message, un mot griffonné dans une langue, on vous dira pas laquelle, vous comprendriez pas, pas encore et, on n'en était au message, il disait, ou plutôt, on a cru comprendre, ce serait plus honnête de le dire ainsi :
J'aime bien ce site. Il est marrant et sérieux aussi. J'aime surtout qu'on y palpe du gentil. Elle est marrante Elizabeth. Je sens en elle une bonne mère, avec ce qu'il faut d'humour, ce qu'il faut de bonté, ce qu'il faut d'intelligence et ce qu'il faut de générosité. J'ai repéré une rubrique, l'invité du mois et je veux bien être l'invité.
On s'est dit qu'avec un scoop pareil, il pourrait figurer dans le site de Libé, ou Paris Match et là le message nous a répondu que non, il voulait être l'invité de FemiWeb et qu'il fallait pas qu'on essaie de comprendre, qu'on comprendrait pas, pas encore.
Il a ajouté qu'il voulait Elizabeth et pas l'autre, le redacteur.
Et le redacteur, il a fait semblant de pas comprendre.

 

LE PÈRE NOËL N'EST PAS CELUI QUE VOUS CROYEZ

L'interview du père Noël

Voilà, m’a dit le père Noël… Je veux bien que tu publies une interview de moi sur Internet, mais faudrait que tu arrêtes de douter… Toi, tes enfants, tes amis… Toi, tu me connais, puisque tu m’as appelé, alors pourquoi tu laisses dire des trucs épouvantables sur moi ? Il était pas content, le père Noël… Pas content de nous… Parce qu’il paraît que, pour être grand, il faut croire et dire et affirmer que le père Noël n’existe pas ! Cette interview, je l’ai faite par téléphone. Il est un peu …surchargé pour l’instant, le père Noël.
Cela dit, il n’a pas changé. Sa voix est toujours aussi chaleureuse. Il est assez vieux. Il est même tout ridé, à force de sourire. Je l’ai vu l’année dernière, il ressemble un peu à Victor Hugo. Il vit dans un pays de neige. Un pays où le pur est partout. Un jour où je n’avais pas la forme, il m’a dit, le père Noël, qu’il y avait un truc ultra simple pour retrouver le moral. Il m’a dit : «prends un petit dans tes bras, colle ton nez contre sa joue et regarde le monde à travers ses yeux». Vous allez rire, mais ça marche. Ce qui le met un peu en boule, le père Noël, c’est de se faire récupérer. La rançon du succès… Enfin, lui, il ne dit pas récupérer, il dit détourner… Il dit qu’on se trompe un peu, quand on pense se faire mutuellement plaisir en rajoutant aux cadeaux qu’il nous prépare une profusion de petites choses… De matériel…
Le père Noël, il l’a bien repéré, que ce qui nous manquait le plus, c’était le sourire. Alors il s’est mis en tête de passer une fois par an, pour nous surprendre, nous apporter du bonheur… Evidemment, il a du monde à voir ! Alors on intervient, parce qu’on n’y croit pas assez. On collabore, mais lui, il trouve qu’on ne collabore pas comme il aimerait.

Lui, le père Noël, il aimerait, comme coup de pouce, qu’on fasse un peu plus simple. En un sens, il trouve ça bien, qu’on se donne un peu de mal, une fois par an, pour l’aider. Qu’on essaie un peu de faire plaisir aux autres, qu’on pense un peu à eux. Il dit même que le fait d’avoir des attentions pour ses proches, c’est un bon début… Cela dit, facile d’être philosophe, quand on est vieux. Mais quand même. Puisqu’on lui donne la parole, il met son grain de sel, le père Noël. Et moi, bêtement, qui lui dis «facile de dire ça, toi, tu n’as pas de soucis, pas un casse pied pour t’énerver, pas d’impôts, pas de grippe, t’as beau jeu de dire ça…»… Et en plus, il a de la neige tout le temps, ça apaise, tout ce blanc…
Là, le père Noël, il a été gentil. Il m’a rappelé son truc, le truc de la joue du bébé, et il m’a dit «essaie» ! Et il m’a rappelé le principe, son principe, le fait d’avoir une attention pour quelqu’un comme ça, juste pour le plaisir, par surprise. Il m’a dit «c’est comme la joue de bébé, ça marche à tous les coups…». C’est pour surprendre, qu’il vient la nuit. Nous, évidemment, on peut surprendre le jour. Lui il est contraint à surprendre la nuit, parce qu’on le guette… Mais nous, on peut surprendre le jour. La nuit. Le soir. Forcément, nous, on n’est pas des pros, donc l’effet de surprise nous est presque garanti… Alors, le père Noël, il m’a dit que puisqu’on lui donnait l’occasion de s’exprimer, pour une fois, ce qu’il voulait nous dire, c’est qu’au lieu de lui faire une concurrence déloyale à coup de carte bleue une petite fois par an et de raconter à qui voulait l’entendre qu’il n’existait pas… Baliverne ! , on avait tout à gagner aux petits imprévus de trois fois rien qu’on pouvait s’offrir au jour le jour. Un petit «tu es belle à croquer, je t’emmène au restau», un câlin sous la couette, un bonjour au facteur, un «je te donne des brassières»… Mais c’est forcé qu’il dise ça, le père Noël, parce qu’il nous aime bien.