Votre vécu

IMG POUR T21

Des sigles et des maux.

C'était le motif de mon séjour à l'hôpital au début de cette semaine.
En dix huit mois nous avons fait exploser le compteur des statistiques en réalisant deux fausses couches spontanées et puis en apprenant ce diagnostic implacable: votre foetus est atteint de trisomie 21, c'est une anomalie du caryotype, cela on le savait déjà, et avant même de pratiquer l'amniocentèse nous avions décidé d'interrompre cette grossesse si un tel résultat nous était annoncé, et ce malgré les deux fausses couches précédentes.

Il faut savoir comment se déroule une intervention de ce genre sur une grossesse de 20 semaines. Il faut savoir que l'anesthésie se fait par péridurale, que le travail est provoqué chimiquement, que dans notre cas cela a duré douze heures d'affilée non stop. Mais au delà de la souffrance physique, qui est supportable, il y a tout l'aspect psychologique de l'intervention. Le récit systématique de vos antécédents car des sages femmes n'ont pas lu votre dossier, des médecins qui vous traitent comme un numéro ou dans ce cas comme une IMG pour T21 c'est ce qui est marqué sur la feuille de suivi, un pédo psychiatre qui ne lit pas le dossier et qui est manifestement particulièrement perturbé lorsque vous lui faîtes le récit de votre passé gynécologique ou obstétrical. Il y a aussi la douleur de mettre un terme volontairement à cette vie que l'on sent en soi, ce petit être qui bouge déjà, avec lequel on a fait connaissance visuellement lors de l'échographie.
Nous avons fait le choix de pratiquer amniocentèse, c'était un VRAI choix, une décision que nous avions prise du fait de mon âge. Mais à l'annonce du diagnostic nous étions confrontés à une tout autre réalité. Nous n'avions plus le choix: la sagesse et la société nous dictaient la conduite à tenir: Il fallait interrompre cette grossesse et ce malgré la douleur que cela pouvait induire.
Cette IMG est pour moi un geste d'amour envers ce bébé que nous ne verrons pas grandir, envers notre fille qui vient d'avoir trois ans et envers notre entourage proche. Dans une autre civilisation, à une autre époque et si la société voyait autrement ces êtres "différents" nous aurions probablement décidé autrement. Mais la vie d'aujourd'hui ne permet pas de gérer la différence, elle ne permet pas le "hors normes" et regarde "de travers" ceux qui décideraient de braver et de passer outre la norme. Si la nature n'a pas jugé utile de supprimer les T21 in utéro par fausse couche précoce comme elle le fait pour d'autres anomalies chromosomiques, c'est bien parce que la Trisomie n'est pas si " hors normes " même si elle est contraignante.

Quel choix faire alors!
Laisser naître cet enfant: il est évident que nous l'aurions aimé, choyé, comme notre petite fille, mais lui, n'aurait-il pas souffert de ses différences, notre amour aurait-il été suffisamment puissant pour apaiser ses maux? et nous une fois disparus, que serait-il devenu? avions-nous le droit d'imposer cette responsabilité à notre petite fille de trois ans.....
Lorsque je regarde le ciel, je pense à lui, c'était un petit garçon, je souris et me remémore son petit visage si serein malgré les douze heures de travail qui ont provoqué son décès in utéro, nous avons voulu le voir, il pesait 380 grammes il était beau et on distinguait une esquisse de sourire sur son petit visage. Je souffre malgré tout, mais en tout état de cause je me dis que si nous l'avions laissé vivre cela n'aurait été que pour satisfaire ce désir d'enfant déjà contrarié par deux fausses-couches, c'est à dire par pur égoïsme, sans penser à ce qu'aurait été sa vie, sans penser aux pathologies associées dont il aurait pu souffrir, sans songer un instant à la vie de sa soeur une fois que nous aurions quitté ce monde.

Les autres penseront ce qu'ils veulent, le geste que nous avons accompli avec les médecins est avant pour nous un geste d'amour. (P.G.)