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LE BILLET LIBRE

Docteur Charles Melman psychanalyste


Une créature juridique : L'autorité parentale

Devant les difficultés juridiques des mères seules, les magistrats ont suggéré la reconnaissance d'une autorité égale à celle du père, de la mère sur l'enfant. Et dans les années 70, l'Assemblée Nationale a voté unanimement, dans un bel élan de reconnaissance à l'endroit de ces électrices dévouées, la substitution au pouvoir du père d'une autorité parentale désormais bicéphale ; seul Monsieur Mazeaud semble avoir émis des réserves.

Le bien-fondé pratique de cette loi ne saurait être mis en doute. En revanche, on s'étonnera que le législateur se soit dispensé de consulter les ethnologues et les psychanalystes sur les incidences sur la subjectivité de l'enfant d'une mutation aussi radicale. Sans doute auraient-ils fait remarquer que la distinction des rôles maternel et paternel est au coeur de toutes les cultures et que ses modalités s'imposent comme si elles étaient naturelles, sans relever d'aucune délibération volontaire. La législation, surtout par les Romains, du pouvoir paternel ne faisait qu'entériner un état des moeurs essentiel de la vie familiale et des échanges sociaux. Repris par nos religions, il était le garant pour l'enfant d'une régulation subjective marquée par la tempérance, le goût de l'effort, le droit à l'autonomie, le respect de la loi et des devoirs. Bien sûr, l'histoire est riche de tous les manquements à ces invitations et la figure paternelle n'a cessé de se dégrader avec la distorsion entre les idéaux familiaux et le pragmatisme social.

Mais il est étrange que nos sociologues n'interrogent jamais le rôle de sa disparition, par la grâce de l'autorité parentale, dans l'état actuel de notre jeunesse.

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