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| L'EDITO |
| Israël Nisand, médecin gynécologue accoucheur, rapporteur du projet sur l'allongement du délai de l'IVG en France |
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Contre la réification du fœtus humain Le débat actuel sur le délai légal de l'IVG s'est jusqu'ici nourrit de prises de position parfois radicales où s'opposent d'un côté les droits de la femme à disposer de son corps et de l'autre côté, un spectre de considérations diverses qui vont des difficultés techniques et morales que peuvent rencontrer les médecins aux droits à la vie d'un individu fragile et faible qui doit être protégé. Au cours des dernières années, près de 5000 femmes françaises ont été obligées de se rendre à l'étranger chaque année pour avorter souvent dans des conditions psychologiques et matérielles déplorables. Des institutions médicales à nos frontières se sont spécialisées pour les accueillir en développant un marketing publicitaire en France. Il n'est pas rare de surcroît de constater que parmi les éléments qui ont participé au dépassement de délai, on trouve la faible disponibilité des rendez-vous hospitaliers voire une manière un peu sévère de calculer l'âge gestationnel ou encore des attitudes clairement hostiles à l'IVG de la part de certains personnels de santé. L'allongement du délai légal ne constitue pas en fait la meilleure solution. L'allongement de 2 semaines du délai légal ne fera pas disparaître la détresse des femmes qui se trouveront au delà du nouveau délai et qui constituent plus de la moitié des femmes qui se rendent à l'étranger pour avorter. L'allongement du délai légal d'IVG provoque un croisement avec le délai du diagnostic prénatal qui, en France, est fait entre 11 et 12 semaines de grossesse. Or le développement du diagnostic prénatal en France est probablement le plus développé et le plus précoce au monde. En revanche, de nombreuses anomalies du fœtus peuvent se détecter à partir de 11 semaines de grossesse et dans le dépistage actuellement mis en œuvre en France, c'est principalement les anomalies graves qui sont recherchées. Depuis 1994, la loi dite Bioéthique fournit un cadre précis à l'avortement pour malformation fœtale : lorsqu'il existe une malformation d'une particulière gravité réputée incurable au moment du diagnostic, la demande d'interruption de la grossesse que peut alors formuler le couple est analysée par un collège d'experts médicaux qui vérifie la gravité et l'incurabilité de la maladie fœtale. Ce dispositif est opérationnel depuis 1999 et ajoute donc à la demande parentale une caution médicale d'ailleurs importante pour le couple qui se trouve donc accompagné dans cette démarche difficile. L'allongement du délai d'IVG au delà du délai de diagnostic prénatal annulerait les effets positifs de la loi de 1994 en offrant au couple une possibilité d'effacement pur et simple de la grossesse sans que l'accompagnement médical nécessaire à une telle démarche puisse s'opérer. Enfin, bien que le sujet soit difficile, il faut évoquer le thème des droits du fœtus. La conception vitaliste, longtemps largement dominante en France donnait au conceptus dès sa fécondation les mêmes droits que ceux d'un sujet de droit puisqu'il ne s'agissait plus d'un objet. Cette vision en "noir et blanc" ne correspondait pas à la réalité psychologique et morale de la société française. Les droits d'un embryon à 8 cellules qui n'est pas encore nidé et qui peut encore donner lieu à 2 individus jumeaux par simple scission ne sont sûrement pas les mêmes que les droits d'un embryon nidé. Et les droits de ce dernier ne sont sûrement pas les mêmes que ceux d'un fœtus qui a terminé son embryogenèse. Enfin, les droits d'un fœtus viable hors du corps de sa mère sont à nouveau différents. Ainsi, l'acquisition progressive des droits de l'embryon et du fœtus culmine à la naissance où la plénitude des droits d'un sujet qui est vu et nommé est enfin acquise. Il y a donc des délais qui changent les choses en matière d'IVG. Dire que tout est identique au cours de la grossesse du point de vue des droits du fœtus, c'est faire un amalgame entre le droit des parents de ne pas souhaiter une grossesse survenue accidentellement et le droit du fœtus de ne pas être avorté parce qu'il n'est pas conforme à une norme ou tout simplement parce que la parole médicale a inquiété ses parents. Une étape dans les droits du fœtus est en quelque sorte franchie dès lors que celui-ci est examinable. Cette limite a pour conséquence de ne plus réserver l'exclusivité décisionnelle au couple ou à la mère mais de lui adjoindre le consentement médical comme c'est le cas de par la loi dans le diagnostic prénatal. Le diagnostic prénatal a évolué dans les dernières années sur le plan technique de manière telle qu'il est possible de dire aujourd'hui que les moyens encore très onéreux de diagnostic en 3 dimensions seront dans peu de temps à la disposition de tous les praticiens. On pourra alors obtenir très facilement le portrait en relief d'un fœtus de 11 semaines de gestation. Ce qui aujourd'hui relève de l'exploit technique de quelques centres de haute technicité sera demain largement diffusé. Ne pas prendre en compte l'évolution de la société par rapport à la reproduction au moment d'un tel débat sur l'allongement du délai serait sûrement commettre une erreur que tout le monde se reprocherait ultérieurement. Propositions pratiques : Pour prendre en compte la nécessaire évolution des pratiques médicales à l'égard des femmes qui doivent se rendre à l'étranger pour avorter mais aussi les considérations sur le droit du fœtus qui évoluent avec l'âge gestationnel, il semble logique de proposer l'utilisation plus large de l'IMG (interruption médicale de grossesse) pour cause maternelle ou fœtale. Le réseau des centres pluridisciplinaires français est déjà en place et fonctionne sur des agréments de compétence délivrés par le ministre de la santé. Chacun de ces centres aurait à traiter une à deux demandes d'IVG pour délai dépassé par semaine et pourrait établir une balance entre l'âge gestationnel d'une part et la gravité de la situation présentée d'autre part (dans les situations graves évoquées plus haut). Les considérations éthiques qui animent cette réflexion devraient faire l'objet d'un large débat démocratique au sein du comité national consultatif d'éthique d'une part mais aussi devant les représentants élus du peuple à l'Assemblée Nationale. Les enjeux symboliques qui sous-tendent la décision d'allonger le délai d'IVG sont suffisants pour qu'une décision rapide sans débat national puisse être considérée plus tard comme une véritable erreur. Docteur Israël Nisand |
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