La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 29 mars au 5 avril 1999

Ecologique ou Eco-illogique

Pour sûr, lhomme de cette fin de 20ème siècle est futé. Cest le plus intelligent des homo erectus que la terre ait jamais porté. Il est malin, assurément. Il soccupe des écosystèmes.
Lhomo erectus du 20ème siècle, sil est vraiment moderne, se doit dêtre écologiste. Il se doit de soccuper de sa planète, davoir des idées& Bon. Lécologie, cest une belle science. Ca part au moins dun bon sentiment. Essayer de ne pas trop laisser de saletés sur cette planète si personne ne sait ce quils vont devenir. Daccord. Mais lécologie, ça va loin. Généralement même trop loin pour que jy comprenne vraiment quelque chose.

Lhomme, quand il est arrivé sur cette planète, était «chasseur-cueilleur». Cest à dire que, pour salimenter, il cueillait des fruits (et probablement des plantes&) et chassait du gibier. La chasse est maintenant au ban des accusés, particulièrement visée par les écologistes. Moi, je ne suis même pas capable sécraser une araignée, je ne chasse pas, je ne connais aucun chasseur et si on me donne une canne à pêche, je me contente de faire, avec un dégoût mal dissimulé, nager lasticot quelques heures sans rien prendre dautre quun vague coup de soleil et je suis presque persuadée que mon taux de réussite ne serait pas plus brillant si je pêchais dans un aquarium. Mais je ne vois malgré tout pas de différence flagrante, en ce qui concerne la viande, donc la bête dont elle provient, entre le fait quelle soit tuée dans un abattoir et le fait quelle ait été chassée dans la nature. Ca me semble cruel quon égorge des moutons, mais ça ne me semble pas formellement très gentil non plus quon les tue à la chaîne sous la bienveillante surveillance de vétérinaires. Dailleurs, les ligues de protections des gazelles ont sans doutes elles aussi des avis probablement assez mitigés concernant les techniques de chasse des lions&
Cela dit, cest ainsi. Lhomme écologiste ne doit pas manger de viande chassée. Même si la moitié de la planète meurt de faim et si, de ce fait, les considérations misérabilistes concernant les populations doiseaux migrateurs me laissent quelque peu songeuse& Dailleurs, facile de disserter des heures sur le sujet : les espèces qui disparaissent, il y en a eu bien avant même que lhomme ne pointe le bout de son nez de pollueur. Ces espèces disparues ont disparu du fait dévénements naturels, car même si les théories saffrontent, tremblements de terre et météorites sont des phénomènes naturels& Quant aux espèces qui disparaissent aujourdhui, pas besoin daller chercher dans lexotisme. A force de sélectionner les animaux délevage, la plupart des races bovines présentes chez nous au début du siècle ont simplement été rayées du paysage par simple décision ministérielle. Et puis accepter que, pour être écologiste, lhomme ne doive manger que des espèces domestiquées, cest accepter les désastres écologiques et les atteintes aux écosystèmes causés par lhomme depuis des millénaires justement en sélectionnant ces races quils ont cherché à domestiquer. Car après tout, même le chien est un non sens& Oui, je sais, on ne mange pas de chiens. Mais si lidée nous venait aujourdhui de domestiquer un animal comme nous avons domestiqué le chien, en le croisant, le recroisant, ce serait officiellement considéré comme un désastre& Même chose pour les autoroutes, les canaux, les barrages&
Jignore si les romains ont eu affaire aux écologistes de leur époque, mais le mur dHadrien, barrant lAngleterre, naurait jamais été construit aujourdhui, pas plus quil ne serait détruit aujourdhui et ce pour les mêmes raisons... Alors que les terre plains centraux des autoroutes sont de véritables écosystèmes protecteurs de faune et de flore, dans la mesure où ils sont parfaitement à labri des chasseurs cueilleurs que nous sommes&

Cela dit, ce dont je voulais parler aujourdhui, cest de lécologie « nature », verte et bleue, et particulièrement de leau. Et de lidée géniale du jour. On veut, pour économiser leau, récupérer les eaux pluviales. Cest vrai& ! Lidée était pourtant simple. Puisquon pompe trop dans les nappes phréatiques, trop dans les rivières, alors économisons, prenons leau où nous ne la prenions pas, leau qui tombe du ciel. Et cest bien là, que le bat blesse& Cest bien ça, qui fait que je ne comprends rien à lécologie& Elémentaire. Je veux dire école élémentaire. Le cycle de leau. Qui indique que, jusquà preuve du contraire, leau des rivières, des nappes et même leau de la mer, cest justement leau qui tombe du ciel. Ca coule de source, non ? Si on récupère leau de pluie, elle nira plus dans les rivières. Cest le degré zéro de léconomie, la base même de lapprentissage du gaspillage, du pas vu pas pris&

Pourtant, apprendre à nos enfants à ne pas gaspiller, à ne pas détruire, à ne pas saboter, cest important. Mais pas comme ça, non ! Ils lapprennent trop tôt, le cycle de leau, pour ne pas nous regarder en souriant quand linnovation quon leur montre est aussi dérisoire ou quon leur explique quun oiseau chassé est victime dune cruauté humaine déraisonnable en leur servant du chapon lors dun repas de fête !&

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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