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Manger son capital
Cétait une génération bizarre. No future& A force de nous répéter que nous avions tout, que rien nétait plus à inventer, la génération post 68 semblait un peu perdue.
Et cest vrai que ce vingtième siècle avait apporté son lot de bouleversements& Seulement voilà& Non contents davoir transformé le chat en prédateur du thon, non contents davoir transformé la vache en féroce carnivore, nous avons donné du coca cola aux poules belges, à moins que nous nayons enfin percé les secrets de fabrication de cette boisson, dont on peut maintenant légitimement se demander si elle nétait pas simplement un sous produit directement extrait de poulaillers. Et trop, cétait trop !
Alors finalement, nous avons sans doute la chance inouïe davoir un monde à réinventer. Ce que nous mettons dans nos assiettes, évidemment, mais pas seulement.
Dabord, lère industrielle. Cétait bien joli, de dire que tout était à notre disposition, mais si, pour que tout soit à notre disposition, on en arrive à inventer des machines qui vont toutes tomber en panne le même jour, cest que nous permettons à nos vies dêtre dépendantes des machines et que nous nen sommes plus les maîtres&
Ensuite, lère de la communication, de la télécommunication, de la télévision& Non contents davoir manipulé les infos au point que plus personne ne parvienne à y croire, nous sommes même parvenus à pervertir laspect loisir de ce puissant média. Avec plus de cent chaînes à notre disposition, les formats ne sont plus assez longs pour que la lecture du programme ne nous permette den choisir un avant la fin de lémission&
Lère géniale du pouvoir scientifique, également& Qui fait quon fait tout ce quon sait faire, sans plus de morale ni de conscience. Quon en arrive à faire des clones et à triturer notre patrimoine génétique dans des cellules de rats, de bovins ou de brebis.
Enfin, et cest malgré tout un point des plus quotidiennement importants, ce que nous mettons dans nos assiettes. Il fallait organiser la lutte contre la famine et être à même de la prévenir, cest évident. La famine nétait pas uniquement un fléau médiéval, pas plus quelle nétait sensée se limiter aux continents lointains. Au siècle dernier, elle a décimé lIrlande.
Toujours est-il que folie des grandeurs ou besoin maladif daller jusquau bout de lère industrielle, on a normalisé à outrance, manipulé des espèces, croisé en entrecroisé les plantes au point que même les diététiciens nont plus de difficultés à sy retrouver. On parle de légumes, mais à quoi bon préciser de quel légume on parle puisque maintenant, les tomates, on les trouve même en décembre et quelles sont ramenées au rang de légume simple, ou de simple légume. Ni au toucher, ni à lodeur on ne peut les différencier dune pomme ni même dune pomme de terre, au point quon se demande sil ne serait pas réaliste de penser faire des frites avec& Dailleurs, pas mal denfants pensent que le lait sort des usines et nimagineraient même pas quon puisse utiliser des pommes de terre qui sortent de la terre, oui, de la vraie terre, pour faire des frites& Les frites, normalement, ça sort dun congélateur& Si, si&
Même chose pour ce qui est des animaux& Jusquau début du siècle, chacun avait quelques poules, dans son jardin. Au moins pour les Sufs& Un beau jour, on a décidé que cétait quand même mieux de faire tuer ses poules sous le contrôle dun vétérinaire et dindustrialiser tout ça. On craignait pour lhygiène. Alors on a décidé de ne donner que de la nourriture stérile aux poules. Nimporte quoi pourvu que ce soit stérile. Résultat, pourquoi pas leur donner du coca, aux poules&
Alors, une fois de plus, porte grande ouverte aux sectes. Il y en a même une qui sest spécialisée dans la nourriture. Linstincto je ne sais quoi. Qui dit quil faut manger ce quon a envie de manger, ce quon sent, à lodeur. La secte la plus futée de cette fin de siècle. Parce que sentir quelque chose, faut vraiment être fort&
A moins, et cest ce que je crois, que ce soit vraiment une chance. La chance de retomber sur terre et de donner un vrai avenir à nos enfants, en leur permettant de recréer leur vie. Finalement, totalement aux antipodes du no future&
Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)
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