La petite famille
 

Une femme et son temps

Retour à la page sommaire

L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 8 au 15 février 1999

Avoir un médecin..dans ses relations

Nous entretenons, avec la médecine, les médecins et la santé au sens le plus large, de bien curieuses relations.
Nous dépensons, pour nous soigner, plus que pour nous nourrir, nous loger ou même entretenir notre si chère voiture (si, si, même les hommes.). Or, la relation que nous entretenons avec notre santé est presque assimilable à la relation que nous entretiendrions avec des sciences occultes. Il y a des modes, des tonnes de papiers, dans la presse grand public, sur lesquels on se jette comme on dévorerait un horoscope, des sujets prêtant à polémique. Il y a des pour, il y a des contre. Pas pour ou contre le fait d'avoir la santé, non, mais pour ou contre la technique employée pour y parvenir. Pour ou contre l'accouchement par voie basse, pour ou contre l'allaitement, pour ou contre la vaccination contre la grippe ou l'hépatite, pour ou contre l'homéopathie, pour ou contre l'ostéopathie, la réflexothérapie, la phytothérapie et j'en passe. Et quelle que soit la catégorie dans laquelle on se trouve, on se croit obligés de militer. D'être pour. D'être contre. De croire. De ne pas croire.

Pour tout dire, j'ignore dans quelle catégorie je me place vis à vis de la santé. Certaines techniques ne me semblent pas très éprouvées scientifiquement mais, Dieu merci, nous sommes bien souvent en meilleure santé que nous ne le pensons et la technique n'est, dans bien des cas, là que pour nous rassurer et nous donner le coup de pouce qui accompagne une guérison naturelle qui serait survenue de toutes façons. D'ailleurs, et bien qu'aucune preuve formelle n'ait jamais été apportée sur son efficacité par aucune équipe scientifique de par le monde, je pratique de façon quasi quotidienne la soufflothérapie avec d'excellents résultats et je n'ai, à ce jour, rencontré aucun effet secondaire. Je ne suis «contre» ni le sucre en poudre, ni le sucre en morceaux, ni les tisanes, ni le mélange de tout ça bien. D'ailleurs, Socrate n'a-t-il pas apporté la preuve formelle de l'efficacité antalgique majeure de la phytothérapie ainsi que de sa parfaite efficacité dans la lutte contre la dépression et dans la prévention des maladies infectieuses et cardiovasculaires ? Cela dit, si, comme toutes les mamans le savent, je sais que souffler sur un bobo marche parfaitement, je n'ai aucun complexe à utiliser des antalgiques plus efficaces que la seule imposition des mains face à une douleur plus importante.
Sincèrement, c'est plus un problème linguistique qu'un problème scientifique ou de croyance qui fait que je n'ai jamais consulté d'ostéopathe. Mais simplement, le pathe, c'est le malade. Le psychothérapeute, c'est le médecin, le psychopathe, c'est le malade. La cardiopathie, c'est la maladie, le cardiologue, c'est le thérapeute. Voilà. C'est tout à fait irrationnel, je sais. Mais je l'ai dit dès le début.

Quant à la relation avec le médecin, elle est tout à fait atypique et presque aussi extrême. Il y a ceux qui ne consultent jamais et ceux qui consultent pour rien, tous les jours et tous les spécialistes. Il y a ceux qui croient dur comme fer à leur immortalité, sont à l'affût de tout dérèglement de cette belle machine que constitue leur corps et ceux qui haïssent la médecine parce qu'elle ne sait pas très bien soigner un rhume. Il y a ceux qui pensent que le médecin est là pour vous soigner et ceux qui sont sûrs que le médecin est là pour tout, du collagène dans les lèvres au redimensionnement des seins en passant par «comment faire pour perdre deux kilos» et le Viagra. Il y a ceux qui savent qu'un rhume pas soigné dure sept jours alors que soigné, il ne dure qu'une semaine. Il y a ceux qui trouvent ça bien et ceux qui s'en indignent. La vie est faite comme ça et le rapport à la santé est nécessairement passionnel.

Le problème de l'ambiguïté d'une telle relation est qu'elle conduit à s'écarter de toute rationalité. Nombre d'entre nous ont besoin d'avoir une relation très affective avec leur médecin et se demandent souvent par quel biais certains médecins, véritables cancres relationnels, ont de tellement bons résultats. Serait ce que la thérapeutique qu'ils emploient est meilleure que celle qu'emploient d'autres médecins ? Je ne le pense pas. Seulement, choisir un médecin parmi les «brutes» de la profession, c'est aussi une vraie démarche thérapeutique. C'est aussi se garder la possibilité de se dire que si la thérapeutique échoue, c'est de la faute du médecin, ce qu'on a naturellement plus de difficultés à faire avec un médecin avec lequel on entretient des relations plus humaines. C'est aussi aimer qu'il vous dise les choses durement, crûment, de façon à ce qu'on puisse librement choisir de rêver. On veut à tout prix avoir des triplés, ou un garçon, ou une fille, bien que tout cela ne constitue pas à proprement parler de réels problèmes de santé. Le médecin vous parle d'humain, de raisonnable ? Vous dit que vous n'avez qu'1% de chances d'avoir des triplés et que peu de chances de pouvoir choisir le sexe de votre bébé et vous explique pourquoi ? Inutile. Vous voulez des triplés et vous préférez qu'il vous dise 1% plutôt qu?il ne vous explique pourquoi ce n'est généralement pas possible. Parce qu'1%, ça vous permet de rêver. Pas d'explication humaine à la désillusion, surtout pas. Vous avez une copine qui a eu des filles à chaque fois qu'elle prenait de l'aspirine ? Vous en avez une autre qui a eu des triplés après avoir pris huit jours d'antihistaminiques ? Vous êtes prête à le faire ! Tant pis si le médecin, le bougre, ne comprend pas pourquoi. Vous attendez de lui qu'il vous donne des chiffres, le rêve, vous vous en chargez.

Tant pis si la technique n'est pas très académique. Tant pis si ça ouvre toute grande la porte aux charlatans qui nous vendent à prix d'or LA technique qui nous permettra d'avoir enfin une fille, un garçon ou des triplés, garantie de remboursement en prime. Cela dit, il serait sans doute bon de se garder de trop de comportements tout à fait irrationnels, parce qu'un jour, on nous vendra LA méthode infaillible pour avoir des enfants à la fois beaux et intelligents, remboursable à tous les parents trouvant leur enfant laid et stupide. Parce que cette technique, elle est déjà au point.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 


Contact - Top - Légal - Promouvoir FemiWeb

Copyright © 1998-2003 FemiMedia All Rights Reserved