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Bébé a du rythme. Oui, son rythme.
Il est né& Il est vraiment tout petit. En six mois, il fera largement plus que doubler son poids. Quant à sa taille, toutes proportions gardées, cest un peu comme si un adulte d1m 80 devait, en six mois, grandir de plus de 50 cm& Avec de telles données, on comprend aisément ce besoin quasi constant de salimenter&
Seulement voilà, nous, la nuit, on trouve ça difficile. Enfin, pas toutes. Cest entre difficile, très difficile, tuant ou carrément lhorreur& Et on plaint les mamans& Et on leur pose, jour après jour, LA question& Ca y est, il fait ses nuits ? Et patatras, en plus de pas dormir la nuit, on doit mentir pour protéger notre bout de chou adoré, pour quil ne passe pas pour un attardé auprès des copines, qui elles aussi, mentent pour les mêmes raisons& En fait, les nuits, cest difficile. Dune part parce quon ne leur demande pas de faire leurs nuits, mais les nôtres, ce qui change évidemment tout suivant que notre rythme physiologique nous conduise à dormir cinq ou onze heures par nuit, dautre part parce quil est indispensable, compte tenu de cette prodigieuse croissance, que nos bébés puissent aussi salimenter la nuit, et ce, quon ait besoin de cinq ou onze heures de sommeil.
Le malaise, il vient du fait que lorsquon nous demande de faire quelque chose la nuit, nous ne sommes pas forcément en état de le faire. Le problème, cest que ces longs réveils nous perturbent, nous angoissent à lavance et quon entend dire tant de choses à ce sujet que le problème devient réel. Jai entendu dire, par une spécialiste du sommeil (des mères), que quand un bébé pleurait la nuit, cétait pour appeler sa mère et que si elle venait, il comprendrait rapidement que ça marche et le referait sans cesse& (Heureusement, que ça marche, tant quil ne marche pas !)& La théorie exacte du bébé capricieux. Elle disait quil fallait quand même se lever pour voir sil ne sétait pas étouffé, mais surtout ne pas le prendre... Moi, cette théorie me gène, et pas seulement parce quelle est scientifiquement inexacte : un bébé qui sest étouffé ne pleure pas, et mieux vaut généralement ne pas attendre quil se soit tout à fait étouffé pour se lever...
Je ne pense pas que les bébés soient capricieux. Je ne pense pas non plus quil soit particulièrement sain de leur donner le plus vite possible des farines afin de les lester et de rendre leur réveil totalement impossible. Sil avait fallu lester les bébés, ça aurait été prévu dans le lait maternel& Et je ne suis pourtant pas un héros qui a adoré se lever deux ou trois fois la nuit& Je pense sincèrement que le problème est plus simple que ça. Dabord, les bébés, ils ont vécu neuf mois avant de naître. Neuf mois au chaud, neuf mois au bruit, neuf mois alimentés en continu. Et ils ont besoin de manger pour grandir. Et ils ont besoin de caresses et de contact pour grandir. Pourquoi penser quils font ça pour nous poser des problèmes ? Un besoin de contact, un besoin de caresses ? Supposons quon nous dise, alors que nous sommes en train de créer une relation affective avec quelquun, que si lon a besoin ou simplement envie de le voir, cest un caprice ? Supposons que notre mari nous dise, juste après un câlin, « va te coucher ailleurs, ou tu vas thabituer »& Ou pire, « je ne tembrasse pas maintenant, je viens de le faire il y a moins dune heure »& On le prendrait pour une brute, un pervers& Comme si lamour quon peut donner à son bébé pouvait le rendre capricieux& ! Dautant plus que son besoin est immense, quil a vécu au cSur de nous pendant longtemps et que cette séparation peut aussi lui être difficile à lui& Maintenant, le besoin de manger& Jignore totalement la raison qui a poussé le bon sens populaire ou médical à affirmer que le bébé avait besoin de sept biberons par jour, un toutes les trois heures (ce qui, dévidence, occulte complètement le biberon de la nuit, à moins que 7 fois 3 ne fassent 24, ce dont je doute), toujours est il que maintenant, biberon ou sein, on se cantonne à ce « toutes les trois heures& ». Comme si la méthode à utiliser pour donner le sein devait être calquée sur la méthode pour donner le biberon. Comme si loriginal devait nécessairement sinspirer de la copie& Or, manger, pour le bébé, cest vraiment un besoin physiologique. Comme lenvie de faire pipi. Supposons quon nous dise, un jour, que pour une bonne santé vésicale, nous devions faire pipi toutes les trois heures. Ni plus, ni moins. Eté comme hiver. Grossesse ou pas. Boissons ou pas. Ca nous rendrait vraiment la vie impossible, non ? Alors, sil simpatiente, sil na pas encore compris que trois heures, cest trois heures, on lui donne une tétine. Un peu comme si, à nous, alors quon a faim, on nous disait : « vous navez quà jouer une heure ou deux avec une fourchette ». Et on attend quils nous prennent au sérieux ?
La vérité, ou du moins ce quil mapparaît, cest quà force de conseils et de schémas mille fois répétés, nous finissons par avoir peur de nos bébés. Peur quils ne pleurent la nuit, peur quils ne sarrêtent jamais de pleurer, peur quils soient différents, peur de se voir dire, à la moindre difficulté, que nous avons mal fait. La courbe de croissance à la mode est aux antipodes de la courbe de croissance harmonieuse. Pour bien faire, il faudrait quils soient au maximum de la courbe de taille et au minimum de la courbe de poids& Trois heures, cest trois heures& Dailleurs, la tétine me semble être une des preuves les plus manifestes de la peur que nous semblons avoir de nos bébés. Une tétine quon emploie bien souvent que comme une sorte de muselière, pour surtout quil ne crie pas& Une tétine, en anglais, cest un pacifier. Et bon sang, sont ils donc si dangereux, ces bébés, que nous ayons besoin de les pacifier ? Ces peurs, elles sont pour une grande part irrationnelles& Tous les bébés dorment un jour ou lautre. Sils pleurent, cest quils ont envie ou besoin quon soccupe deux. Alors faisons le, simplement& Il pleure la nuit, a besoin de manger ? Pour quelle obscure raison devrions nous sortir de la couette, nous installer plus ou moins confortablement dans un fauteuil en tentant de ne pas attraper mal au dos et perdre trop de cette douce chaleur du sommeil, attendre quil se soit presque rendormi, nous relever, nous recoucher ? Se passe-t-il, dans notre lit, quelque chose de si horrible que nous ne puissions le lui montrer ? Les psy crieront au vice& mais dune part ce ne sont pas les psy qui se lèvent à notre place et le vice, cest pas tous les jours à trois heures du matin, non ? Recoucher un enfant avec nous, cest sêtre réveillée si peu de temps quon sen souvient à peine. Il tête, au chaud, se rendort avec nous. Il se rendort plus vite. Lapprentissage quil en retire, cest que la nuit, on dort. Même papa, même maman&
Avec en corollaire, que jallais oublier tant cest une évidence, le fait quon na pas besoin dêtre tout seul pour être heureux et quon ne lui attribue pas le pouvoir de nous effrayer. Et ça, ça me semble essentiel quand les enfants grandissent, de leur avoir prouvé quon navait pas peur deux&
Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)
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