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| L'OEIL ET LA PLUME Chronique du réel |
| Tiré de l'édito d'Elizabeth Vivre jeunes très vieux
On aurait trouvé le moyen de ne plus mourir, ou plutôt de vivre jeunes très vieux A vrai dire, il ne sagirait pas dun moyen, mais de plusieurs. Lun concerne plutôt les femmes. Lautre technique nest pas particulièrement spécifique dun sexe. Elle consisterait à manger moins, nettement moins. Elle sapplique donc préférentiellement aux hommes, car on sait que les régimes très hypocaloriques perturbent de façon assez sérieuse la fertilité féminine, rendant cette technique relativement irréaliste pour des lignées de femmes. Manger moins, perdre cholestérol, triglycérides, faire une chasse effrénée aux radicaux libres, mais aussi maigrir inexorablement. Quelques personnes, convaincues de lefficacité de cette méthode dans la lutte contre le vieillissement, lexpérimentent actuellement. Toutefois, bien que séduisante et particulièrement «tendance», cette méthode a ses limites. Dune part, le régime très hypocalorique réduit de façon considérable la résistance au froid des individus, et nest donc applicable que dans des régions naturellement chauffées à moins denvisager sereinement le port de manteaux et de plusieurs pulls à longueur dannée, et dautre part, aux dires même des expérimentateurs, cette méthode a pour effet presque immédiat de vous donner lair malade. Avec pour conséquence indirecte une perturbation certaine des capacités de reproduction. Faute de combattants Bon. Cela dit, le problème, au départ nétait pas de trouver la clé permettant de vieillir heureux mais celle permettant de vieillir plus vieux. De battre Jeanne Calment, coûte que coûte. Quitte à ne pas avoir denfants. Quitte à ne rien manger. Le record pour le record. Evidemment, on imagine mal que cette méthode soit sensée, applicable. Vivre sans risques, vivre sans bonheurs aussi simples que celui dun repas délicieusement déséquilibré, vivre sans même pouvoir prendre le risque davoir des enfants quil faudrait nécessairement alimenter, vivre sans les plaisirs des repas partagés, quel intérêt cela peut il bien présenter ? Celui de vivre vieux. Alors nous reste la technique des mouches. Avoir des enfants, et en avoir même tard parce quils nous donnent lénergie, la fraîcheur. Quitte à affronter les radicaux libres, les gâteaux danniversaire, le champagne de la première dent, le cholestérol et les bouquets de fleurs de pissenlits. Après tout, le fait de réapprendre le bonheur en lapprenant dun tout petit est sans doute au moins aussi salutaire que de chercher les records de course en solitaire. Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste) |
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