Noël, la fête d'un enfant
« La quatrième planète était celle du
businessman. Cet homme était si occupé qu'il ne leva même pas la tête
à l'arrivée du petit prince. »*
Le poète l’avait dit… Et si ces petits princes, et si ces yeux
charmants, si tout cet amour là n’avait que ce besoin, ce désir
indicible qu’on pose les yeux sur eux… ?
En effet, force est de constater qu’en ce siècle qui va bientôt s’achever
la plus grande des énergies qu’a déployée l’homme l’a été au
service du business. Du business et de la codification. Du business et de
la normalisation… De la normalisation, de la codification rendant
possible le business…
A l’heure où le monde entier s’aperçoit qu’il y a cinq ans on n’envisageait
même pas de devoir programmer les ordinateurs avec des dates à quatre
chiffres, à l’heure où le monde entier semble se déchirer autour de
cette affaire de changement de millénaire, on apprend avec un étonnement
à peine dissimulé qu’il n’y a pas lieu de polémiquer sur le sujet.
En effet, le calendrier, et j’allais dire «même le calendrier» est
normalisé. Il y a une norme internationale qui régit la changement de
millénaire. Un jour, des hommes se sont réunis au plus haut niveau. Et
ils ont décidé que le calendrier se définirait par son origine. Premier
janvier de l’année un. Étonnons nous, après, que le désir de
normalisation nous gagne…
Le normal, l’anormal, le normalisé, le prévu, le codifié. Étonnons
nous, après, d’être tentés par une normalisation de ce que nous avons
de plus cher, nos enfants. Nous normalisons nos vies, nous tentons de
normaliser les leurs en normalisant leur éducation. Et comme les êtres
ne sont pas «normalisables», nous assistons à une rébellion de ceux
qui n’entrent pas dans la norme.
Au point que, pour être politiquement corrects, nous en sommes arrivés
à normaliser l’exception. Un auteur, récemment interrogé sur le pacte
civil de solidarité, est même allé jusqu’à imaginer sa prochaine
«normalisation», imaginant un délit de non observation du pacs, d’infidélité
au pacs, de marginalisation de toute relation hors pacs.
Et, contrairement à ce que nous aurions pu imaginer, ce siècle de la
communication nous a paradoxalement isolés. Isolés dans ce que nous
avons tous d’hors norme. En simplifiant le but, l’objectif que nous
pouvons avoir de rentrer dans une seule et unique norme, nous avons
infiniment compliqué notre vie. Nous n’agissons maintenant plus que
comme des businessman… En isolant tout ce qui est hors normes, nous
avons isolé les enfants.
Une fête les rassemble. Noël…Noël et son
cortège de choses parfaitement désuètes, Noël et sa magie, Noël et
tout ce qui ne peut pas être codifié. Peut être l’occasion de les
regarder. De poser les yeux sur eux. De ne plus être businessman…
* Le petit prince, Antoine de Saint Exupery
Elizabeth Dielh, staff de FemiWeb |