Mode de vies
Rarement conseil de puériculture n'avait permis une
telle amélioration d'une situation catastrophique. On aurait aimé ne
jamais avoir à en parler. On aurait aimé même que cela n'existe pas.
Malheureusement, on est bien obligés d'en parler, d'en reparler. La mort
subite du nourrisson, la chose la plus épouvantable qui soit pour les
parents, est actuellement en régression. Ouf… !
Il faut cependant, hélas, nuancer ces propos. Car à les lire, on a le
sentiment d'une avancée médicale inouïe, équivalente à celle qui a
fait chuter la mortalité des mères et des bébés lors des accouchements
quand on a découvert que le simple fait de se laver les mains sauvait un
nombre considérable de vies.
Là, on ne peut pas dire que la situation soit équivalente et ça change
vraiment de façon très profonde les données du problème.
Dans les années 80, on a conseillé aux parents de coucher leurs bébés
à plat ventre. Là, il s'agissait réellement d'un conseil de
puériculture. D'un conseil appuyé. Aucun parent ne faisait ça
naturellement. Et il nous a fallu lutter, nous parents, pour appliquer ce
conseil. Ca nous semblait tellement contre nature, de bloquer nos bébés
face contre le lit, épaules plaquées, tels des petits poissons auxquels
on enlevait ainsi toute possibilité de mouvement… Ca ne nous semblait
pas naturel. Alors on nous expliquait que c'était pour les protéger de
cette mort subite du nourrisson. Que ça leur fortifierait la nuque. Que
c'était bon pour eux, pour leur tonus. Evidemment, depuis la nuit des
temps et avant que cette théorie ne soit inventée, des générations de
nuques molles hantaient les villes… Ayant personnellement eu deux
bébés dans ces années là, je peux témoigner du fait que ce conseil
était bel et bien un conseil appuyé. Y déroger, coucher ses bébés
autrement que sur le ventre, c'était à coup sûr mourir d'angoisse et
avoir la certitude absolue que notre bébé allait s'endormir et ne jamais
se réveiller. Et que ça serait à cause de nous, de notre faute. A cause
de notre ignorance absolue de parents.
Ce conseil, de par son aspect profondément contre nature, contre ce que
n'importe quelle mère faisait depuis la nuit des temps, a eu de graves
conséquences. D'une part, il a perturbé les mères, parce que si elles
n'étaient pas capables de savoir comment coucher leur enfant, qu'étaient
elles capables de savoir du bien être de ce petit.
En effet, comment se fier à un quelconque instinct si on est
instinctivement capables de mettre en danger la vie même de son bébé ?
Mais, plus grave, infiniment plus grave, il a directement causé la
multiplication gravissime de la mort subite du nourrisson. Alors oui,
aujourd'hui, on est revenu sur ce "conseil". On exige même des
parents qu'ils ne couchent plus leur bébé sur le ventre. Et la mort
subite du nourrisson a chuté de 75% depuis que les parents ont fait
machine arrière. Est-ce pour autant à mettre au compte des progrès de
la médecine, alors que cette baisse de 75% ne nous a toujours pas fait
revenir à la situation initiale ?
Difficile à admettre !… Difficile à admettre parce que ce conseil dont
on se flatte aujourd'hui telle une avancée incroyable n'est qu'une banale
acceptation de ce que les mères avaient toujours fait. Et qu'il est bien
souvent prodigué de manière tout aussi dirigiste par des associations
spécialisées dans la lutte contre la mort subite du nourrisson et
qu'elles y associent de la même façon bon nombre de conseils dont aucune
forme d'efficacité ne peut être prouvée. Je n'en veux pour preuve que
le conseil associé du lit à barreaux. L'enfant doit être couché sur le
dos dans un lit à barreaux. Oui, mais combien de barreaux ? Sur un côté
du lit, ou sur les quatre ? Il est bien évident que des parents qui
perdraient leur bébé alors qu'il était couché dans un berceau
transparent comme dans les maternités, sur un matelas posé par terre ou
dans un grand lit se sentiraient coupables d'avoir omis les barreaux… Il
y a encore, dans la mort subite du nourrisson, une grande partie de morts
subites inexpliquées. N'oublions pas ce "inexpliquées". Et
axons la recherche sur ce qui fait que nous perdons encore des
bébés.
Parce que se flatter d'avoir fait baisser de 75% des
décès qu'on avait directement provoqués en n'acceptant pas de faire
confiance aux mères, s'en flatter en édictant des conseils tout aussi
farfelus que des conseils "architecturaux" portant sur la forme
du lit, c'est injurieux, profondément injurieux à l'égard des parents
qui, au cours des 20 dernières années, ont perdu des bébés qu'ils
avaient couché à plat ventre.
Elizabeth Dielh, staff de FemiWeb |