La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth du 10 au 17 janvier 2000

Mode de vies

Rarement conseil de puériculture n'avait permis une telle amélioration d'une situation catastrophique. On aurait aimé ne jamais avoir à en parler. On aurait aimé même que cela n'existe pas. Malheureusement, on est bien obligés d'en parler, d'en reparler. La mort subite du nourrisson, la chose la plus épouvantable qui soit pour les parents, est actuellement en régression. Ouf… !
Il faut cependant, hélas, nuancer ces propos. Car à les lire, on a le sentiment d'une avancée médicale inouïe, équivalente à celle qui a fait chuter la mortalité des mères et des bébés lors des accouchements quand on a découvert que le simple fait de se laver les mains sauvait un nombre considérable de vies.
Là, on ne peut pas dire que la situation soit équivalente et ça change vraiment de façon très profonde les données du problème.
Dans les années 80, on a conseillé aux parents de coucher leurs bébés à plat ventre. Là, il s'agissait réellement d'un conseil de puériculture. D'un conseil appuyé. Aucun parent ne faisait ça naturellement. Et il nous a fallu lutter, nous parents, pour appliquer ce conseil. Ca nous semblait tellement contre nature, de bloquer nos bébés face contre le lit, épaules plaquées, tels des petits poissons auxquels on enlevait ainsi toute possibilité de mouvement… Ca ne nous semblait pas naturel. Alors on nous expliquait que c'était pour les protéger de cette mort subite du nourrisson. Que ça leur fortifierait la nuque. Que c'était bon pour eux, pour leur tonus. Evidemment, depuis la nuit des temps et avant que cette théorie ne soit inventée, des générations de nuques molles hantaient les villes… Ayant personnellement eu deux bébés dans ces années là, je peux témoigner du fait que ce conseil était bel et bien un conseil appuyé. Y déroger, coucher ses bébés autrement que sur le ventre, c'était à coup sûr mourir d'angoisse et avoir la certitude absolue que notre bébé allait s'endormir et ne jamais se réveiller. Et que ça serait à cause de nous, de notre faute. A cause de notre ignorance absolue de parents.
Ce conseil, de par son aspect profondément contre nature, contre ce que n'importe quelle mère faisait depuis la nuit des temps, a eu de graves conséquences. D'une part, il a perturbé les mères, parce que si elles n'étaient pas capables de savoir comment coucher leur enfant, qu'étaient elles capables de savoir du bien être de ce petit.
En effet, comment se fier à un quelconque instinct si on est instinctivement capables de mettre en danger la vie même de son bébé ? Mais, plus grave, infiniment plus grave, il a directement causé la multiplication gravissime de la mort subite du nourrisson. Alors oui, aujourd'hui, on est revenu sur ce "conseil". On exige même des parents qu'ils ne couchent plus leur bébé sur le ventre. Et la mort subite du nourrisson a chuté de 75% depuis que les parents ont fait machine arrière. Est-ce pour autant à mettre au compte des progrès de la médecine, alors que cette baisse de 75% ne nous a toujours pas fait revenir à la situation initiale ? 
Difficile à admettre !… Difficile à admettre parce que ce conseil dont on se flatte aujourd'hui telle une avancée incroyable n'est qu'une banale acceptation de ce que les mères avaient toujours fait. Et qu'il est bien souvent prodigué de manière tout aussi dirigiste par des associations spécialisées dans la lutte contre la mort subite du nourrisson et qu'elles y associent de la même façon bon nombre de conseils dont aucune forme d'efficacité ne peut être prouvée. Je n'en veux pour preuve que le conseil associé du lit à barreaux. L'enfant doit être couché sur le dos dans un lit à barreaux. Oui, mais combien de barreaux ? Sur un côté du lit, ou sur les quatre ? Il est bien évident que des parents qui perdraient leur bébé alors qu'il était couché dans un berceau transparent comme dans les maternités, sur un matelas posé par terre ou dans un grand lit se sentiraient coupables d'avoir omis les barreaux… Il y a encore, dans la mort subite du nourrisson, une grande partie de morts subites inexpliquées. N'oublions pas ce "inexpliquées". Et axons la recherche sur ce qui fait que nous perdons encore des bébés. 

Parce que se flatter d'avoir fait baisser de 75% des décès qu'on avait directement provoqués en n'acceptant pas de faire confiance aux mères, s'en flatter en édictant des conseils tout aussi farfelus que des conseils "architecturaux" portant sur la forme du lit, c'est injurieux, profondément injurieux à l'égard des parents qui, au cours des 20 dernières années, ont perdu des bébés qu'ils avaient couché à plat ventre.

Elizabeth Dielh, staff de FemiWeb

 

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