La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 24 au 31 mai 1999

L'enfant est l'avenir de l'homme

J’ignore s’il était important ou non de se préoccuper de façon aussi passionnée de la place des femmes en politique. Ce que je constate en revanche, c’est qu’on a beau parler d’enfant roi, la place que nous accordons aux enfants dans notre société ne me semble être pas si monstrueusement enviable qu’il n’y paraît.
Personne en effet n’oserait séparer un petit animal, n’importe quel petit mammifère, de sa mère aussi longtemps qu’il est incapable de manger et de se déplacer seul. Nous le faisons. Nous ne le ferions pas avec les mammifères parce que nous craindrions non seulement de les tuer, mais, dans les cas où nous les sauverions, nous craindrions au minimum d’en faire des adultes inadaptés à leur monde, preuve que nous reconnaissons aux premiers mois de la vie animale et aux maman mammifères une puissance éducative et sociale irremplaçable.
Pourtant, nous le faisons pour nos bébés. Or, il semble que nous agissions socialement, et au moins «sociétalement» si je peux me permettre ce barbarisme, comme si les intérêts de la mère et ceux de l’enfant se situaient en concurrence, aux antipodes les uns des autres. Notre droit au travail, le droit légitime que nous avons d’exercer une activité professionnelle en rapport avec les études que nous faisons et qui sont au moins identiques à celles que font les hommes nous a en effet conduit à modifier profondément l’abord que nous avions de la maternité, maternité au sens de lien.
Le congé de maternité en est une preuve. Une mère reprend, légalement, son travail alors que son bébé est âgé d’à peine deux mois et demi. Incapable de manger seul, incapable de se déplacer seul, incapable même de seulement s’asseoir. L’enfant, le bébé, l’être socialement le plus fragile, celui que la société a le devoir de protéger, est dépendant. Pour répondre à cette dépendance, nous avons créé des structures. Une bonne crèche, une crèche qui permet aux parents de vivre comme avant, c’est une crèche qui accueille les bébés une douzaine d’heures par jour. A deux mois et demi. Evidemment, les bébés s’adaptent, pour peu qu’on leur permette d’avoir auprès d’eux un objet transitionnel, l’objet qui sent comme maman. Et pas grave si un bébé souhaiterait manger en une demie heure, on a inventé les tétines à vitesse. Notre société protège bien mal cette dépendance là. A l’autre bout de la vie, il arrive parfois qu’on soit à nouveau dépendant. Et qu’on admette pas qu’un repas soit donné «à la chaîne», qu’on admette pas la structure collective. Et pourtant.
Pourtant, c’est vrai que la responsabilité de l’enfant, quand elle est prise par la mère, coûte énormément socialement. Le rôle et la réalité du couple mère enfant est totalement dénié, la fonction maternelle n’est socialement absolument pas gratifiante. Perdre son emploi, sa richesse sociale, son intérêt pour les autres est souvent très lourd de conséquences. Comme si l’éducation n’avait aucune valeur, comme si la protection des plus faibles n’était pas le premier devoir de toute société. Comme si la pause que nombre d’entre nous accepteraient de faire simplement parce qu’elle est inscrite dans la nature des choses s’accompagnait nécessairement d’une mort sociale et intellectuelle.

Les seniors qui légifèrent s’en rendent compte pour eux. A ceci près que c’est sans doute de la façon dont nous traitons les enfants que dépendra la société que nous aurons demain.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 


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