L'enfant est l'avenir de l'homme
Jignore sil était important ou non de se préoccuper de
façon aussi passionnée de la place des femmes en politique. Ce que je constate en
revanche, cest quon a beau parler denfant roi, la place que nous
accordons aux enfants dans notre société ne me semble être pas si monstrueusement
enviable quil ny paraît.
Personne en effet noserait séparer un petit animal, nimporte quel petit
mammifère, de sa mère aussi longtemps quil est incapable de manger et de se
déplacer seul. Nous le faisons. Nous ne le ferions pas avec les mammifères parce que
nous craindrions non seulement de les tuer, mais, dans les cas où nous les sauverions,
nous craindrions au minimum den faire des adultes inadaptés à leur monde, preuve
que nous reconnaissons aux premiers mois de la vie animale et aux maman mammifères une
puissance éducative et sociale irremplaçable.
Pourtant, nous le faisons pour nos bébés. Or, il semble que nous agissions socialement,
et au moins «sociétalement» si je peux me permettre ce barbarisme, comme si les
intérêts de la mère et ceux de lenfant se situaient en concurrence, aux antipodes
les uns des autres. Notre droit au travail, le droit légitime que nous avons
dexercer une activité professionnelle en rapport avec les études que nous faisons
et qui sont au moins identiques à celles que font les hommes nous a en effet conduit à
modifier profondément labord que nous avions de la maternité, maternité au sens
de lien.
Le congé de maternité en est une preuve. Une mère reprend, légalement, son travail
alors que son bébé est âgé dà peine deux mois et demi. Incapable de manger
seul, incapable de se déplacer seul, incapable même de seulement sasseoir.
Lenfant, le bébé, lêtre socialement le plus fragile, celui que la société
a le devoir de protéger, est dépendant. Pour répondre à cette dépendance, nous avons
créé des structures. Une bonne crèche, une crèche qui permet aux parents de vivre
comme avant, cest une crèche qui accueille les bébés une douzaine dheures
par jour. A deux mois et demi. Evidemment, les bébés sadaptent, pour peu
quon leur permette davoir auprès deux un objet transitionnel,
lobjet qui sent comme maman. Et pas grave si un bébé souhaiterait manger en une
demie heure, on a inventé les tétines à vitesse. Notre société protège bien mal
cette dépendance là. A lautre bout de la vie, il arrive parfois quon soit à
nouveau dépendant. Et quon admette pas quun repas soit donné «à la
chaîne», quon admette pas la structure collective. Et pourtant.
Pourtant, cest vrai que la responsabilité de lenfant, quand elle est prise
par la mère, coûte énormément socialement. Le rôle et la réalité du couple mère
enfant est totalement dénié, la fonction maternelle nest socialement absolument
pas gratifiante. Perdre son emploi, sa richesse sociale, son intérêt pour les autres est
souvent très lourd de conséquences. Comme si léducation navait aucune
valeur, comme si la protection des plus faibles nétait pas le premier devoir de
toute société. Comme si la pause que nombre dentre nous accepteraient de faire
simplement parce quelle est inscrite dans la nature des choses saccompagnait
nécessairement dune mort sociale et intellectuelle.
Les seniors qui légifèrent sen rendent compte pour eux. A
ceci près que cest sans doute de la façon dont nous traitons les enfants que
dépendra la société que nous aurons demain.
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste) |