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En avoir ou pas
Ne pas avoir denfant ? Ça pourrait peut être, après tout, être un choix cohérent.
Évidemment, pour la sauvegarde de lespèce, ça ne pourrait pas être un choix universel ni à conseiller à tous, mais pourquoi pas& Vivre sans enfant, on le fait tous un jour ou lautre. Avant quils narrivent, après quils soient partis. Alors, vivre sans enfant ? Que celui qui na jamais réfléchi avant de proposer à son patron de le conduire en voiture, se demandant sil pourrait sans difficulté se décoller du dernier gâteau écrasé sur le siège, me jette la première pierre&
Et pourtant, ça change tout. Ça change toute la vie. Je me suis longuement interrogée, avant de me lancer& Interrogée sur le déséquilibre quapporte forcément larrivée dun petit dans une belle mécanique professionnelle et conjugale parfaitement huilée. Avoir un enfant, cest être à peu près certains de conflits conjugaux. Les plus durs des conflits sont souvent ceux qui ont trait à lenfant.
Un enfant, ça change tout. Ça change toute notre vie. Et si lont peut supposer quun enfant peut ne pas tout changer, il change quand même tout et même encore bien plus, ne serait ce que par le fait quil implique den avoir plusieurs&
Si je navais pas eu denfant, si je navais pas réussi à franchir le cap de toutes les résistances sociales qui me poussaient raisonnablement à décider de ne pas en avoir, je naurais probablement pas divorcé. Les conflits familiaux deviennent intolérables quand il sagit denfants ou du sentiment si fort quon peut avoir de devoir les protéger. Si je navais pas eu denfant, je continuerais très probablement à exister professionnellement et socialement. Et aussi longtemps quà la question « tu FAIS quoi ? » on répondra « je SUIS médecin, ou ingénieur, ou journaliste& », lexistence sociale passera par un exercice professionnel. Si je navais pas eu denfant, je pourrais continuer à espérer avoir une retraite admissible. Si je navais pas eu denfant, je naurais jamais dû démonter le magnétoscope pour y récupérer un jouet ou une toute petite paire de chaussettes du 22. Terrible pour les magnétoscopes. Jaurais continué à avoir cette moquette gris perle que jadorais. Jirais toujours aux concerts. Je ne lirais jamais de mails le dimanche à 8 heures du matin. Mon appartement et ma voiture ne ressembleraient jamais à des champs de bataille. Je naurais jamais affronté quiconque avec du vomi sur le col dun tailleur. Je naurais jamais été convoquée par une prof hargneuse mexpliquant que mon fils nétait pas toujours un modèle en cours danglais. Je naurais jamais dû passer trois années de nuits blanches assise sur un fauteuil à faire respirer un bébé qui étouffait allongé. Jaurais toujours, sur mon ordinateur portable, une barre despacement en état normal de fonctionnement. Je naurais pas dû, en plein été et au lieu de partir en vacances, arpenter les couloirs dun hôpital, morte dangoisse, parce que mon petit ange y était hospitalisé pour un ulcère. Jaurais continué de lire des livres en entier. Jaurais toujours la page des « G » sur mon dictionnaire. Jaurais continué à regarder des choses intelligentes à la télévision et la musique de bioman ne me trotterait JAMAIS dans la tête.
Alors oui, avoir des enfants, cest complètement irrationnel. Pourtant, je les adore. Ils déséquilibrent toute notre vie, et même un jour, ils partent& preuve quils sont effectivement monstrueux dingratitude& !
Alors les enfants font ils le bonheur ? Je ne le crois pas. Ils y contribuent immensément en nous permettant de relativiser, de voir sous un jour nouveau la vie, les choses. En renversant quelque part léchelle de nos valeurs, et parfois même en renversant aussi des tas dautres choses, y compris des choses qui tachent&
Ça oui, je les adore. Même sils ont fait de ma vie le contraire de ce que javais prévu den faire, même si cette phrase ne sera terminée quà grand peine parce que maman, la souris, je tire dessus& Mais le bonheur, ce nest pas deux quil vient. Ils le révèlent, le secouent, nous permettent de le voir. Et cest déjà beaucoup !
Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)
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