La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 28 juin au 5 juillet 1999

Biologie de la réaction

Réactionnaire ?… Et si c’était ça, finalement, l’exception française… L’exception qui fait que nous sommes pour ainsi dire le seul pays du monde libre à avoir, depuis trente ans, les mêmes hommes politiques que nous élisons démocratiquement…
Réactionnaire, c’est le terme popularisé par les évènements de mai 68. C’est tiré des lois les plus élémentaires de la physique. Tout ce qui s’oppose à l’action, à l’évolution, au «cours normal des choses» est réactionnaire.
Bon, en fait, c’est par opposition à action, pas à actionnaire… Evidemment… Parce que, contrairement à ce qui se passe en physique, un actionnaire peut aussi être un réactionnaire… Mais passons. Réactionnaire, c’est devenu réac. Réac, c’est tout et n’importe quoi, le «pas beau» des petits, le «pas beau» des 3-5 ans.
Le résultat de cette scission du monde entre réac et pas réac est un furieux mélange des genres qui semble aboutir à une situation des plus curieuses.
Elever ses enfants soi même? Réac (et accessoirement servile, asservi à son conjoint). Bosser à l’extérieur ? Pas réac (et accessoirement servile, mais asservi à son employeur…).
La famille, la fidélité ? Réac. Divorcer, vivre tout seul, ou avec des copains ? Pas réac.
Parents ? Réac. Copain ? Pas réac.
Vieux ? Réac. Jeune ? Pas réac. Et pourtant, ça n’est qu’une banale question d’âge…
L’alcool ? Réac. Les joints ? Pas réac.
Simpliste. Résultat ? Pour ne pas être réac, on s’est pliés à tout… Pour être vivant, enfin vivant-et-intéressant, il faut être jeune. Avoir un boulot, si possible avec un nom valorisant, un nom pas trop… réac. Les petits, les enfants, frein relatif à l’épanouissement personnel, sont rejetés provisoirement en attente d’une autonomie garantissant la liberté de leurs parents. Les personnes âgées, plus assez rapides, sont rejetées elles aussi. Quoique le cas des personnes dites âgées soit un peu différent de celui des enfants, dans la mesure où nombre d’entre elles, dépositaires du brevet «jeune-pas-réac» refusent de vieillir et de remplir une quelconque fonction sociale liée à leur âge. Normal, puisqu’ayant eux mêmes inventé la notion de jeune, donc tous les critères inclus dans sa définition, ils ont pu le rester…
Paradoxalement, deux catégories aux antipodes l’une de l’autre ont émergé de cette mini révolution : la version citadine, urbaine, du jeune cadre dynamique et libre de toute entrave, à laquelle s'opposait la version Larzac. Tout ce qui allait à l’encontre de ces clichés était définitivement out, ringard, réac. La version citadine a pris le pas sur l’autre. Et l’on a tout simplement abouti à vivre une situation invivable, avec des enfants sans parents, des parents sans parents, des petits enfants sans grands parents…
Reste qu’il fallait bien sortir de cette impasse dans laquelle l’individu était une notion qui devait inexorablement prendre le pas sur la famille, aboutissant à une forme aboutie de non sens social. Et la solution de l’homme moderne et citadin a été de donner une plus grande place à l’écologie, aux verts s’occupant d’environnement.

Or, le problème, c’est que l’environnement est et restera, parce que c’en est la définition même, ce qui est autour, donc pas l’essentiel. Et qu’on ne s’occupera jamais de façon correcte de l’essentiel et de l’homme dans son environnement si on ne remet pas l’homme au centre des préoccupations. L’homme avec ses valeurs, sa vie. Ses très jeunes, ses très vieux. Même si tout ça est totalement réac, puisque s’opposant à l’action normale du monde.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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