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L'union libre... de raison
Liberté. Liberté chérie. Chèrement acquise, au point que la lutte pour la liberté semble navoir de cesse, être sans limite. Femme libérée. Libérée de ses grossesses, de ses enfants. Libérée de son mari, aussi. Libre de ne pas se marier, de vivre en union libre. Libre même de penser quon est libre.
Tout irait pour le mieux si lon navait jamais le sentiment que les battantes de la liberté sont asservies à ce combat&.
Au nombre des raisons invoquées pour refuser le mariage se trouve en très bonne place le divorce et les complications entraînées par la rupture dun contrat. Ne pas signer de contrat, cest de toute évidence ne pas avoir à le rompre. Et cest vrai que les choses ne sont pas simplifiées par limmixtion des avocats dans les déchirements que vivent parfois les couples. Pourtant, difficile de penser quune rupture, même sans avocat, soit une chose facile à vivre, une chose simple.
Le système judiciaire ne formalise dailleurs que la séparation des adultes, et ne complique pas exagérément la séparation des couples sans enfants. Mais il est totalement incapable de gérer correctement la séparation dune famille. La famille, et ce bien au delà des croyances, est une et indivisible, et ça quon le veuille ou non.
Les parents qui se déchirent font, quelque soit le prix payé pour cette séparation, indissolublement partie de la même famille, de la famille de leurs enfants. Cest un droit de lenfant, du petit homme. Le seul sans doute qui soit incontesté, au point sans doute que personne, pas même les avocats, ne pense à le défendre.
Une autre des raisons, moins souvent invoquée mais qui semble être excessivement présente, est limage catastrophique qua le mariage sur la liberté de la femme, la liberté de la femme libérée, limage quun mariage peut être de raison. Une femme mariée, en prenant le nom de son mari, deviendrait aux yeux de nombre de femmes libres le « satellite » de son mari, bénéficiant par le mariage de sa réussite sociale, sorte de «promotion canapé» de luxe nuisant vivement à son possible prestige professionnel tout autant que personnel& On népouserait un homme que pour bénéficier de son diplôme, de ses relations, de son carnet dadresse&
Quelle place faite à lhomme par les féministes, place à laquelle les pires des machos nauraient même jamais osé prétendre ! Quelle place immense, quel pouvoir reconnu sans vouloir le reconnaître !& Réussir grâce à nos propres diplômes, à notre travail personnel est une chose. Penser que si lon est mariée cest le diplôme de notre mari qui nous procure la réussite (sociale) en est une autre !& Dailleurs, lidée même quon doive ne rien devoir à personne, et surtout pas à son mari, me semble particulièrement aux antipodes de lamour.
Aimer, cest donner, croire en lautre. Donner son temps, sa tendresse, mais, par définition, être aussi capable de les recevoir de lautre. Or le mariage a ceci de particulier quil est «symétrique». Alors pourquoi penser plus particulièrement quune épouse tirerait des bénéfices de lunion quelle contracte et que lhomme, maître et seigneur et forcément (?) plus diplômé quelle, ne serait là que pour assurer la promotion sociale de son épouse ?&
A lépoque des mariages dits « de raison », on sarrangeait essentiellement pour que les milieux sociaux soient équivalents, et ce essentiellement pour quaucun choc culturel ne vienne perturber lunion. En «inventant» le mariage damour, on a cru quon pouvait supprimer toutes ces convenances. Cette raison invoquée par les féministes prouve quil nen est, hélas, rien. Au point quon en redoute maintenant de tirer un quelconque «bénéfice» de lunion formelle ou informelle quon contracte, aucun bénéfice même de lamour. Comme si, derrière toute réussite, quelle soit masculine ou féminine, nexistait quun «travail» personnel dont on pouvait senorgueillir, en faisant abstraction de lêtre, de lindividu et de son équilibre, lié en grande partie à lamour quil reçoit.
Ce quont inventé les féministes et plus encore les militantes de lunion libre, en loccurrence, semble donc être lunion libre de raison, la raison nétant plus de tirer bénéfice de lunion mais dêtre sûre, certaine, de ne jamais se voir opposée lidée quon a pu en tirer un quelconque bénéfice& De tirer, en fait, le bénéfice moral et personnel de ne pas tirer de bénéfices de la relation& Preuve, sil en fallait, que la liberté est un bien si précieux quil est presque impossible den situer les limites&
Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)
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