La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 13 au 21 septembre 1999

Une école pas très maternelle

Se pourrait il que linstitution républicaine qui fonctionne le mieux soit, en fait, profondément critiquable ? Se pourrait il que la seule des écoles qui fonctionne parfaitement puisse mettre en péril toutes les autres, compromettant gravement la totalité du système scolaire, et par là même lavenir de nos enfants ?
Cette question, on peut se la poser. Et si la seule école dans laquelle maîtres et élèves étaient bien, si la seule école dans laquelle on assistait à des progrès chez lensemble des enfants, et si lécole maternelle était nuisible aux enfants tout autant quà lécole ?& Légitime, cette question. Légitime parce quon parle partout de crise de lécole, parce quon parle toujours plus déchec scolaire, de violence et dirrespect à lécole, parce que lécole semble ne plus répondre aux attentes de la société non seulement en tant que porte ouverte sur lavenir des futurs adultes mais aussi en tant que « modèle » social, vecteur de valeurs citoyennes& Nous surinvestissons lécole, disent certains. Nous la surinvestissons parce que nous mettons en elle la confiance quelle revendique, mais nous la surinvestissons aussi parce que, crise aidant, si le diplôme noffre plus de garantie, labsence de diplôme constitue plus que jamais un handicap certain, parfois insurmontable. Alors nous y croyons. Forcément. Et nous en arrivons, aujourdhui, à mettre nos enfants en classe dès deux ans.
Et cest bien cela, qui a le plus changé au cours de ces quarante dernières années&
En quarante ans, nous sommes passés, pour une très grande majorité denfants, de lécole à cinq ans qui sappelait section enfantine, une petite classe dans laquelle on apprenait plus ou moins à lire et qui servait de base à lentrée à la « grande école » à lécole à trois ans, voire deux, structurée, un cycle long décole maternelle& Trois ou quatre années pour certains enfants&
Ce cycle, cette école maternelle, les enfants ladorent. Ils sy sentent bien, ils y font des progrès considérables& Alors pourquoi penser que cest cela qui génèrerait le malaise actuel de lécole, quand justement aucune critique ne semble à formuler sur un système qui semble si parfait ?
Pourquoi remettre en question une mécanique si parfaitement huilée ? Peut être parce que nous nous devons, en tant que parents, de comprendre le malaise actuel de lécole.
Lécole maternelle a un programme. Lécole maternelle sest fixée pour mission dapprendre à nos enfants à vivre ensemble, de les sociabiliser, de les éveiller face à la découverte du monde, daiguiser leur créativité, de leur apprendre la construction du langage, de les initier au monde de lécrit& Soit. Nous, parents, entendons souvent parler de pré-écriture, de graphisme ou dalgorithmes, bref, de pas mal de choses qui, en théorie, devraient vraiment changer lavenir de nos enfants.
Pourtant, nous constatons que ces dessins ou ces frises, rebaptisés pré-écriture sous le prétexte quils sont faits à lécole, nont pas globalement amélioré la qualité de lécriture des écoliers, ce quauraient dû légitimement apporter ces trois à quatre années de graphismes savamment orchestrés&. Nous constatons que la pré-lecture, le fait de savoir à quatre ans choisir létiquette du jour de la semaine ou de son nom dans un tableau nont pas globalement amélioré les performances des élèves en matière de lecture à lentrée en sixième, que lapprentissage de la lecture se fait toujours à six ans et quil ne semble pas plus aisé aujourdhui quil y a vingt, trente ou quarante ans. Nous constatons que le langage sapprend surtout en famille, et que dans les familles où les fautes de français faites oralement sont monnaie courante, lécole ne permet, hélas que peu de corrections.
Quant à la sociabilité, au fait dêtre capables de vivre ensemble, nous constatons, aux dires même des enseignants qui déplorent un certain manque de tenue à lécole primaire, au collège ou au lycée, quelle na pas évolué dans un sens si remarquablement favorable.
Et pourtant& Pourtant, force est de constater quun petit de deux ans qui va à lécole est nettement plus débrouillard quun petit de deux ans qui reste à la maison. Et de constater a contrario que le retard se rattrape rapidement, en tous cas bien avant ladolescence&
Peut on pour autant en tirer la conclusion que si lun rattrape facilement un retard, cest que lautre stagne ou évite de progresser dans le même temps, je ne le sais pas. Toujours est il quil serait intéressant que des études soient menées dans ce sens.

Force est aussi de constater que limmersion très précoce dans le système scolaire na pas amélioré de façon significative la discipline régnant à lécole, et que ça en soit actuellement lun des problèmes majeurs. Jy vois personnellement un lien très clair de cause à effet. Comment un enfant ayant passé plus de la moitié de sa vie dans une école, lécole maternelle, dans laquelle tout ou presque est centré, par la force des choses, sur le jeu, comment cet enfant peut il subitement comprendre que lécole est un lieu de contraintes, un lieu dans lequel plus aucune place nest laissée au loisir ?&

La conclusion est sans doute hâtive. Mais si lon concluait au fait que lécole maternelle ne permettait aucune acquisition différentiable en terme de consolidation, et ne permettait que dintroduire une confusion sur ce que doit être la classe et le comportement nécessaire aux apprentissages, la remise en question de son utilité serait de taille !
Et cest bien difficile, pour nous parents délèves, de nous retrouver dans tout ça&.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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