Seule, la beauté serait fatale
Scandale sur Internet. Un photographe de mode se
serait lancé à grands renforts publicitaires dans la génétique
artisanale, en proposant à la vente des ovocytes de top models. 5000
couples auraient recours, par an, à cet assemblage de cellules issues de
belles et d’intelligents.
Quel monstruosité, quel parti pris ! En ce siècle qui a vu l’explosion
du féminisme, comment accepter pareil assemblage ?… Oui, et pourquoi
pas l’inverse ? Pourquoi belles et intelligents et pas beaux et
intelligentes ?…
Un top model français dont j’ai oublié le nom a par ailleurs posé LA
question que soulève ce nouveau «marché». Car comme on pouvait le
prévoir, cette innovation commerciale posait, instinctivement, problème
à bon nombre et en particulier à ceux qui avaient fait leurs enfants
eux-mêmes, en ne leur offrant comme capital génétique que celui qu’ils
avaient sous la main, celui qui traînait dans la famille depuis des
siècles, profitant au plus vite du temps qui leur était compté pour
utiliser gratuitement des gènes bientôt brevetés..
Aussi était-il nécessaire que les pièges de ce commerce soient
soulevés par quelqu’un se situant du cœur même du marché…
Donc la question, la seule qu’il fallait poser, elle l’a posée. Oui,
acheter sur catalogue la beauté est forcément terriblement risqué. Qui
nous dit en effet que ces top models, qu’elle même ne trouvait «pas
terribles», n’étaient pas «au régime» depuis quinze ans… Oui, qui
nous le dit ? Qui nous dit, en effet, que ces ovocytes ne sont pas des
ovocytes dont la beauté présumée ne serait que simplement chirurgicale
ou médicalement contrôlée ?
Un conseil s’impose donc aux acheteurs potentiels : juger sur pièces.
Exiger l’historique d’une anorexie naturelle ou provoquée est la
moindre des garanties qu’il semble légitime d’attendre en annexe au
contrat. Tout cela pose évidemment la question de la part respective qu’ont
l’inné et l’acquis dans le développement d’un enfant. Ceux qui
croient en l’inné y verront de toutes façon l’assurance d’obtenir
des bébés dont le sens aigu du commerce se verra dès le premier cri,
qui négocieront leur sortie, ne crieront qu’en présence de leur
avocat, vendront leurs réponses au test d’Apgar au plus offrant. Ceux
qui croient en l’acquis n’y verront que des bébés comme les autres,
avec une chance de plus, peut être… Celle de l’assurance qu’ils ont
des parents absolument résolus à leur réussite chromosomique.
Reste que n’importe quel capital génétique ne peut que produire des
bébés qui ont besoin d’amour. De l’amour pour être fort, du temps
pour cet amour, de l’amour pour exister au delà de l’assemblage si
spécifique d’ADN qui les caractérise. Le plus beau des surdoués, ou
disons la plus belle des surdouées a, quoiqu’il arrive, besoin qu’un
regard se pose sur elle pour exister. L’amour est probablement la chose
la moins quantifiable et est assurément le moins photogénique des
besoins élémentaires de l’enfant. Non pas qu’il risque plus que d’autres
de devenir un tyran, non… Mais sans amour, sans adoration, l’enfant s’habitue
aux situations médiocres, il s’habitue à la transparence
affective.
Et que l’amour d’une mère soit subordonné au
capital génétique du tout petit qu’elle porte pendant neuf mois, de ce
bébé qu’elle serre sur son cœur quand il a du chagrin, que cet amour
là soit conditionné par un choix sur catalogue des meilleures des
chances à lui offrir laisse bien peu de place à la liberté de l’enfant,
à sa liberté inouïe d’être parfaitement imparfait et aimé pour
cela.
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste) |