La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 15 au 22 novembre 1999

Seule, la beauté serait fatale

Scandale sur Internet. Un photographe de mode se serait lancé à grands renforts publicitaires dans la génétique artisanale, en proposant à la vente des ovocytes de top models. 5000 couples auraient recours, par an, à cet assemblage de cellules issues de belles et d’intelligents. 
Quel monstruosité, quel parti pris ! En ce siècle qui a vu l’explosion du féminisme, comment accepter pareil assemblage ?… Oui, et pourquoi pas l’inverse ? Pourquoi belles et intelligents et pas beaux et intelligentes ?… 
Un top model français dont j’ai oublié le nom a par ailleurs posé LA question que soulève ce nouveau «marché». Car comme on pouvait le prévoir, cette innovation commerciale posait, instinctivement, problème à bon nombre et en particulier à ceux qui avaient fait leurs enfants eux-mêmes, en ne leur offrant comme capital génétique que celui qu’ils avaient sous la main, celui qui traînait dans la famille depuis des siècles, profitant au plus vite du temps qui leur était compté pour utiliser gratuitement des gènes bientôt brevetés.. 
Aussi était-il nécessaire que les pièges de ce commerce soient soulevés par quelqu’un se situant du cœur même du marché… 
Donc la question, la seule qu’il fallait poser, elle l’a posée. Oui, acheter sur catalogue la beauté est forcément terriblement risqué. Qui nous dit en effet que ces top models, qu’elle même ne trouvait «pas terribles», n’étaient pas «au régime» depuis quinze ans… Oui, qui nous le dit ? Qui nous dit, en effet, que ces ovocytes ne sont pas des ovocytes dont la beauté présumée ne serait que simplement chirurgicale ou médicalement contrôlée ?
Un conseil s’impose donc aux acheteurs potentiels : juger sur pièces. Exiger l’historique d’une anorexie naturelle ou provoquée est la moindre des garanties qu’il semble légitime d’attendre en annexe au contrat. Tout cela pose évidemment la question de la part respective qu’ont l’inné et l’acquis dans le développement d’un enfant. Ceux qui croient en l’inné y verront de toutes façon l’assurance d’obtenir des bébés dont le sens aigu du commerce se verra dès le premier cri, qui négocieront leur sortie, ne crieront qu’en présence de leur avocat, vendront leurs réponses au test d’Apgar au plus offrant. Ceux qui croient en l’acquis n’y verront que des bébés comme les autres, avec une chance de plus, peut être… Celle de l’assurance qu’ils ont des parents absolument résolus à leur réussite chromosomique. 
Reste que n’importe quel capital génétique ne peut que produire des bébés qui ont besoin d’amour. De l’amour pour être fort, du temps pour cet amour, de l’amour pour exister au delà de l’assemblage si spécifique d’ADN qui les caractérise. Le plus beau des surdoués, ou disons la plus belle des surdouées a, quoiqu’il arrive, besoin qu’un regard se pose sur elle pour exister. L’amour est probablement la chose la moins quantifiable et est assurément le moins photogénique des besoins élémentaires de l’enfant. Non pas qu’il risque plus que d’autres de devenir un tyran, non… Mais sans amour, sans adoration, l’enfant s’habitue aux situations médiocres, il s’habitue à la transparence affective. 

Et que l’amour d’une mère soit subordonné au capital génétique du tout petit qu’elle porte pendant neuf mois, de ce bébé qu’elle serre sur son cœur quand il a du chagrin, que cet amour là soit conditionné par un choix sur catalogue des meilleures des chances à lui offrir laisse bien peu de place à la liberté de l’enfant, à sa liberté inouïe d’être parfaitement imparfait et aimé pour cela.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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