Une ado, même maquillée, reste une
ado
Un incident. Une péripétie. Le monde de la mode
s'est vu, ces jours-ci, épinglé par la presse anglo-saxonne. Un
journaliste a pris la peine d'effectuer une longue enquête pour publier
un scoop qui, somme toute, semble n'étonner, ne surprendre, personne.
Serions nous à ce point blasés ?
Le fait est qu'il semble que le monde de la mode,
des mannequins plus précisément, ne fonctionne pas tout à fait comme
les autres, comme le monde du travail en général. Le fait est que
certaines jeunes filles, prêtes à tout pour devenir top models, prêtes
à tout pour se trouver enfin en couverture d'un magazine, au top
justement des modèles, seraient également prêtes à faire des avances
aux photographes de mode, directeurs d'agence de mannequins, bref, à ceux
qui, dans ce monde, détiennent un certain pouvoir. Et que lesdits
managers ou personnages qui comptent dans ce monde bien particulier
semblent y répondre favorablement. En bref, il n'y aurait pas que des
photos, dans ces agences de mannequins, mais il y aurait aussi du sexe, du
sexe facile.
D'aucuns n'ont vu dans cette affaire qu'une banale affaire d'ordre privé.
Elles veulent bien, alors pourquoi pas. Après tout, ce sont des adultes,
puisqu'elles sont déjà des modèles pour les femmes… D'autres sont
allés jusqu'à faire un parallèle avec ce que nous, occidentaux, jugeons
comme preuve du sous développement de certains pays du tiers monde, en
particulier avec ce qui se passe sur les trottoirs de Manille.
Mais qu'y a-t-il, en réalité, de si différent ? Dans un cas, des jeunes
filles occidentales dont certaines n'ont que quinze ans et dont le métier
est de vendre leur image auraient des relations sexuelles avec des adultes
en mesure de leur apporter, peut être, la gloire. Dans l'autre, des
jeunes filles (ou des jeunes garçons), orientales, parfois vendues par
leurs parents, auraient des relations sexuelles avec des adultes
occidentaux en mesure de leur apporter, peut être, l'espoir de sortir de
la misère. Dans les deux cas, un adulte, un client, un consommateur. Les
parents ne vendraient pas leurs enfants à Manille s'ils n'étaient pas
dans la misère mais surtout s'il n'y avait personne pour les acheter. Qui
sommes nous pour juger de ce qui peut se passer à l'autre bout du monde,
dans une culture si éloignée chargée d'une pauvreté dont, par bonheur,
nous ne souffrons pas et qui n'apporte en effet que les clients à cette
triste affaire ?
Mais à Manille et ailleurs, il n'y a pas que les parents qui vendent. La
prostitution des mineurs est sans doute une des choses les mieux
réparties sur cette planète. Et lorsque nous jugeons, occidentaux que
nous sommes, cette prostitution comme preuve suprême de la misère, quel
regard portons nous sur ce qui s'est passé là ? Car fondamentalement,
qu'on ait des relations sexuelles pour manger ou obtenir la gloire n'est
pas si profondément différent. A ceci près que nombre d'entre nous
pensent que là, c'est joli, c'est glacé, c'est juste parce que c'est
beau, presque photogénique. Elles sont d'accord, elles le recherchent,
où est le mal ?
Le mal, il est, pour moi, dans la consommation. Dans le fait que même
écervelée, même prête à tout, une jeune fille qui s'offre a le droit,
dans notre société occidentale et riche, d'être protégée, ne serait
ce que d'elle même. Un adulte est un adulte. Les enfants, les ados, ils
font tous des bêtises. Nous les en empêchons. Nous les attachons à leur
siège, en voiture, même si ça leur déplait parce que nous n'avons pas
le droit, moralement, de ne pas les protéger. Une jeune fille prête à
s'offrir à un adulte à le droit de rencontrer un adulte, une
résistance. Et ça n'a rien à voir avec le fait ou non que les
adolescentes aient droit à une sexualité.
Il y a là, en présence, une adolescente qui est
prête à s'offrir et un adulte prêt à consommer, à accepter le cadeau.
En sachant que si désir il y a, c'est seulement de devenir top, riche,
tout du moins, célèbre. L'adulte, le consommateur, est le même qu'à
Manille. D'autant qu'il sait, l'adulte, qu'il n'y a rien à voir entre
l'amour et la couverture d'un magazine. Puisque c'est son métier.
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste) |