Quelles valeurs transmettre ? Celles de la bourse ?
J'espère que le 21ème siècle sera féminin
Mais pour
l'instant, le chemin qu'il prend pour être féminin est, pour le moins, ce qu'on pourrait
appeler un chemin détourné
Le monde semble actuellement n'être mené que par les banquiers. Au
delà même d'une carte d'identité, au delà même de la carte d'électeur, n'est
vraiment citoyen que celui qui possède une carte bleue.
Le monde vacille quand la bourse vacille. Une entreprise fait deux fois moins de
bénéfices que les énormes bénéfices auxquels on s'attendait et, du jour au lendemain,
sans que rien n'ait été changé aux hommes qui la composent, à la façon dont on la
gère et au marché sur lequel elle se trouve, elle perd subitement la moitié de sa
valeur. Ou les trois quarts . Entraînant dans sa chute la totalité des entreprises du
secteur, même celles situées à l'autre bout du monde.
Je ne parle pas là des investisseurs, mais des spéculateurs. Investir, c'est
croire, spéculer, c'est jouer. Et le monde est actuellement aux main de joueurs.
Je n'en veux pour preuve que deux toutes petites choses la première est que trouver un
investisseur, ou juste le soutien d'une banque quand vous faites un projet, que vous
créez quelque chose, est pratiquement impossible, la seconde est que l'argent qu'on gagne
en " jouant " à faire monter et baisser la valeur des entreprises n'est pas, et
ne sera pas, taxé au même niveau que celui, bêtement, gagné en travaillant.
Comment élever ses enfants avec de telles données ?
En leur apprenant que le travail a une valeur ? Ils voient bien, médias aidant, que c'est
faux. On fait plus de cas du super gagnant de la super cagnotte du super loto que d'une
innovation majeure quel qu'en soit le domaine.
En leur apprenant à bluffer, à spéculer, à tricher ? Car bluffer, c'est tricher, d'une
façon ou d'une autre. C'est sûrement ce qu'il faudrait faire, mais moi, j'ai du mal.
Comment leur apprendre que le fait de gagner honnêtement sa vie est une idée vieillotte
mais quand même défendable ?
Je ne fais personnellement pas une grande différence entre un spéculateur et un joueur.
On interdit l'entrée des casinos à certains joueurs invétérés, dans leur propre
intérêt mais aussi dans l'intérêt du casino. On devrait sans doute en faire autant vis
à vis de certains spéculateurs qu'on devrait interdire de bourse. Cela dit, la société
moderne est quand même relativement humaine. Quand les spéculateurs mettent gravement en
péril de grandes banques nationalisées, la société, c'est à dire vous et moi, les
rembourse avant de les leur vendre
Et tout ce joyeux petit monde trace une autoroute aux nationalistes de tout poil et aux
écologistes qui préfèrent les animaux aux hommes et sont capables de mobiliser, avant
même la chute du bloc de l'Est, des navires de guerre américains et russes pour une
cause commune, sauver trois baleines prises dans les glaces du pôle nord
Je sais que c'est sûrement tragique, mais il y a, même à Paris, des gens qui
n'appellent pas le médecin quand leurs enfants (=petits d'homme) sont malades, faute de
pouvoir faire l'avance des soins. L'écologie (je veux parler ici de l'écologie
politique) me semble d'ailleurs être la preuve d'une morosité ambiante évidente : on
n'arrête en effet pas de nous dire que la seule chose que nous léguerons à nos enfants
est la planète, comme si on avait définitivement abandonné l'idée même de leur
léguer des valeurs, une société, un monde.
Le système éducatif ne nous a pas adaptés à cette évolution du monde; il n'adapte pas
non plus nos enfants. Dans ce pays, et sûrement dans bien d'autres, un bon élève est
celui qu'on va pouvoir faire entrer en classe préparatoire aux grandes écoles, faire
faire Polytechnique ou des études littéraires, ou médecine. Mais franchement, tout ça
ne sert à rien
Pas plus que de leur apprendre à dire bonjour, merci ou à
respecter le travail des autres.
Bref
Les choses étant ainsi faites, comment faire pour armer
nos petits ?
A mon avis, les Lego et Meccano sont totalement dépassés. On ne peut espérer avec de
telles pratiques qu'en faire des bâtisseurs. Inutile. Même le Monopoly, c'est douteux :
je sais bien qu'on gagne de l'argent aux dés, et que c'est déjà bien, mais on est
obligé de le gagner avant de le dépenser, ce qui est franchement tendancieux. Reste la
roulette russe, mais je n'arrive pas encore à m'y résoudre.
Réhabilitons donc le poker. A la maternelle.
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)
|