La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 14 au 21 décembre 1998

Le tribu de la tribu, la violence.

Il faudrait plus de femmes, en politique. Ca changerait sûrement bien des choses.
Juste un exemple : la violence à lécole. Bagarres, racket, sont entrés à lécole. La réaction des hommes, du moins des hommes politiques, a été de dire : « il y a de la violence à lécole, utilisons des mesures policières de façon à faire régner lordre ». Pas idiot en un sens, à ceci près que quand lautorité joue malhabilement sur les adolescents, les adolescents jouent avec lautorité, jouent pour jouer, et que ça ne résout pas grand chose.

Évidemment, nous, les femmes, devons nous adapter aux handicaps dont la nature nous a pourvues. Il nous est bien souvent difficile, pour cause de sous dimensionnement des cordes vocales et de sous développement musculaire et thoracique dutiliser, au quotidien, ce genre de moyens pour faire observer à nos enfants une certaine discipline. Pourtant, le problème est bel et bien là. Pourtant, au quotidien, bien des femmes y sont confrontées. Alors que faire ? Ecouter. Les adolescents violents, les racketteurs, à chaque fois quon leur donne la parole, ils disent ceci : « on na pas les moyens de sacheter les baskets Nike (à 800 francs), le blouson machin truc à la mode cette année (à 1 200 francs en 8 ans&), parce que nos parents nont pas de travail, alors on « a la haine ». Cest pour ça quon casse des voitures, quon vend de la drogue, quon pique les trucs aux gens qui les ont ».
Très bien. Moi, en un sens, je suis daccord. Je suis daccord pour dire que cette mode ruineuse est génératrice de violence, dun ridicule immense (cela dit, les parents nont jamais été dans le coup pour rien, donc je ne suis pas particulièrement étonnée), mais aussi de violence et de perturbations. La mode, dans les collèges et les lycées, est devenue un vrai diktat. Elle est devenue un phénomène qui semble ne pas connaître de limite, au moins au plan économique. Un ado de 15 ans en a sur le dos pour au moins aussi cher que son père, qui lui porte un costume parce que cette tenue lui est professionnellement imposée. Cette mode est réellement perturbatrice car peu de parents, même parmi ceux qui ne sont pas confrontés aux difficultés professionnelles, arrivent vraiment à suivre. Donc tous les ados, tous les enfants même, sont un jour ou lautre confrontés au ridicule de la tenue dans laquelle leurs parents ont osé les livrer en pâture à lSil acéré de leurs camarades&
Voilà, en quelques mots, létat des lieux. Lhomme, au moins lhomme politique se dit : « problème à lécole, faisons rentrer luniforme à lécole ». Et si finalement cétait ça, la solution ? Trop de mode à lécole, trop de pression, trop denvies, trop de perturbations ? Et si on revenait tout bonnement à luniforme, à lécole ? Une seule tenue, basique, qui noffrirait plus de prise aux envies, aux heures et à lénergie perdues à comparer ? Plus de prise au racket& Plus de cet intense gaspillage que personne narrive réellement à suivre. Juste lélève, en tant que personne& Ca existe dans pas mal de pays, et ça ne fonctionne pas si mal que ça&
On objectera évidemment quimposer une tenue est une obligation de trop, un coût supplémentaire et excessif pour les familles modestes. Mais ce coût exorbitant, à la fois en terme économique et en terme de violence induite, il existe bel et bien. A ceci près quil nest pas imposé par les directeurs détablissements mais par les publicitaires&

Dautres femmes ont dautres solutions. Une directrice de lycée, dans une zone assez dure des Etats Unis, a supprimé tout contact, dans son établissement, entre les filles et les garçons. Elle a, dans son établissement, instauré un système de circulation, de couloirs, de roulement à la cantine, de classes non mixtes. Avec dexcellents résultats. Plus personne ne cherchant plus à épater personne, plus personne ne cherchant plus à séduire, plus personne nétant gêné de poser des questions devant un représentant du sexe opposé, les élèves se consacrent à leur travail. Les résultats sont impressionnants. Et si cétait ça, la solution ? Et si la solution, cétait effectivement de soustraire autant quil nous est possible de le faire nos enfants aux événements à même de les perturber ?

Après tout, nous le faisons bien quand nous nous en occupons, non ? Nous nous arrangeons bien pour que la télé soit éteinte quand ils font leurs devoirs, alors, pourquoi ne pas penser que la suppression des éléments perturbateurs, à lécole, soit un procédé parfaitement acceptable

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 


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