La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 19 au 26 octobre 1998

A qui les confier ces jours là ?

Accouchement et durée d'hospitalisation : comment gérer le problème ?
L'angoisse commence parfois au tout début de la grossesse… Pas l'angoisse du suivi médical, non… Pour ça, on trouve généralement quelqu'un pour nous rassurer… Non, une angoisse sournoise, une angoisse au sujet de laquelle on n'ose se confier à personne… Pas la couleur des chaussons… Pas la taille, ni la couleur, de la voiture qu'il va falloir changer… Non… Une angoisse presque ingérable… " Mais comment est-ce que je vais bien pouvoir faire garder mon mari pendant une semaine ? "… Parce que cet amour, qui vous appelle quand il est dans son bain (que vous lui avez préparé, pour ne pas qu'il se brûle…) pour que vous lui donniez le savon (qui est, comme d'habitude, dans le porte savon, juste là, à portée immédiate de sa main…), qui vous appelle quand il est au bureau pour vous demander où vous avez mis son stylo (qui est, comme d'habitude, dans la poche de sa veste… Le problème, c'est que de là où vous êtes, vous ne savez pas trop où il a mis sa veste…), cet amour qui ne sait pas ouvrir le lave vaisselle, dont vous vous dites déjà qu'il va passer huit jours à se nourrir de tartines de confiture ou à aller au restaurant, vous ne pouvez tout de même pas lui préparer le café pour huit jours, à l'avance, tout ça en ignorant totalement quel va être le premier jour des huit jours… ! Pourtant, c'est un amour… C'est quelqu'un de brillant. Mais trouver un mouchoir, même rangé à sa place, pourrait le plonger dans des abîmes de perplexité… Evidemment, pour savoir quel jour préparer les huit litres de café, on peut toujours accoucher sur rendez-vous, programmer son accouchement, demander à ce qu'il soit déclenché…
Mais reste que votre bébé, celui qui a fait se colorer la bandelette qui vous dit que vous êtes enceinte, il peut quand même naître à l'improviste !

Plus sérieusement, le problème qu'on se pose est celui des enfants. Parce que, quand on a un enfant, ça n'est pas forcément le premier… Parce qu'on sait bien qu'il va, ou qu'ils vont, nous manquer. Et qu'on pense aussi qu'on va lui, ou qu'on va leur manquer. Qu'on sait que l'arrivée d'un petit, bien qu'heureuse et attendue, peut être perturbante pour nous, notre couple mais aussi nos enfants. Qu'on nous dit à longueur de journée que l'arrivée d'un petit ne doit pas nous faire délaisser le, ou les plus grands. Et franchement, nous, nous absenter plusieurs jours, ça ne nous semble pas toujours évident… Ca nous semble même parfois difficile vis à vis d'un petit de deux ou trois ans qu'on va laisser et qui nous verra revenir avec un AUTRE bébé dans les bras… Alors forcément, on culpabilise.
Même si, concrètement, on trouve une solution, via mère ou belle-mère, pour assurer le quotidien, l'absence reste angoissante. Evidemment, on pourra toujours dire qu'une telle difficulté à se séparer de ses enfants, c'est la voie toute tracée pour devenir une mère abusive… Evidemment… Mais on ne se refait pas… Les durées d'hospitalisation ont toutefois eu tendance à s'amenuiser au cours de ces dernières années. Il est maintenant courant de ne rester hospitalisée, quand les choses se passent bien, ce qui est heureusement le cas le plus fréquent, que quatre ou cinq jours.
Au sujet de cette durée, les avis des mamans sont partagés. Il y a celles, bien souvent pour leur premier enfant, qui trouvent que c'est bien, ou même que c'est peu. Qui, libérées de toute contrainte domestique, trouvent ces instants reposants, et savourent ces journées où l'on s'occupe d'elles et de leur bébé. En profitent pour apprendre ce qu'il faut faire et ne pas faire pour s'occuper de ce petit être délicieusement mystérieux qui vient de faire irruption dans leur vie. Il y a celles qui aiment, parce qu'elles en sont justement ou injustement paniquées à l'avance, que quelqu'un soit là pour s'occuper de leur bébé la nuit, craignant bien souvent à tort d'en être elles-mêmes incapables. Il y a celles aussi qui, suite à un accouchement normal mais douloureux, ont réellement mais physiquement besoin d'une aide. Pour avoir un peu le temps de récupérer quelques forces. A contrario, il y a celles qui, même lorsqu'il s'agit de leur premier bébé, trouvent pesants les conseils qui leur sont prodigués, ou plus encore sont carrément paralysées à l'idée de mal faire devant des gens qui ont une grande habitude des tout-petits et n'arrivent pas, "publiquement ", à rentrer en contact avec leur enfant, n'osent pas le toucher, ont peur de le câliner alors qu'elles en meurent d'envie… Qui, d'instinct, pensent qu'elles ont autant besoin de leur bébé que leur bébé a besoin d'elles, mais sont tétanisées à l'idée qu'on va leur dire que, si elles prennent trop l'habitude de le prendre, il deviendra capricieux… Tout ça arrive… Elles aimeraient souvent qu'enfin un tête à tête plus intime puisse commencer… Enfin, il y a celles dont j'ai parlé au début, qui, maladivement inquiètes pour leurs autres enfants ou maladivement inorganisées comme moi, qui fais malheureusement partie des deux catégories, angoissent à l'idée de la séparation.
On développe de plus en plus, pour elles, l'hospitalisation à domicile, qui consiste à rentrer très vite chez soi, parfois au bout de deux jours, et à être assistée quelques jours par la visite d'une sage femme qui vous aide, vous conseille, vous écoute, surveille les suites médicales de l'accouchement ou de l'épisiotomie… Cela dit, s'il est vrai qu'il existe d'importantes variations dans la façon dont chacune d'entre nous vit une grossesse ou un accouchement, que ce soit psychologiquement ou médicalement, il n'existe que peu de variations sur la durée moyenne de l'hospitalisation. Certaines d'entre nous voudraient et même auraient besoin de rester hospitalisées deux semaines, d'autres en revanche n'auraient besoin que de rester deux jours. Et ont, très concrètement, le sentiment de se faire "virer" prématurément de la maternité ou au contraire d'y être abusivement "séquestrées "…
J'exagère un peu, mais pas tellement… En effet, s'il existe des moments forts, dans la vie, la naissance en est un… Sans doute l'un des plus forts, des plus intenses… De ce fait, les sentiments y sont nécessairement un peu exacerbés…
On aimerait que ces instants de bonheur puissent se passer dans la plus grande sérénité, mais c'est parfois difficile. En parler, ça aiderait… C'est même probablement la seule solution.

Ce que je sais, c'est que malgré trois accouchements, je n'ai jamais trouvé les neuf mois de grossesse suffisamment longs pour parvenir à résoudre ce problème.
Ce que je sais aussi, c'est qu'on a beau critiquer, ça n'est pas tous les jours facile, d'être une mère abusive !

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 


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