La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth La liberté a ses esclaves.

Avant, on disait « sois belle et tais toi »… Avant, on disait aux petites filles « tiens toi droite et rentre ton ventre »… Maintenant, tout a changé. Tout… Maintenant, pour gagner quelques centimètres de tour de taille, on se fait enlever une côte (de chaque côté)… Et que font ils avec ? De nouveaux Adam ?
Et moi, terre à terre que je suis, je ne vois pas ce qu’on a gagné, à part justement ces quelques centimètres de tour de taille dont on dit assez stupidement qu’ils sont gagnés alors qu’ils sont en fait perdus… Pas facile à trouver, la place qu’on aimerait prendre dans ce monde… On aimerait être femmes, mais femmes comme des hommes, travailler, être libres… On aimerait le pouvoir. On a lutté pour ça, en ne voyant même pas que le pouvoir, le vrai, le seul qui compte, on l’avait déjà… Evidemment, pendant des siècles, la liberté, nous ne l’avions pas. Nous n’avions pas le droit de voter, de travailler sans l’autorisation de notre mari. Alors nous avons lutté. Lutté pour avoir le droit de travailler… Comme si celles qui ne travaillaient pas n’avaient rien à faire… Comme si l’éducation d’un enfant n’était pas, entre tous, le plus important des pouvoirs…Les régimes fascistes ont tous compris ça, en enrôlant la jeunesse…Le Lebensborn, de par son extrême achèvement allant jusqu’à la conception même d’enfants, en est la preuve.
Alors que faire ? Etre femme, être mère, comment se faire une place dans ce monde ? Et elle est où, la liberté, dans tout ça ? La femme moderne, celle dont tout le monde pourrait dire qu’elle a réussi, elle est grande, mince, travaille 70 heures par semaine, accepte des réunions le samedi matin, et elle a des enfants. Reprenons. Elle est grande et mince. Grande, elle n’y est pour rien, mince, c’est parce qu’elle s’interdit même de regarder une tablette de chocolat. Aucune liberté vis à vis de la tablette de chocolat, la femme moderne… Elle travaille 70 heures par semaine, parce qu’elle ne veut pas être esclave de son mari. Et elle accepte les réunions le samedi matin parce que justement, pour ne pas être esclave de son mari, elle accepte de n’avoir aucune liberté professionnelle… Elle a des enfants ? Eventuellement. Parce qu’elle en a envie, mais elle hésite. Elle sait qu’elle ne pourra pas manger avec eux, pas un seul soir de la semaine, et même pas le samedi. Elle pense qu’elle ne pourra même pas prendre de congé de maternité. Parce qu’elle est indispensable à sa fonction, à son entreprise, à son patron. Un mari ? Pas forcément le temps. Alors, la liberté de travailler, elle ne l’a même plus. C’est devenu une obligation. Elle doit travailler parce que, si elle veut des enfants, elle devra payer une personne à plein temps qui sera là pour ses petits, pour les faire dîner, leur raconter des histoires, pour les aider à s’endormir.
Les enfants, elle en voudrait, bien sûr, mais elle a quand même un peu peur. Elle a peur de devenir simplement mère en rompant ce bel équilibre. C’est vrai, pourtant, qu’il a fallu se battre pour obtenir le droit de travailler… Seulement, ce droit, il a été conquis en l’opposant à une forme parfaitement caricaturale de l’esclavage que représentait la maternité. Et c’est dommage qu’ait été autant caricaturée cette situation des femmes. C’est dommage que, pour accéder aux responsabilités, les femmes acceptent de devenir des hommes, de vivre la vie des hommes. C’est dommage qu’on oppose tant les femmes qui ont des responsabilités aux femmes qui ont des responsabilités. Comme si la responsabilité d’élever ne fut-ce qu’un enfant était moins noble que celle qu’un employeur peut nous confier…
Un enfant, de toute sa vie, ne se passera jamais de ses parents, et on sait toutes que quelque soit notre niveau de responsabilités à l’extérieur, n’importe quel employeur, n’importe quelle fonction existe malgré nous, malgré notre absence. Le droit des femmes me semble tout à fait ignoré, dans tout ça. Le droit et la liberté.

Tout est question d’équilibre, évidemment. Mais nous ne sommes pas ridicules de souhaiter, de temps en temps, recentrer quelques valeurs. Ne remplaçons pas l’esclavage relatif que représentait la non liberté que nous avions d’être mères par la non liberté que nous avons de ne plus l’être.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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