La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'EDITO D'ELISABETH
Semaine du 26 juillet au 03 août 1999

Réponse de Charles Melman à l'édito
A celle qui a régné

Dans un récent éditorial, Elizabeth Dielh demande si D.ieu est bien une femme. Et, tranquillement, elle le prouve en marchant puisque le lecteur reste suspendu à ses lèvres dans l'attente d'un jugement -en l'occurrence sur l'opportunité de la psychanalyse pour les enfants - dont le balancement délicat et le caractère mesuré tranchent avec les impératifs catégoriques et coléreux propres au D.ieu mâle. Avec un peu de courage, politiquement incorrect, avouons le : une femme est D.ieu. C'est pourquoi les hommes en ont peur et se croient tenus de jouer les bravaches pour l'aborder. Il y aurait beaucoup à dire sur le caractère comique de nos parades sexuelles, y compris le fait qu'elles puissent être prises au sérieux ; sauf par une femme puisque elle , comme D.ieu, sait la vérité : la raie niée par tant de mecs.

D.ieu est une femme

Ne vous en réjouissez pas trop, le raisonnement par lequel je suis arrivée à cette découverte est des plus surprenant et les psy me l'ont soufflé.
Mais commençons par le commencement : La question était choc: vos (nos) enfants ont-ils besoin des psy ? Tellement choc que le magazine, le nouvel obs, immédiatement épuisé, était rapidement devenu introuvable! La disette! Un sous-titre allait même jusquà insinuer que lhéritage de Dolto pouvait être remis en question&
Alors de deux choses lune: soit la question de savoir si nos enfants ont ou non besoin dun psy est suffisamment brûlante pour expliquer que ce magazine se soit arraché si vite, soit le syndicat des psy (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, psychanalystes et jen oublie sûrement) a acheté le jour même de leur sortie tous les numéros, histoire que nous, pauvres parents que nous sommes, ne risquions pas exagérément de nous interroger& Je suis méchante, c'est pour nous épargner.
Bon& Cest vrai que les parents nont jamais été particulièrement gâtés par les psy, depuis Freud et son équipe, pardon, je crois qu'on dit son Rdipe. Evidemment, il y a cette nuance quils sont condamnables et coupables en tant que parents mais victimes en tant quanciens enfants& Mais quand même& On a, depuis des années, pris lhabitude de se dire quun adulte malade ou même carrément cinglé nétait que le fruit du travail destructeur dune relation pathologique voire vaguement incestueusement sexuelle à la mère& Ou à la mère de la mère qui avait elle même une mère. Et il était sympa, papa Freud, il a même fait rentrer dans linconscient collectif que le problème Oedipien était inévitable& Et comme depuis Pasteur plus personne ne croit plus à la génération spontanée, nous savons, puisque nous avons tous une mère, que nous sommes tous des malades& Ou au moins des malades en puissance.
Cest dailleurs lun des génies de la psychanalyse que davoir à ce point soigné son marché, étendu ses indications à linfini. Puisque vous avez une mère, vous avez subi et plus ou moins bien réglé «votre» Rdipe et vous êtes donc potentiellement porteur de souffrances& Ton enfant ne fait rien à lécole, cest de ta faute, de ta faute de ton Rdipe que tas eu avec lui. Ton patron est imbuvable, cest de la faute de sa mère. Ton mari est parfois un peu bizarre, cest de la faute de la sienne et ta belle mère tient elle aussi ça de sa mère. Moralité, elle devait être sacrément casse pieds, Madame Eve. Dailleurs, ses propres enfants se sont entre-tués&
La mère dEve ? D.ieu. Sans savoir à coup sûr déterminer le sexe des anges, on peut facilement conclure de cette démonstration que Dieu était très probablement une femme, nen déplaise aux membres de la gent masculine et aux adversaires de la parité& Ils se rassureront facilement en constatant que si lon sait maintenant que D.ieu est une femme, cest parce la démonstration par la catastrophe a été faite! Pas étonnant, alors, quun magazine qui titre sur une remise en cause des psy et de leur intérêt dans léducation de nos enfants sarrache à une telle vitesse.
Les psy, on sen méfie. Dabord parce que dune façon ou dune autre, ils nous expliquent quon na pratiquement aucune chance de faire mieux que notre mère, et cest déjà pas mal comme désillusion, mais aussi parce quon leur prête le pouvoir de nous disséquer, de nous mettre à nu plus sûrement quen nous déshabillant.
Et ça, je le trouvais carrément énervant jusqu'à ce que... jusqu'à ce que mon aîné, 11 ans, nous ramène à la maison son meilleur copain, le fils d'une pédo-psy réputée. Comme il passait le week end chez nous, elle a téléphoné pour nous remercier. J'allais raccrocher quand elle a voulu rajouter une petite chose : Je dois vous avertir de ce que Christophe fait parfois encore... "Encore...quoi ?" j'ai dit. "Encore pipi au lit".
Je leur en ai moins voulu, tout d'un coup.
Cela dit, je ne pense pas quil faille pour autant brûler Dolto. Avant elle, on pensait que les bébés nétaient quun tube digestif. Et même on le disait. Le fait davoir dit haut et fort quon pouvait parler à un bébé a au moins permis de déculpabiliser tous ceux qui le faisaient en cachette. Y aller à lamour, au feeling, cest plutôt une bonne solution. De toutes façons, des erreurs, on en fait tous&

Maintenant, avoir ou non besoin des psy, choisir un Freudien, un Lacanien, ou un de l'école de Melman, tout ça reste bien énigmatique à mes yeux. Et tant pis si je meurs sans savoir pourquoi je déteste à ce point les araignées.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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