Réponse de Charles Melman à l'édito
A celle qui a régné
Dans un récent éditorial, Elizabeth Dielh demande si D.ieu est
bien une femme. Et, tranquillement, elle le prouve en marchant puisque le lecteur reste
suspendu à ses lèvres dans l'attente d'un jugement -en l'occurrence sur l'opportunité
de la psychanalyse pour les enfants - dont le balancement délicat et le caractère
mesuré tranchent avec les impératifs catégoriques et coléreux propres au D.ieu mâle.
Avec un peu de courage, politiquement incorrect, avouons le : une femme est D.ieu. C'est
pourquoi les hommes en ont peur et se croient tenus de jouer les bravaches pour l'aborder.
Il y aurait beaucoup à dire sur le caractère comique de nos parades sexuelles, y compris
le fait qu'elles puissent être prises au sérieux ; sauf par une femme puisque elle ,
comme D.ieu, sait la vérité : la raie niée par tant de mecs.
D.ieu est une femme
Ne vous en réjouissez pas trop, le raisonnement par lequel je suis
arrivée à cette découverte est des plus surprenant et les psy me l'ont soufflé.
Mais commençons par le commencement : La question était choc: vos (nos) enfants ont-ils
besoin des psy ? Tellement choc que le magazine, le nouvel obs, immédiatement épuisé,
était rapidement devenu introuvable! La disette! Un sous-titre allait même jusquà
insinuer que lhéritage de Dolto pouvait être remis en question
Alors de deux choses lune: soit la question de savoir si nos enfants ont ou non
besoin dun psy est suffisamment brûlante pour expliquer que ce magazine se soit
arraché si vite, soit le syndicat des psy (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes,
psychanalystes et jen oublie sûrement) a acheté le jour même de leur sortie tous
les numéros, histoire que nous, pauvres parents que nous sommes, ne risquions pas
exagérément de nous interroger
Je suis méchante, c'est pour nous épargner.
Bon
Cest vrai que les parents nont jamais été particulièrement
gâtés par les psy, depuis Freud et son équipe, pardon, je crois qu'on dit son
dipe. Evidemment, il y a cette nuance quils sont condamnables et coupables en
tant que parents mais victimes en tant quanciens enfants
Mais quand
même
On a, depuis des années, pris lhabitude de se dire quun adulte
malade ou même carrément cinglé nétait que le fruit du travail destructeur
dune relation pathologique voire vaguement incestueusement sexuelle à la
mère
Ou à la mère de la mère qui avait elle même une mère. Et il était sympa,
papa Freud, il a même fait rentrer dans linconscient collectif que le problème
Oedipien était inévitable
Et comme depuis Pasteur plus personne ne croit plus à
la génération spontanée, nous savons, puisque nous avons tous une mère, que nous
sommes tous des malades
Ou au moins des malades en puissance.
Cest dailleurs lun des génies de la psychanalyse que davoir à ce
point soigné son marché, étendu ses indications à linfini. Puisque vous avez une
mère, vous avez subi et plus ou moins bien réglé «votre» dipe et vous êtes
donc potentiellement porteur de souffrances
Ton enfant ne fait rien à
lécole, cest de ta faute, de ta faute de ton dipe que tas eu avec
lui. Ton patron est imbuvable, cest de la faute de sa mère. Ton mari est parfois un
peu bizarre, cest de la faute de la sienne et ta belle mère tient elle aussi ça de
sa mère. Moralité, elle devait être sacrément casse pieds, Madame Eve.
Dailleurs, ses propres enfants se sont entre-tués
La mère dEve ? D.ieu. Sans savoir à coup sûr déterminer le sexe des anges, on
peut facilement conclure de cette démonstration que Dieu était très probablement une
femme, nen déplaise aux membres de la gent masculine et aux adversaires de la
parité
Ils se rassureront facilement en constatant que si lon sait maintenant
que D.ieu est une femme, cest parce la démonstration par la catastrophe a été
faite! Pas étonnant, alors, quun magazine qui titre sur une remise en cause des psy
et de leur intérêt dans léducation de nos enfants sarrache à une telle
vitesse.
Les psy, on sen méfie. Dabord parce que dune façon ou dune
autre, ils nous expliquent quon na pratiquement aucune chance de faire mieux
que notre mère, et cest déjà pas mal comme désillusion, mais aussi parce
quon leur prête le pouvoir de nous disséquer, de nous mettre à nu plus sûrement
quen nous déshabillant.
Et ça, je le trouvais carrément énervant jusqu'à ce que... jusqu'à ce que mon aîné,
11 ans, nous ramène à la maison son meilleur copain, le fils d'une pédo-psy réputée.
Comme il passait le week end chez nous, elle a téléphoné pour nous remercier. J'allais
raccrocher quand elle a voulu rajouter une petite chose : Je dois vous avertir de ce que
Christophe fait parfois encore... "Encore...quoi ?" j'ai dit. "Encore pipi
au lit".
Je leur en ai moins voulu, tout d'un coup.
Cela dit, je ne pense pas quil faille pour autant brûler Dolto. Avant elle, on
pensait que les bébés nétaient quun tube digestif. Et même on le disait.
Le fait davoir dit haut et fort quon pouvait parler à un bébé a au moins
permis de déculpabiliser tous ceux qui le faisaient en cachette. Y aller à lamour,
au feeling, cest plutôt une bonne solution. De toutes façons, des erreurs, on en
fait tous
Maintenant, avoir ou non besoin des psy, choisir un Freudien, un
Lacanien, ou un de l'école de Melman, tout ça reste bien énigmatique à mes yeux. Et
tant pis si je meurs sans savoir pourquoi je déteste à ce point les araignées.
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste) |