L'opération césarienne

Par le professeur Claude Colette

HISTORIQUE

L'histoire de la césarienne doit être étudiée de trois points de vue différents, même si, bien entendu existe un certain chevauchement, résultant des influences réciproques de l'un sur l'autre.

La technique

Elle commence réellement son histoire avec l'ouvrage de François Rousset, publié en français "pour obéir au commandement de feu Madame et Maîtresse Renée de France fait quelque peu avant son décès". En 1581, l'auteur se penche sur la préparation psychologique de la patiente, sur la disposition du matériel, à portée de main, sur l'installation de l'opérée, sur le tracé de l'incision (latéral gauche, pour éviter le foie, sur les gestes du chirurgien, "remettre la matrice doucement dans son lieu sans y rien coudre"…… Bref, c'est du sérieux, d'autant qu'il traite également des indications et des soins postopératoires. Depuis le début du XVI° siècle existait en fait ce qu'on appelle un prurit opératoire qui démangeait certains en les poussant à tenter l'intervention chirurgicale sur parturientes vivantes, mais dans l'impossibilité d'accoucher par les voies naturelles. L'occasion était trop belle pour Ambroise Paré de rappeler quelques évidences qu'on appellerait "bio-éthiques" aujourd'hui : la mort de toutes les opérées condamnant formellement toute tentative. Son gendre Guillemeau, puis plus tard Mauriceau prirent le relais : c'était nécessaire. On racontait qu'un châtreur de porcs helvète avait opéré avec succès son épouse à la fin de ses quatre grossesses parce que "l'embouchure naturelle était suffisante à recevoir la géniture, mais non à rendre l'enfant". On insistait sur la nécessité du baptême avant la mort de l'enfant, donc quand la mère était encore vivante. Les vrais accoucheurs tenaient bon, continuant à préconiser la version par manœuvres internes qui avait fait ses preuves depuis le II° siècle et Soranos d'Ephèse. Ils tiennent compte des croyances et Mauriceau fait fabriquer une sorte de clystère permettant l'ondoiement de l'enfant encore in utero. En 1800, une série de 24 césariennes pratiquées sur femmes vivantes compte 24 morts maternelles. Il faut attendre la fin du XIX°, le matériel de suture résorbable, l'anesthésie générale et surtout l'asepsie pour que la mortalité maternelle, encore non négligeable, devienne acceptable dans les cas "purs", lorsque l'infection n'avait pas préalablement atteint l'utérus. Adolphe Pinard peut enfin, en 1905, écrire que l'embryotomie (morcellement) de l'enfant vivant n'a plus d'indication.
A partir des années 1950, la transfusion sanguine et les antibiotiques entraînent l'effondrement du risque vital maternel (comme pour les avortements médicalisés).

Fréquence

En trente ans, le taux de césariennes est multiplié par 3 à 4, passant de 4% à plus de 16%. C'est devenu tellement pratique d'éviter les accouchements de nuit ou de week-end que pour une fois accoucheurs et belles mères se mettent d'accord pour "programmer" la naissance, avec l'assentiment du père qui peut mieux organiser son temps et de la mère qui demande à ne rien voir et à ne pas souffrir. J'exagère un peu pour expliquer des taux constatés à 36% ! Il n'en reste pas moins que, si minime soit-il, les décès maternels sont 4 fois plus nombreux après césarienne qu'après accouchement par les voies naturelles ; il faut ajouter les risques d'infection, peu graves en soi , mais pénibles .
L'opération césarienne ne doit pas être décidée à la légère, sur simple demande, mais doit toujours garder une indication médicale sérieuse.

(à suivre... quand faut il y recourir ?)
édité le 13/08/00
Page précédente Page suivante
Précédent Suivant