Le petit livre de la ménopause

HISTOIRE NATURELLE D'UN BOULEVERSEMENT

Le dysfonctionnement ovarien

Cette période précédant la carence hormonale peut être longue, jusqu'à plusieurs années. Les troubles qu'elle génère n’en sont pas spécifiques. Ils surviennent dans d’autres circonstances de déséquilibre hormonal, qu'il soit physiologiques, tels la puberté et la période après l’accouchement ou pathologiques, comme lors des états d’infertilité.

Mécanisme

Le désordre hormonal survient en prélude à l’arrêt des sécrétions. Il est le signe d’un épuisement progressif des deux versants de l’activité des ovaires.

Les deux productions, celle des ovules et celle des hormones, sont liées.  

  • Avant d'émettre un ovule, il faut le préparer. Cela consiste à réveiller, sélectionner, nourrir et faire mûrir les cellules destinées à être fécondées par les spermatozoïdes. 
    Un ensemble de dix d’entre elles est réquisitionné tous les mois. On va leur demander de se préparer, de se faire belles. Des petites mains s’affairent autour d’elles, les bichonnent et dans le même temps sécrètent la première hormone, l’oestradiol. Une sélection sera opérée qui ne retiendra qu’un seul de ces dix ovules tandis que les autres vont s’atrésier, se dissoudre. Celui-là, arrivé à maturité, sera libéré dans la cavité abdominale, en général vers le 13ième jour du cycle. Ensuite, pour fêter ça, les courtisanes sécréteront la deuxième hormone, la progestérone.
  • La production des hormones est inséparable, vous l’avez vu, de celle de l’ovule, la reine. Elle est due aux petites copines, les courtisanes, qui l’entourent et l’apprêtent pour la noce.

Les reines en puissance sont continuellement sollicitées à se préparer. Tous les mois, sans que la prise de la pilule ou autre ne perturbe le phénomène, elles sont réveillées de leur léthargie pour concourir.

Cela explique que la prise d’un contraceptif agira sur la sélection, non sur le recrutement. Il n’y a donc pas d’économie d’ovule, juste un blocage de leur développement.

Quand le stock de reines s’épuise et que l’ensemble est moins bien vascularisé, la fête est moins belle et le mécanisme se dérègle. Les premiers ratés portent sur la fabrication de l’hormone progestérone, celle qui arrive en second, après l’ovulation. Elle a pour fonction de contrebalancer les oestrogènes, d’en tempérer les effets sur certains tissus cibles. Son absence aura des conséquences cliniques, perceptibles dans la deuxième moitié du cycle de la femme.

Conséquences

Le déséquilibre de la séquence hormonale du cycle est donc à l’origine des signes annonciateurs de la ménopause. Fort heureusement, les symptômes décrits dans ce chapitre ne sont pas nécessairement présents dans leur ensemble.

Les perturbations de la deuxième partie du cycle

Les seins sont tendus et douloureux, en particulier dans la partie qui jouxte les bras. Cette tension est différente de celle ressentie lors des premiers jours de grossesse, qui intéresse le sein dans son ensemble.

Un œdème modéré est perceptible, qui touche la partie basse du corps, les pieds, les jambes et parfois jusqu’à la taille.

Une prise de poids cyclique est fréquente, due à la réunion de deux phénomènes : une rétention d’eau et la paresse intestinale des jours qui précèdent les règles. Une débâcle urinaire suit leur arrivée. Il n'est pas rare de ne pas parvenir à boutonner une jupe ou un pantalon dans ces périodes là.

Psychologiquement, le même déséquilibre se fait sentir, fait de maladresse, d'irritabilité, et d'instabilité. Joies comme peines sont vécues de façon désordonnée et exagérée. 

Les modifications des règles

Des caillots sont parfois présents dans le flux menstruel.

Le “sang” des règles, c'est l'élimination d'un tissu partiellement nécrosé, dégradé, qui tapisse l'intérieur de l'utérus pendant le cycle. Il s'agit en quelque sorte d'une mue. Elle occasionne bien sûr des saignements, mais ce n’est pas l’essentiel des pertes. Le produit éliminé est noir et ne coagule pas. Les caillots, quand ils accompagnent ce flux, proviennent de ce que la muqueuse ne se sépare pas nettement de sa base. Des petites flaques de sang se forment et se retrouvent mêlées à la muqueuse sous forme de caillots. Conséquence logique : le volume des pertes est plus important.

De petits saignements précèdent parfois de deux à trois jours la survenue des règles. Ce petit détail gêne la prise des médicaments : les comprimés étant souvent prescrits en fonction du jour du cycle. Le premier jour, dit J1, est le premier jour des règles. Faut-il alors compter à partir de celui des petits saignements ou bien lorsqu’on voit le flux habituel ? Il faut opter pour la deuxième solution. J1 est le jour de l’installation du flux habituel.

Les irrégularités menstruelles

Pendant la période d’activité génitale, entre puberté et ménopause, la plupart des femmes voient, même en l’absence de contraception, leurs menstruations survenir à intervalles réguliers, souvent tous les 28 jours.

L'horloge se dérègle. La tendance générale est au raccourcissement du cycle et la période de saignement, on l'a vu, s’allonge. Là dessus peuvent se greffer des retards de règles variables, pouvant aller jusqu’à l’absence d’un cycle complet.

La crainte de la grossesse est souvent présente à cette occasion. On aurait tord de s’en moquer, de prendre cela comme une coquetterie. C’est arrivé. Il faut donc proposer une contraception à ces patientes.

La contraception

Cette période est imprévisible, notamment du point de vue de la fertilité. Le cycle pouvant être tour à tour normal ou sans ovulation. Si la grossesse n’est pas souhaitée, elle l’est rarement, n'en doutez pas, une contraception est nécessaire.

Elle n’est pas facile à mettre en œuvre. Les pilules classiques exposent au risque d’accidents vasculaires de type phlébite et sont mal supportées par les veines. Les progestatifs utilisés seuls sont efficaces, mais provoquent parfois l’arrêt des règles ou bien des petits saignements. Le stérilet est indiqué. Celui qui possède un filament de cuivre va augmenter les saignements. Il s’accommode mal, en outre, de la présence de fibromes utérins, qui ne sont pas exceptionnels à cet âge. L'autre stérilet, qui délivre de la progestérone localement perturbe le cycle et fait craindre une installation précipitée de la ménopause. C’est la joie.

 

édité le 15/01/2002

Page précédente Retour vers Gynécologie obstétrique Page suivante
Précédent Retour Suivant