| Psycho de l'adolescent |
LA DEPRESSION A L'ADOLESCENCELa dépression chez l'adolescent embarrasse les adultes qui y sont confrontés. La réserve, le retrait et la tristesse de la dépression sont l'envers de l'exubérance, de la vivacité et de l'audace qui provoquent habituellement l'entourage. Ces manifestations détournent les adolescents du goût pour ce qui fait le commerce du monde adulte. Elle les maintient dans une réserve dans laquelle certains voient un manque de volonté, une maladie, ou la mise en cause d'une société dont les compromis susciteraient le dégoût. Si on pense l'adolescence comme un temps de passage, on peut dire schématiquement que la dépression est le signe d'une résistance à ce changement. Ce passage est imposé par les modifications du corps, à la fois objet de regrets et de craintes. Cette transformation mobilise tout ce qui fait l'identité de l'adolescent d'une manière proche de ce qui se passe dans un travail de deuil, qui est ce temps, où on se retrouve soi-même après la perte d'un être dont on obtenait jusqu'alors reconnaissance. Ce qui explique le fond de tristesse qui survient si l'adolescent résiste à un tel changement et reste dans ce temps intermédiaire. La transformation du corps qu'est la puberté se présente comme une poussée
impérieuse et incontournable. Par son côté imprévisible, elle peut être vécue avec
la même brutalité qu'un deuil, avec une tonalité traumatique. Cette contrainte
inévitable est ressentie directement dans les transformations du corps, mais aussi dans
les effets de ces changements sur ceux qui sont les proches, les parents notamment, car
ceux-ci accueillent désormais les initiatives de l'adolescent avec un sérieux, une
gravité, voire une inquiétude qui n'étaient pas présents jusqu'alors. Dans ce même temps s'engage en lui un véritable travail de deuil du fait d'un certain
nombre d'expériences de perte. La perte de ce qui peut alors être reconstruit comme le
bien-être supposé de l'enfance. La perte de la paix et de la tranquillité du corps qui
ne se manifestait pas jusqu'alors de manière aussi insistante. La perte aussi d'une forme
de relation aux autres, aux adultes qui se révèlent " tels qu'ils sont ".
Cette déception ressentie à l'égard des parents tient à ce qu'ils se révèlent
incapables de fournir à l'adolescent une garantie, une solution qui lui éviteraient
l'incertitude de son désir. Au contraire, ils se montrent eux-mêmes travaillés par
leurs propres manques, en proie à des compromis, à des embarras. L'ébranlement de cette
référence aux parents se repère dans l'acharnement paradoxal avec lequel les
adolescents tentent de re-susciter, parfois dans la provocation, une image idéale des
parents derrière laquelle ils puissent continuer de se protéger des exigences de leur
désir. L'adolescent peut résister à engager son désir, dans des choix, des décisions,
suivant sa propre logique. Des difficultés, des peurs, parfois un véritable refus
peuvent mettre un frein à cette mobilisation par la puberté et l'amènent à une
situation de retrait, de réserve vis à vis de ce qui fait la structure même de son
identité. il se trouve en quelque sorte saisi, surpris par ces changements qu'il subit
alors à son corps défendant. Il se refuse d'aller de l'avant et de tabler sur ce qui
fait le fond de son identité. De ce fait, il reste dans une position de retrait dont il
souffre par des manifestations dépressives. Celles-ci s'associent souvent à des moments
de dé-personnalisation qui sont des moments d'incertitudes concernant l'identité même
de l'adolescent et qui donnent alors un aspect dramatique à la symptomatologie
dépressive. La différence sexuée garçon/fille se retrouve dans la portée différente que tiennent les manifestations dépressives pour l'un et pour l'autre. On peut le souligner dans un raccourci qui justifierait de plus amples développements. Chez le garçon, elles sont directement la marque d'une position de réserve, de refus, voire d'échec à l'égard de son désir comme évoqué plus haut. Chez la fille, elles viennent plutôt au terme d'impasses où elle a pu s'engager, croyant résoudre les questions de sa féminité, alors qu'elle n'a fait que les repousser à plus tard. Ainsi l'échec d'une position d'objet tenue à l'égard d'un autre, ou les limites d'une réalisation de soi qui reste tributaire des apprentissages et du savoir. Les manifestations dépressives sont la trace d'un retrait à l'égard du désir, de ce désir dont la visée, fondamentalement, nous échappe. Elles témoignent d'un défaut de référence symbolique pouvant servir de repère et contrecarrer les effets de leurre qu'entretient l'économie du monde actuel dans l'accès au plaisir. |