La cellule familiale

Catherine Ferron

LA JALOUSIE

La jalousie est-elle évitable ?

Non. Soluble dans les bons sentiments et la bonne éducation ? Non plus.
Soyons clairs : si elle n'existait pas nous ne serions pas là. Car à l'instant même de la naissance, des milliers d'expériences nous attendent où "se dépasser" est le leitmotiv de toute action, fut-elle celle de grandir. Dans le meilleur des cas "une force inconnue privée de nom détermine l'être à se chercher dans sa pensée". Nous faisons connaissance avec l'autre qui n'est jamais le bon sauf à de trop rares moments de chaleur, de satiété, de plénitude. Dans tous les autres cas, cet autre, en la personne du frère, de la soeur, du père, de la mère, est là en rival, en imposteur, en menteur, en empêcheur de tourner en rond. Faut-il souligner que cela vaut mieux d'ailleurs pour tout le monde dans notre tradition dite œdipienne ?
Saint Augustin, déjà, décrivait ce petit enfant pâle de jalousie en regardant son petit frère à la mamelle de sa mère. Point n'est besoin, direz-vous, de mamelle pour en constater les dégâts.
En effet, et que faire pour ne pas en être ravagé ?

Ordonnance :

  • prononcer " jalousie " au moins cinq fois par jour à la manière d'un procès-verbal : c'est la chose du monde la mieux partagée
  • demander aux parents d'avoir ce mot à la bouche avec assurance : je suis jaloux de mon banquier ou de mon percepteur
  • mettre ce mot dans le bec des enfants dès le plus jeune âge : pas question de cacher ça ou de crier au vilain défaut.
  • articuler ce mot et le faire rouler dans leur gosier comme un berlingot : il devient aussi délicieux qu'un gros mot…

Quand, dans la consultation, je dis à l'enfant que papa est jaloux de la voiture de son collègue et que maman est jalouse de la robe de son amie, c'est un début qui en général fait rire de soulagement et les parents et l'enfant concerné.
Car cet autre, auquel nous aurons toujours à faire, est là dans le miroir depuis le début.
Force est de nous y reconnaître.

J'attends vos remarques sur femiweb.com elles me feront avancer dans ma réflexion. Merci.