| Les grands noms de la psychanalyse |
JACQUES LACAN Sa vie, son enseignement (1ère partie)Avertissement. Ce texte est l'adaptation pour EpsyWeb d'un article de l'auteur paru dans Le siècle rebelle, dictionnaire de la contestation au XXe siècle, sous la direction d'Emmanuel de Waresquiel, chez Larousse. Si la psychanalyse, après plus de cent ans, reste une pratique vivante, on le doit pour beaucoup à Jacques Lacan. C'est lui qui la remit sur sa voie quand, dès avant la mort de son fondateur, l'ambition des analystes semblait surtout de s'intégrer aux institutions en place. C'est lui qui reconnut dans l'oeuvre de Freud "un fleuve de feu", et osa affirmer que le désir qui l'anime est la véritable boussole du psychanalyste. Il luttera toute sa vie contre la résistance à la découverte de l'inconscient jusque chez les psychanalystes eux-mêmes et rappellera à ces derniers que c'est d'abord à l'égard de la psychanalyse qu'ils sont responsables car sa fonction dans la société est irremplaçable. Venir après Freud... Jacques - Marie Lacan est né à Paris en 1901. Il fut élève brillant au collège Stanislas, puis étudiant en mèdecine. Ses intérêts éclectiques se portèrent en même temps vers la philosophie, les lettres, l'anthropologie, l'histoire, la linguistique, la logique. Pendant ses études de psychiatrie il fréquenta les surréalistes. Sa thèse parue en 1932 sur la psychose paranoïaque témoigne d'un travail et d'une érudition considérable mais aussi d'une indépendance de pensée solidement argumentée. Jacques Lacan, psychiatre, sera reconnu, non sans opposition, psychanalyste à la Société psychanalytique de Paris en 1938, Cette année-là, Freud, autorité incontestée du mouvement psychanalytique mondial, agé de 82 ans, malade, quittait Vienne, annexée par l'Allemagne nazie, pour émigrer en Angleterre où il devait mourir l'année suivante. Du fait de ces circonstances de temps (il n'aura pas l'occasion de rencontrer Freud avant sa mort) et de lieu (la France, tardivement conquise à la psychanalyse et non sans réticence), Lacan n'aura pas été dans l'entourage du fondateur. Il ne se prêtera pas pour autant au rêve du milieu psychanalytique français d'avant-guerre d'une psychanalyse nationale. Il avait d'ailleurs choisi pour analyste R. Loewenstein, psychanalyste venu d'Europe centrale et qui dut plus tard quitter la France pour les Etats-Unis. Le refus de 1953. Après la guerre, Lacan devint vite l'un des enseignants les plus écoutés de la Société. Le projet de création d'un Institut de psychanalyse, que ses promoteurs voulaient à l'image d'une faculté de mèdecine, délivrant des diplômes, fut à l'origine de la scission de 1953. Ce projet, inadapté à la transmission de la psychanalyse, lui donnait explicitement la neurobiologie pour idéal. Le voeu, légitime, de se faire reconnaître par les autorités n'était pas pour rien dans cette présentation médicale et aseptisée de la psychanalyse. Il s'agissait peut-être aussi de mettre au pas des enseignants trop populaires. Bien que président de la Société psychanalytique de Paris, Lacan démissionna en compagnie de quelques collègues parmi les plus brillants. Ils fondèrent la Société française de psychanalyse (SFP). La question de la formation devait cependant ressurgir. L'excommunication de 1963. Les membres de la nouvelle association se retrouvèrent exclus de l'Association psychanalytique internationale (IPA). Après une période heureuse et féconde, les élèves et collègues de Lacan souhaitèrent la réintégrer. Des tractations s'engagèrent au terme desquels il fut procédé à un troc: reconnaissance de la SFP en échange du renoncement de Lacan et Dolto à former des psychanalystes. Lacan compara cette mesure à l'excommunication dont Spinoza fut l'objet de la part de sa communauté. Elle eut lieu en hiver 63. Dès Janvier 64, grâce au soutien de C. Lévi-Strauss, Lacan reprenait son séminaire hebdomadaire (11ème année!). L'Ecole freudienne. Le 21 juin de la même année, il fondait seul l'Ecole freudienne de Paris (EFP). Quelques amis et élèves le suivirent en dépit des conditions. Son séminaire dura encore 14 ans continuant d'apporter des outils d'une grande efficacité comme les quatre discours , les formules de la sexuation ou les noeuds borroméens. La nouvelle école eut un succès inattendu (Elle fut à la fin la plus importante des associations françaises de psychanalystes). Il ne semble pas pourtant que malgré l'attention de Lacan à éviter les effets de groupe qu'il avait connus, les rapports entre les analystes de son école aient été à la hauteur de son travail. Sa maladie libéra une certaine agitation qui l'amena à dissoudre l'EFP (1980). Il mourut le 9 septembre 1981. |