Les grands noms de la psychanalyse

Nicole Maya MALET

Maud Mannoni

Maud Mannoni a "ouvert" et s'est "servie" de la psychanalyse pour accueillir et aider à vivre des enfants débiles et arriérés profonds.
C'est dans ce double mouvement apparemment paradoxale par son aspect pragmatique que réside l'apport majeur de Maud Mannoni pour la psychanalyse française. Enrichissement à la fois clinique et théorique qui s'exprime sur un mode inventif et combatif. Et puisqu'il fallait un lieu pour rendre possible cet exercice périlleux, elle va fonder une institution originale: l'école expérimentale de Bonneuil.
On voit d'emblée la dialectique nouvelle entre théorie et pratique qui s'opère dans la psychanalyse quand celle-ci se trouve déplacée. Car c'est en tant que praticienne non médecin qu'elle subvertit un domaine réservé jusque-là â la psychiatrie classique et médicalisante, affinant le registre de la psychose infantile tout en menant les combats politiques au sein de la santé mentale rendus nécessaires pour l'existence de celle institution s'affichant comme un "lieu de vie".
Magdalena Van der Spoel, est née le 22 octobre 1923 à Courtrai en Belgique. Fille de diplomate, elle se déplace durant son enfance au hasard des postes diplomatiques de son père, fait très tôt l'expérience des frontières et des langues étrangères. A six ans, avec sa famille elle quille Colombo. Le retour en Belgique fut vécut comme un déracinement brutal, la coupant de la nourrice cinghalaise qui l'avait élevée et du Hindi qu'elle entendait. La langue étrangère sera vécut comme position limitrophe, et l'utilisation qu'elle en fera notamment avec les enfants psychotiques montre comment elle fit "oeuvre de son symptôme".
Après des études de criminologie à Bruxelles, elle suit une formation de psychotechnicienne et adhère à la Société Belge de Psychanalyse en 1948. Cette même année elle s'installe à Pans, travaille à l'hôpital Trousseau où elle rencontre Françoise Dolto, épouse Octave Mannoni et devient membre de la Société Française de Psychanalyse.
Après avoir été analysée par Maunce Dugautiez, elle reprend une psychanalyse à Paris avec Jacques Lacan. En 1960 pendant la guerre d'Algérie, elle signe avec Octave Mannoni et l'équipe des Temps Modernes le "Manifeste des 121" défendant le droit à l'insoumission. Toujours avec Octave Mannoni, elle développe une réflexion marquée par les inflexions de l'école anglaise notamment celles de D.W.Winnicott et Mélanie Klein. Mais c'est surtout D.W.Wînnicott qui l'influencera, pénétrant "l'autre scène" avec les instruments théoriques et cliniques de "l'espace transitionnel", de "l'aire du jeu" mais aussi par la littérature, le théâtre, la poésie, le cinéma, ouvrant une à une les portes de l'imaginaire et de la "fantaisy".
Ses liens avec D.W.Winnicott n'effacent pas son travail et son engagement lacanien, en 1964, au moment de la scission de la Société française de psychanalyse (SFP) et de la constitution de I'Ecole freudienne de Paris elle suivra avec Françoise Dolto, Jacques Lacan.
Toujours en 1964, elle inaugure la collection créée par Jacques Lacan aux éditions du Seuil : " Le Champs freudien " en publiant son premier ouvrage, L'enfant arriéré et sa mère, montrant principalement qu'à vouloir traiter le symptôme, on refuse le patient. Puis en 1967, l'enfant "sa maladie " et les autres. Ces deux essais servent de réquisitoire à l politique de santé mentale, et portent en germe l'ambition clinique de l'Ecole expérimentale de Bonneuil qui ouvre ses portes en 1969.

Ses positions souvent frontalières nourrissaient aussi une certaine méfiance à l'égard des " théoriciens, qui auraient réponse à tout ".
Pour la psychanalyste la sécurité des fous est envisagée uniquement dans les lieux précaires, ou de repli où l'enfant ne sera plus un sujet désirant, on lui aura rapté toute parole personnelle ainsi l'institution fonctionne comme une mère de psychotique. L'aliénation c'est comment une maladie prend chez l'autre, parent ou soignant, une fonction, un statut qui sera cause d'une aliénation supplémentaire.
A contrario elle crée à partir de la situation des enfants exclus, l'institution éclatée, pas toute, soumise à la castration sociale en ouvrant des espaces potentiels permettant que quelque chose de la folie puissent se rejouer entre enfants et adultes. La position constante de Maud Mannoni, c'est qu'en institution, la cure analytique ne suffit pas pour. soigner des enfants psychotiques. Si l'Ecole expérimentale de Bonneuil trouve sa source dans le désir de sa fondatrice, elle s'appuie toujours sur une forme de militantisme. Après la dissolution de l'Ecole freudienne de Paris Maud Mannoni fonde avec Patrick Guyomard et Octave Mannom le CFRP (Centre de formation et de recherches psychanalytiques) et dirige une collection toujours avec Patrick Guyomard chez Denoél du nom: Espace analytique.
En 1994, le CFRP orphelin depuis cinq ans d'Octave Mannoni se divise avec fracas, Maud Mannoni prolonge un des groupes sous le nom d'Espace analytique et Patrick Guyomard recrée un nouveau groupe analytique.

Son engagement avec J. Lacan, son parcours de l'IPA à Espace Analytique, dans le sillage de Françoise Dolto ses liens avec le mouvement psychanalytique anglo~saxon, notamment avec D.W.Winnicott avec qui elle fit un contrôle, son intérêt pour le mouvement antipsychiatnque participant à faire connaître en France R. Laing et D. Cooper tout en marquant à leurs endroits une distance très nette, l'intérêt qu'elle montre pour l'expérience de F Basaglia en Italie témoigne de l'éclectisme de son trajet psychanalytique mais aussi des différents courants qui ont traversé, l'institution psychanalytique française d'après-guerre comme des événements internes qui ont fait scissions. Femme de combat, son engagement pour la psychanalyse fut à la fois politique, clinique théorique et esthétique.

Lire Maud Manoni

Éditions du Seuil
1964, L'enfant arriéré et sa mère
1967, L'enfant "sa maladie>' et les autres
1970, Le psychiatre " son fou" et la psychanalyse
1973, Éducation impossible
1984, Un lieu pour vivre
1979, La théorie comme fiction
1982, D'un impossible à l'autre
1983, Le symptôme et le savoir

Denoél,
1965, Le premier rendez-vous avec le psychanalyste
1995, Les mots ont un poids. Ils sont vivants.
Que sont devenus nos enfants " fous"?
1998, Elles ne savent pas ce qu'elles disent