Société et psychanalyse

Jean Perin

UNE PARENTE ALITEE

La notion de parentalité tend à désigner aujourd'hui le lien familial non exclusivement axé sur le père. La loi de juillet sur l'autorité parentale partagée dit que "L'autorité appartient aux père et mère pour protéger l'enfant dans sa sécurité, sa santé et sa moralité". La parenté s'est éclatée en parentalité dite bio, bi, mono, homo, hétéro etc... L'autorité des parents est donc partagée. On parle même de co-parentalité. Les parents étant des co-parents. Le principe d'égalité domine cette législation. La parité s'y fait parenté.
Le code affirme que chaque époux a "la pleine capacité de droit" et qu'ils "s'obligent mutuellement à une communauté de vie". Enfin, la résidence de la famille est choisie d'un commun accord".
Cette législation témoigne d'une nouvelle façon de penser le couple. Mais, avant de porter un jugement sur ce droit nouveau, il n'est pas sans intérêt de rappeler le droit ancien, celui du code de 1804.
Le mari devait protection à sa femme et celle-ci, obéissance à son mari (article 213 ancien). Ce colonialisme, à l'intérieur du couple était intolérable à certains : l'homme était le maître et la femme esclave. La femme était sous puissance maritale et les enfants étaient assujettis à la puissance paternelle. Le père pouvait faire emprisonner ses enfants sans donner de motif. C'était la correction paternelle. Sur le plan juridique, le père représentait ses enfants mineurs. Quant à la femme, elle ne pouvait paraître sur la scène du droit qu'autorisée par son mari. Elle était considérée comme une incapable. Le mari jouissait pleinement de tous ses droits.
Ce système, un peu brutal, marquait les places sans ambiguïté. Citons l'article 214 ancien, tant honni par le mouvement féministe : "La femme est obligée d'habiter avec son mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider : le mari est obligé de la recevoir et de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie, selon ses facultés et son état". Chacun sentira la différence entre cette rédaction et la nouvelle qui stipule que la résidence est choisie "d'un commun accord".
L'article 214 bridait la femme et l'acculait à une position hystérique. Il mettait en valeur le debitum conjugale (le devoir conjugal). Le verbe fournir signifiait pourvoir à ce qui est nécessaire mais aussi coïter (dès le 16e siècle). Besoin étant la forme masculine de besogne. L'expression "selon ses facultés et son état" pouvait s'entendre de diverses façons. On n'y vit plus l'inégalité sociale que la disparité due au sexe. La référence à l'acte de chair a donc disparu de nos codes. Le mouvement législatif aboutit à châtrer le père.
Diverses lois, au cours des 19e et 20e siècles, ont abrogé la puissance paternelle qui était la pièce maîtresse de l'ancien code.
Il y eut l'abolition de la correction paternelle (véritable lettre de cachet qui donnait le droit au père de faire emprisonner ses enfants) et ce sera la naissance du tribunal pour enfants.
La loi de déchéance de la fonction paternelle est votée en juillet 1889.
Citons la loi sur l'instruction obligatoire des délits commis pa les mineurs (avant, ils étaient remis à leur famille dans les 48 H), la loi sur le travail des enfants mineurs et l'ordonnance sur l'Assistance Educative.
La loi vient entamer les prérogatives paternelles, qui sont abolies au profit de l'Etat.
En 1938, abolition de l'incapacité de la femme mariée. La capacité est entrée dans les faits.
Les 19e et 20e siècles ont vu, avec le développement industriel et le progrès de la science, le déclin de la puissance paternelle. Le père avait abusé de son pouvoir. Il buvait, ne rentrait pas à la maison, battait sa femme et les enfants. Quant au bourgeois, lui aussi, il buvait, jouait, injuriait et ruinait son épouse. Prolétaire ou bourgeois sa jouissance était intolérable. Sans doute ces faits étaient-ils vrais mais les lois s'écrivent aussi avec des fantasmes.
La nouvelle législation s'oriente vers un matriarcat... La mère peut contester la paternité du mari (article 218 du code civil). La référence paternelle n'est qu'une parmi d'autres. Le droit de la famille s'efface devant le discours gestionnaire. L'économie de ménage devient management asexué. Les besoins de la vie sont planifiés. Il ne reste qu'à trouver le code des nouveaux pères ! Certains soutiennent même que la fonction paternelle se perd par le non-usage ! Que l'enfant aurait à choisir entre le modèle maternel et le modèle paternel. Combien de temps un père doit-il consacrer à ses enfants pour ne pas être déclaré déchu ? Qu'est-ce qu'un père sociologiquement correct ?
L'enfant lui-même devient un objet à gérer? Dans le langage socio-économique dominant, l'éducation de l'enfant est un investissement. On parle de capital- études comme si le savoir s'incorporait à la personne. Il est vrai que la famille devient une bonne affaire pour l'économie. La preuve scientifique en matière de filiation vient forclore le sujet du droit.
Les conséquences d'une telle législation sont lourdes pour les enfants qui se perdent dans la généalogie. La seule référence à la mère semble incontournable. Tel enfant se repérera par un frère, tel autre par une soeur, selon une parenté utérine. Le harcèlement moral du père, perversion de sa puissance perdue, comme la toute puissance maternelle, ont des répercussions sur le corps de l'enfant ou de l'adolescent. De nouveaux symptômes apparaissent. La clinique le révèle chaque jour. Aussi les praticiens psychanalystes, psychiatres, pédiatres, gynécologues sont-ils intéressés à prendre en considération ces nouvelles données familiales. Les médecins traitants pourraient être, de façon neuve, médecins de famille, puisque le traitement strictement médical ne présente pas l'efficacité espérée.

 

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