| L'enfant |
Marika Bounes et Jean Bergès |
L'INCIDENCE DE LA MORT OU DE LA MALADIE DES GRANDS-PARENTSDans notre civilisation en 1999, les grands-parents méritent plus qu'autrefois ce nom. En effet, il est fréquent qu'ils aient élevé l'enfant car les jeunes parents travaillaient, n'avaient pas la place suffisante pour le petit dernier : la conséquence logique est l'éclipse d'une génération, celle des parents. Ceci est encore plus net quand la mère élève seule l'enfant et le confie à ses propres parents, en l'absence de père identifié ou parce qu'il n'a pas reconnu le bébé. Cas de figure qui peut aussi bien être ce lui de la grand-mère maternelle, de sorte que l'enfant peut considérer que ce sont les femmes seules qui font les enfants entre elles. Par ailleurs, au point de vue strictement économique, les grands-parents, dans les familles les plus "classiques" soutiennent de plus en plus les parents, souvent pendant de nombreuses années, cautionnent les emprunts, paient les vacances, la voiture, etc... Cette dépendance financière, contrairement à ce que l'on pense, est parfaitement connue des enfants qui en ressentent les parents fragilisés certes, mais surtout dans une position d'enfants au même titre qu'ils le sont eux-mêmes : c'est cette proximité filiale qui constitue un obstacle aux identifications aussi bien imaginaires (je veux être riche comme mon grand- père) que symboliques (c'est ma grand-mère l'homme fort de la famille puisque c'est à sa signature que tient l'appartement où je vis). On comprend que la maladie, le décès d'un grand-parent vienne apporter un démenti angoissant à ces représentations, à ce texte, et que le travail de deuil en soit rendu très difficile. En effet, l'irruption de la mort, menaçante dans la maladie (même bénigne) ou réelle dans le décès de l'un des grands-parents constitue l'émergence d'une implication logique accablante : la barrière entre la mort et les parents se fissure, ou disparaît. C'est l'immortalité des parents qui est ruinée, et du même coup celle de l'enfant. Cette implication logique est tout aussi rigoureuse si les grands-parents étaient très lointains, si on les connaissait à peine, si les parents étaient fâchés avec eux, s'il était presque impossible de leur parler : il ne s'agit pas de sentiments, il s'agit de logique. C'est dans ces conditions qu'il st très indiqué que la famille ne cache pas la maladie, à fortiori le décès. Le souci de "ménager la fragilité des enfants", "de leur épargner ce qui n'est pas de leur âge", est une grave erreur. Au contraire, les choses doivent être claires, prises dans un discours parental sans mensonge. Le travail de deuil de l'enfant, même très petit, est grandement facilité par sa participation à l'enterrement : cérémonie où il est "normal" de manifester publiquement sa douleur, les conséquences de la perte, et dont les effets symboliques viennent s'aggraver à l'éclosion des manifestations imaginaires soit du "je ne sais rien" soit des angoisses liées au "revenant". |