|
DANS LA SERIE MAMAN J'AI PEUR...
Les armes à la main
Emmanuel a sept ans et m'a été adressé par son médecin pour ce symptôme bien banal
chez un petit garçon, qui est celui de l'énurésie. J'ai accepté de le rencontrer et
après la deuxième séance le symptôme a nettement régressé pour ne plus revenir
après quelques semaines.
Pourquoi? Quel est le mystérieux pouvoir d'un psychanalyste qui fait disparaître un
symptôme récurent et assez gênant qui a résisté à toutes les méthodes les plus
communément utilisées dans ce cas?
Emmanuel est élevé par sa mère divorcée depuis qu'il a quatre ans. Il est pour elle
enfant unique. Il va chez son père en fin de semaine où il rencontre une fille de douze
ans qui est la fille de la compagne de son père et son demi frère de deux ans que son
père a eu avec cette femme.
Quand il mouillait son lit, c'était souvent au retour du week end avec son père chez qui
il ne se mouillait pas. Autrement dit quand il se retrouvait à nouveau seul avec sa
mère. Pour un garçon, vivre seul avec sa mère est le plus souvent angoissant. Les
tensions agressives à l'égard de sa mère servent de défenses à cette intimité que ne
vient border aucun père. Emmanuel le montre bien, même s'il est, chez son père, plus à
l'étroit, même si le père ne fait pas beaucoup d'effort pour le distraire, il
bénéficie chez lui de la sécurité qu'offre un père physiquement présent, les frère
et soeur établissant des relations de saine rivalité, ce contexte lui permet de se
détendre et de mettre bas les armes.
Il me le fait comprendre à sa manière. Il a apporté, à l'insu de sa mère, un revolver
de cow boy qu'il brandit sous mon nez avec des airs menaçants. Je lui parle du besoin
qu'il éprouve de me mettre à distance comme il a besoin de le faire avec sa mère quand
ils ne sont qu'eux deux. Il voit que je n'en fais pas un drame et se met à faire des
blagues de sa façon, des bruits de pets et de rots qu'il produit avec sa bouche et que
j'accepte tel quel. Nous pouvons parler sans complications du plaisir qu'il éprouve à
raconter des blagues, des devinettes bien de son âge et qui jouent sur les mots, qui
ressemblent à une mise en boite. L'humour est une arme comme une autre et qui peut, comme
le revolver, permettre de tenir le partenaire à distance. Il arrive aussi qu'un enfant
élevé seul par sa mère se mette à devenir sale, désordonné. Il laisse sa chambre
dans un tel désordre que l'introduction d'un aspirateur devient une chose impossible. En
transformant sa chambre en tanière, il trouve le moyen de tenir sa mère à distance.
L'énurésie du garçon lui permet de manifester deux désirs contradictoires : celui de
se faire dorloter comme un petit, mais à l'inverse de se rendre répulsif pour que la
mère n'ait plus de contact au corps avec lui.
Chez un enfant de sept ans, au sortir de l'Oedipe, ces deux stratégies sont encore
mêlées. Si le matin quand il se mouille, il doit prendre une douche, il prolonge une
intimité avec sa mère si celle-ci se met sous la douche avec lui sous prétexte que la
température de l'eau de la douche est difficile à régler. A ce moment-là la douche est
l'entretien d'une relation complice qui se répète entre eux et entretient le symptôme.
Il s'agit, on le voit pour l'enfant énurétique, garçon ou fille, d'une période où se
joue l'établissement d'une frontière, celle qui doit opérer la séparation d'avec la
mère dans le domaine de l'intimité corporelle. Ce revolver qu'Emmanuel a apporté en
séance lui a été acheté par sa mère qui sait inconsciemment qu'une séparation entre
eux deux est nécessaire et qui déplore sincèrement l'attitude régressive de son fils.
Le psychanalyste matérialise cette attente d'une personne tierce entre eux deux et
donne par la parole la possibilité à l'enfant de sortir de ce dilemme, rester le petit
de maman qui peut tout accepter, même la relation régressive, ou devenir grand en
exprimant son agressivité:
"Tout aurait été tellement plus facile pour moi, si papa était encore là" |