Esprit de femme

Par le professeur Claude Colette

Il n'est pas psychanalyste mais il a voulu en parler, avec ses mots. Il a voulu aussi rapporter ce que son expérience lui avait enseigné et les conséquences qu'il avait su en tirer. Ils l'ont accepté dans leur Pré-carré. Remercions les.

L'INSTINCT MATERNEL N'EXISTE PAS

Vous faire cette déclaration me fait passer pour un provocateur auquel il vous est facile de répondre par les simples arguments du bon sens (qui est également partagé entre tous) :
Tous les animaux à sang chaud élèvent en effet leurs petits, spontanément et naturellement. Si, dans notre espèce, une mère ne présente pas le comportement habituel (infanticide- abandon), il s'agit d'une aberration due à la perversité d'une conscience coupable. Il en est de même des sévices à enfants.
En conséquence, soyez logiques jusqu'au bout : La Société doit donc punir ces crimes et délits contraires aux lois fondamentales de la Nature. Que peut-elle de plus ?

Première objection :

L'expérience des jeunes guenons séparées de leur mère à la naissance pour être nourries par des "mères fil de fer ", c'est à dire des montages métalliques couverts d'une fourrure en peau de singe et présentant des biberons facilement accessibles. Les petites savent très vite et très bien se nourrir sans la présence de quiconque (sauf les observateurs cachés). Elles grandissent comme les autres, plaisent aux mâles qui les fécondent comme les autres, et mettent bas sans particularité. Après pourtant, c'est le drame. Elles considèrent le petit qu'elles ont mis au monde comme un jouet qui les ravit avec les cris qu'il pousse lorsqu'elles le jettent en l'air et qu'il retombe. Le jeu devient vite moins intéressant et le cadavre est rapidement abandonné dans un coin. Sans les soins maternels reçus après sa naissance, l'animal n'aura jamais, lorsque son tour viendra, de comportement normal avec ses propres petits. L'attitude maternelle est donc acquise et non innée, même chez l'animal.

Deuxième objection :

Le constat fréquent d'un mimétisme reproduisant à la génération suivante le comportement supporté pendant la première enfance. Chacun sait que les "enfants battus", battent souvent à leur tour leur progéniture, agissant ainsi comme ils avaient vu le faire.

Troisième objection :

L'infanticide et l'abandon sont communs à de nombreuses espèces. Ils se produisent toujours lorsque la mère se trouve dans une situation de "terreur panique" qu'elle ne peut maîtriser. Par exemple le changement de personne et de couleur de blouse pour apporter la nourriture aux animaux de laboratoire, mais aussi la grossesse que le concept de société de la future mère rend honteusement insupportable (inceste, viol, mésalliance…)

Deux conclusions fécondes justifient notre "comportementalisme"

  • Le dépistage de situations dites à risque peut être effectué pendant la grossesse, donc avant ses effets regrettables. L'environnement socio-familial et les réponses à un interrogatoire clinique permettent de désigner celles qui doivent bénéficier d'une aide particulière. Cette aide est explicative, poursuivie le temps jugé nécessaire, associée à un encadrement avec écoute offerte et constats objectifs réalisés. Les résultats d'une équipe obstétrico-pédiatrique du Sud de notre pays sont éloquents. Les échecs sont relativement rares et la diminution des situations pénibles, sévices en particulier, inférieurs de manière significative aux valeurs statistiques générales. La prévention intéresse de plus en plus, c'est heureux, tout le personnel, médical(médecins, sages-femmes) et paramédical(puéricultrices, psychologues)qui entoure la naissance et ses suites.
  • Les contacts physiques entre la mère et son enfant sont encouragés, en particulier dans les situations qui pourraient les entraver(hospitalisation distincte de l'une et de l'autre). La mère est invitée à participer le plus possible aux soins nécessaires que requière la santé de l'enfant, prématuré, opéré, isolé…

Je ne pense pas, pour terminer, vous avoir heurté. Réfléchissez à tout ce que vous devez à l'amour de votre mère et à tout ce que vous transmettez à votre enfant de tendresse. C'est là un héritage culturel que nous devons tous favoriser dans sa transmission aux générations à venir. C'est aussi un motif à encourager l'allaitement au sein. Cherchons, par ailleurs, à éviter les drames familiaux, à les mieux comprendre, plutôt qu'à les condamner avec dégoût : Les souffrances sont toujours partagées entre le bourreau et sa victime.