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DÉSIR D'ENFANT ET stérilité
Procréation médicalement assistée et adoption sont deux temps de
réponse à la demande d'un couple dans l'incapacité d'avoir un enfant.
En effet, vouloir un enfant est l'expression, par le couple, d'un
désir. C'est pas seulement qu'ils disent qu'ils ont besoin d'un enfant,
c'est au delà, ou plutôt en arrière du besoin, quelque chose de
fondamental. Oui, en psychanalyse, le désir n'est pas ce que le couple
a envie d'avoir dans l'avenir, c'est ce que son histoire lui a appris à
désirer avant même qu'il ne soit dans la situation d'en avoir envie.
Quand ça n'arrive pas tout seul, quand le couple a besoin de la science
ou de la société, en cas d'adoption notamment, comment est ce que ça
se passe ?
On est loin, là, des mystères de l'enfantement, du coup de pouce
divin. On est dans les éprouvettes, les techniques et les évaluations
et c'est du blanc paillasse ou du socialement correct et non de la soie
froissée.
Les causes de défaillance et les moyens à mettre en oeuvre pour y
remédier n'ont plus rien de magique ou de spirituel. Pour la science
médicale cela sera parfaitement codifié : le spermatozoïde trop mou
sera implanté in situ, la trompe sera reperméabilisée et l'ovule
paresseux sera expulsé à coup d'hormones.
La fécondation in vitro est relatée comme une aventure extraordinaire
et la presse grand public s'en fait l'écho goulûment. Les corps, les
organes, les particules " élémentaires...! " jouissent de
propriétés qu'il faut savoir exploiter ! Le clonage, sa plus parfaite
démonstration, est agité sous les yeux des badauds inquiets et
impressionnés. Avec la science nous avons donc affaire à une profonde
révolution conceptuelle, le corps devient visualisable et son
fonctionnement peut être instrumenté.
Avoir un enfant éprouvette, ce sera, la similitude des consonances n'a
rien de fortuit, cette longue épreuve, rythmée par le maître de la
science égrenant examens de laboratoire, échographies et explorations
diverses dans un espace quasi virtuel et atemporel.
Chaque séquence qui n'aboutit pas est vécue comme un échec mais aussi
comme un traumatisme. Deuil impossible de l'enfant à venir et désir
profondément ancré d'avoir, de voir, son enfant, amèneront parfois à
la tentative d'adoption.
Le vécu de la démarche d'adoption n'est pas si différent que nous
pourrions le penser de celui éprouvé pendant le traitement médical de
la stérilité.
Espoir, déception, enthousiasme, détresse ; sont les alternances du
temps de la soumission aux enquêtes d'aptitude sociale et morale à
l'adoption, aux formalités administratives, aux réglementations
juridiques nationales et internationales. En un mot, nous pouvons dire
que le réel social est venu remplacer le réel scientifique, faute de
dépendre, comme le commun, du coup de rein du conjoint ou du coup de
pouce divin.
Quelle que soit la qualité de l'accueil accordé, par les associations
adoptantes, aux futurs parents (souvent trop négligé) ils vont se
sentir pris dans une démarche technique ou administrative très loin de
leur désir, très loin du symbole que constitue cet enfant à venir.
C'est la distance qu'il y a entre la spontanéité du désir d'enfant et
la tentative de maîtriser sa venue.
Cette situation engendre forcément des effets propres. Ainsi, après
l'enthousiasme du début et celui de partager son projet avec toute une
équipe, il n'est pas rare de voir des tensions s'installer. Les
conflits qui resurgissent dans le couple pour des causes apparemment
anodines sont en réalité le déplacement d'un vécu douloureux. De
même un silence trop poli ou trop résigné peut masquer une véritable
dépression.
Lorsque les parents pourront dire " maintenant nous avons un enfant
" la chaleur, l'illumination du désir initial enfin retrouvées
risquent d'être marquées par les longues années d'attente, les
traumatismes répétés, les souffrances latentes qui n'auront pas été
prises en compte
Les "enfants de la science" ou de l'adoption peuvent
cependant se muer en enfant du désir. Ils peuvent être l'objet de
mythes familiaux tout à fait assimilables à d'autres, plus banals,
comme celui de l'enfant conçu sur le siège arrière de la Deuche de
notre jeunesse ou de la Simca Ariane de grand père. Il suffit pour cela
que le regard ne se soit pas perdu dans la blancheur des labos et que le
pied n'ait pas glissé sur le carrelage des paillasses. Blanche, dure,
si dure est la réalité !
Au regard de la patience, le traitement de la stérilité et de
l'adoption, c'est le même combat, celui qui doit faire demeurer
disponible le désir d'un couple, soumis à tant d'aléas.
Car pour que le père et la mère demeurent un couple, il faut qu'ils
gardent leur position d'homme et de femme désirants. On ne fera pas
l'économie de leur jouissance à côté de leur désir afin que
l'enfant soit nommé fils ou fille "de", "d'eux", ou
mieux le nouveau "Dieu lard" de la famille.
Terminons par deux remarques, l'une concerne les parents en tant que
couple, l'autre en tant que transmetteurs du savoir et de la culture.
D'une part l'homme ne deviendra père que lorsque la femme l'invitera à
revêtir le costume du père. La femme devenue mère ne restera femme
que si son homme la désigne toujours, au delà de l'enfant, comme objet
de son désir. La fonction mère-père ne doit donc pas saturer la
scène conjugale.
D'autre part les parents risquent d'être pris, du fait de leur souci de
préserver le fruit d'un espoir enfin réalisé, dans un comportement
qui va surestimer médecine et éducation au détriment de la
spontanéité. Celle ci aura parfois été perdue dans les dédales d'un
parcours anxieux et semé d'embûches.
En d'autres termes, admettant que la médecine, la technologie, la
science, bref, le savoir, ont accompagné et contribuer à la venue de
l'enfant, les parents risquent de lui accorder, à ce savoir, à cet
oncle d'Amérique, un droit de visite, un droit de regard dont l'asepsie
peut faire barrage aux scories qui agrémentent une vie de désir pour
un enfant.
C'est une trame, un filet. Les grandes lignes vous en sont à
présent connues. Le couple peut s'y prendre ou s'en déprendre. On peut
aider, accompagner, écouter, en tout cas en parler. Le silence ne sert
pas l'oppressé. |
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