Esprit de femme

Kathy Saada et Docteur Lucien Chaby

SEXUALITE FEMININE ET MENOPAUSE

La ménopause est une étape physiologique.
C'est surtout un bouleversement physique et affectif : un nouveau marquage du corps et du temps pour une femme.
Le temps d'une femme est toujours rythmé par des changements inscrits dans son corps : pousse des seins, installation des règles, modifications spectaculaires de la grossesse.
La ménopause est une étape dans cette continuité : étape fortement médicalisée à l'heure actuelle car certains médecins ont tendance à en faire essentiellement une maladie de carence hormonale.
Largement soutenus par les médias, ils proposent le traitement hormonal comme solution unique au problème de la ménopause.
Mais qu'en est-il pour une femme à ce moment là de ce qui lui arrive, de comment elle le vit, et de ses voeux vis à vis de cette échéance qui peut soit la satisfaire, soit l'importuner, soit la révolter ou même la rendre malade..Une femme a alors besoin d'un interlocuteur qui puisse en l'écoutant, l'aider à verbaliser ce qu'elle ressent autrement qu'en terme de fatigue, de prise de poids, d'irritabilité...
Comment rester désirable et désirante pour une femme lorsque la possibilité de création a disparu et que les changements corporels qui apparaissent alors fragilisent "le narcisse" qui est en chaque femme qui se voudrait la même, immuable et hors du temps.
Une femme a alors plus que jamais besoin de se soutenir de la lueur de désir qu'elle peut lire dans le regard de son partenaire. Les regards anonymes dans la rue sont aussi un repère pour elle ; sa silhouette, sa façon de se mouvoir suscitent-elles toujours le plaisir des yeux ?
Certes un cruel ravage attend celle pour qui toute reconnaissance de sa féminité ne peut lui venir que de son image. Elle se déprimera, baissera les bras, se laissera aller, renoncera à toute sexualité et se plongera alors dans un processus accélérant le vieillissement.
Dans l'adoption de cette solution, les sirènes religieuses, sociales, ne se ressemblent-elles pas pour lui souffler de s'effacer, de se taire ?
L'abandon de la sexualité se fait parfois avec l'accord du partenaire qui a pu connaître à ce moment de sa vie des difficultés érectiles plus ou moins durables et a préféré y renoncer.
D'autre part, une femme qui a toujours refusé l'érotisme et la jouissance sexuelle peut se servir de l'alibi de la ménopause pour cesser toute activité sexuelle. Au mieux, elle se réinvestira dans le rôle de grand-mère. Au pire, l'agressivité revendicatrice en fera une vieille dame mal aimée, mal aimante. Mais pour d'autres femmes, cette période qui correspond souvent au départ des enfants de la maison libérera une pulsion libidinale accrue, qui se manifestera alors par un désir sexuel intensifié.
Certaines affirment qu'elles n'ont jamais été aussi satisfaites de leurs rapports sexuels et prennent plus de liberté érotique.
La dissociation de la sexualité et de la procréation peut permettre d'envisager sous un jour nouveau la relation avec le partenaire masculin.
Une enquête a révélé que chez 15 % des femmes, le plaisir augmente avec l'âge et certaines femmes ne connaissent l'orgasme qu'après la ménopause. Quelques femmes vont même jusqu'à vouloir profiter de leurs derniers éclats pour réparer les injustices que la vie mais surtout les hommes leur ont faites. Elles se lanceront alors dans des entreprises de séduction dont elles seront elles-mêmes les premières étonnées.

Emportée dans son désir de vie, elle sublimera et cette nouvelle femme retrouvera ses premières amours : cuisine, couture, peinture, sculpture, musique, écriture...