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Regard posé... sur un film

Roland Chemama


L'ENNUI (de Cédric Kahn)

Je n'ai pas repris le livre de Moravia, lu il y a fort longtemps. On assure que le détail des relations entre les deux principaux personnages est bien conservé. 
De toutes façons je m'en tiendrai à ce que montre le film, démonstration exemplaire d'un point de vue psychanalytique. Martin, bien qu'il s'épuise à lui faire l'amour, n'arrive pas à posséder Cécilia. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela ne se comprend pas d'emblée, mais le film suggère quelques pistes. Notons d'abord combien nous sommes loin ici de représentations des rapports entre hommes et femmes qui mettraient en avant une supposée « domination masculine ». 
Cette idée de posséder Cécilia ne se confond sans doute en rien avec une idée de domination. Il s'agit plutôt pour Martin d'atteindre en elle quelque chose qu'il n'arrive pas à appréhender, quelque chose qu'il n'arrive même pas à comprendre. Et comme cette tentative est vouée à l'échec, c'est plutôt lui qui est possédé. Martin est professeur de philosophie, on lui suppose la quarantaine. Cécilia a dix sept-ans. Elle a été le modèle et la maîtresse d'un peintre de soixante ans, qui s'est pour ainsi dire tué à faire l'amour avec elle. C'est d'abord en interrogeant la jeune fille sur cette relation que Martin tente de comprendre. Mais comprendre quoi? Cécilia est lisse, peu expressive. C'est elle qui choisit ( le peintre, Martin, plus tard un jeune acteur ). Elle tire, des rapports physiques qu'elle établit, une jouissance forte, mais elle en laisse voir - peut-on penser - beaucoup moins qu'elle n'en éprouve. Ou encore : quelle que soit la jouissance à laquelle son partenaire l'amène, tout se passe comme s'il y avait une jouissance encore au delà, qui serait pour elle seule, et qu'il ne pourrait en aucun cas atteindre. 
Confronté à cet impossible que pourrait faire Martin? Il tente à un moment donné de changer la donne. Il lui vient par exemple à l'idée de retarder l'acte sexuel en lui demandant de se livrer, devant ses yeux, à diverses tâches. Mais ce qui dans un autre registre pourrait déboucher sur un rapport pervers ne peut ici aller très loin. Alors Martin en est plutôt réduit à questionner, à interroger Cécilia sans relâche, pour la forcer à parler de ses sentiments ou de ses désirs. Entreprise obsédante, qui ne peut provoquer que l'ennui de sa partenaire. 

Lacan disait : « il n'y a pas de rapport sexuel ». Cela n'a pas toujours été compris. Il est pourtant clair qu'il ne pouvait nier l'existence de l'acte sexuel. Mais celui-ci confronte plutôt, et sous différentes formes, un homme et une femme à la disparité de leur jouissance, à l'impossibilité de s'approprier le partenaire. Le film de Cédric Kahn le démontre de façon implacable.

 

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