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J'AI DROIT A SAVOIR MES ORIGINES
Je suis née il y a 24 ans et j'ai été adoptée a l'âge de 8 mois par des parents
vraiment formidables qui ont tout fait pour que je sois heureuse et ils m'ont donne tout
l'amour qu'ils pouvaient. La seule chose qu'ils n'ont pu m'apporter, ce sont les réponses
aux questions que je me pose sur mes origines.
J'ai toujours su que j'avais été abandonnée et j'ai toujours voulu en savoir plus.
Je suis fille unique et la vie n'a pas toujours été facile pour moi. Je me sens
différente des autres (des gens qui ont une histoire génétique). J'ai commence mes
recherches a 19 ans en demandant mon dossier a la DDASS. Ils ne m'ont pas donne grand
chose. L'accueil est plutôt froid et suspicieux. Pourquoi rechercher ses origines quand
on a été " bien " adopte ? Je pense que ca n'a rien a voir avec mes parents
adoptifs (mes vrais parents, ceux qui m'ont élevée et aimée). Je ne veux pas changer de
famille.
Un bébé, aussi jeune soit il, a une histoire, quelle qu'elle soit, et l'administration a
des traces de notre passe, pour la plupart d'entre nous. Un bébé ne tombe pas du ciel
comme par enchantement, il a une histoire. Psychologiquement, c'est très difficile a
supporter de savoir qu'il y a un " secret " bien garde sur sa propre vie, sans
que l'on puisse y avoir accès. Comment savoir a qui je ressemble, si j'ai des frères et
soeurs, dans quel environnement ma mère biologique a vécu, avoir des réponses aux
milliers de questions qui tournent et retournent dans ma tête ?
Comment être équilibré et vivre " normalement " quand on n'a pas ces
éléments de base ? Les psychologues vous diront toutes les conséquences d'un abandon
sur le psychisme d'un être humain. Je pense qu'une mauvaise vérité vaut mieux qu'un bon
mensonge. On se remet mieux d'une " déception " que d'un vide.
La France et le Luxembourg sont a l'heure actuelle, les 2 seuls pays européens a
autoriser l'accouchement sous X et la non reconnaissance d'un enfant. Cette loi a été
votée en 1941 pour " éviter " disait on, les infanticides et les abandons
" sauvages " devant les églises. A cette époque, les femmes étaient souvent
seules, leurs maris partis se battre, et il arrivait fréquemment que des enfants naissent
de relations adultérines ou que les femmes se retrouvent seules. La guerre est finie,
heureusement, mais la loi persiste et n'est pas du tout adaptée a notre société.
Aujourd'hui les femmes n'abandonnent plus pour les mêmes raisons et la loi laisse un
délai de rétractation a l'abandon de 2 mois (au lieu de 3 il y a quelques années).
Les gens qui veulent adopter, préfèrent dans la majorité des cas un bébé, et ce
délai de rétractation très court, ne laisse pas 2 chances a la mère biologique de
réfléchir a son acte. On lui fait signer un papier pour qu'elle donne son bébé a
l'assistance publique et on lui dit qu'elle ne risque rien, " son " enfant ne
pourra pas la retrouver... Le fait d'inciter les femmes en détresse morale a abandonner
leur bébé dans l'anonymat arrange la DDASS et les parents adoptifs : dans le cas de
l'accouchement secret, l'enfant ne peut légalement pas retrouver ses origines. Il n'y a
aucun risque a ce qu'il veuille changer de famille (on sait jamais) ou a ce que la mère
réclame sa progéniture quelques années plus tard.
ET NOUS DANS L'HISTOIRE ? QUELS DROITS AVONS-NOUS ? Ca fait deux ans que je m'occupe de
l'Association pour le Droit aux Origines des enfants Nés sous X. Nous recevons au moins
un courrier par jour pour une demande de recherche. Je pense que toutes les personnes
adoptées se posent des questions tôt ou tard. Le temps passe vite et on ne nous écoute
pas suffisamment.
LEGISLATEURS, BOUGEZ VOUS !
Delphine, adoptée, 24 ans.
Merci de m'avoir laisse un espace de libre expression.
- édité le 18/12/1998
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