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Elisabeth Dielh

LE POUVOIR, LES PULSIONS, LA SÉDUCTION

Tout ça me semble malheureusement assez inévitable...
Aussi longtemps qu’on répondra à la question « tu fais quoi » par « je suis... », aussi longtemps que les hommes confondront puissance fiscale et taux de testostérone, aussi longtemps que les femmes se prendront pour des hommes quand elles réussissent (qu’elles réussissent quoi, au fait ?...), aussi longtemps qu’on continuera à jouer un rôle plutôt qu’à être, on continuera de n’être que comme au cinéma.
Le sujet est vaste. Le jeu peut même être charmant. A condition qu’il soit honnête et que les joueurs sachent clairement qu’ils jouent.
Une autre réflexion me vient à l’esprit. C’est vrai qu’il existe sans doute des gens particulièrement attirés par les gens de pouvoir, dont un certain nombre d’intrigant(e)s, de profiteurs(euses), de calculateurs(trices)... Mais il me semble également vrai qu’il existe plus de «séducteurs (trices)» parmi les gens de pouvoir. L’explication, à mon sens, réside dans la pression et l’isolement liés au pouvoir, l’angoisse aussi et le sentiment de ne jamais plus être soi et de n’être qu’une fonction, de devoir être, toujours, à chaque instant, irréprochable. Or la sexualité est forcément totalement aux antipodes du contrôle permanent de soi même, d’où une plus grande nécessité de soupapes de sécurité... Une plus grande nécessité d’assouvir des pulsions, tant elles sont réfrénées à longueur de journée... Et un mensonge nécessaire pour ne pas blesser celle, ou celui, qu’on aime, vis à vis de ce qui n’est qu’une pulsion. C’est probablement vrai qu’il serait conjugalement préférable de faire du sport mais je ne peux éviter cette relative indulgence, et plaindre ceux pour qui la pulsion a tourné à la catastrophe, à un remake sordide des maîtres chanteurs.
Comme si pour être un honnête homme, il fallait impérativement déballer publiquement ses écarts.

édité le 18/12/1998