La question doit être posée, au même titre qu’elle l’a été pour les autres méthodes utilisant des agents physiques, les rayons X par exemple.
Nous n’en sommes plus à l’époque de Pierre et Marie Curie. Les accidents et négligences qui ont accompagné les premières applications des rayonnements ne sont plus possibles aujourd’hui. Néanmoins, il reste malaisé d’affirmer l’absence totale de risque. Le succès rencontré par l’échographie, tant au niveau des patientes qu’auprès des médecins, qui voient là l’outil démocratique par excellence, à portée de leur bourse, ne peut qu’amplifier la nocivité éventuelle. L’ignorance pousse parfois vers deux travers : Que nous ne puissions pas mettre en évidence d’effets néfastes ne signifie pas qu’ils n’existent pas. Mais ça ne signifie pas non plus qu’ils existent, enfouis, tapis hors de portée de notre acuité scientifique.
Evaluation
Nous disposons de deux méthodes :
La méthode statistique
Elle tente déceler, sur une population soumise au risque, ce qui la différencie d’une
population identique témoin. Cela consiste à comparer un groupe d’enfants dont les
mères ont eu une surveillance échographique à d’autres qui ne l’ont pas eue. L’analyse
porte sur divers paramètres témoignant de leur état de santé : poids de naissance,
maladies, handicaps, développement psychomoteur.
De telles études abondent. Les plus sérieuses, celles qui ont analysé des
populations comparables, concluent à l’absence de danger pour une utilisation modérée,
usuelle, des ultrasons en diagnostique.
La méthode fondamentale
Elle est très différente puisqu’elle consiste en des études expérimentales de
l’effet de l’agent physique, l’ultrason, sur les tissus ou sur des modèles animaux. Elle
vise à la détection d’effets biologiques ou génétiques.
Comment interpréter les résultats ? Comment extrapoler les résultats du modèle
animal à l’homme ? Qu’en est-il des conséquences observées sur du tissu humain in
vitro, en laboratoire, par rapport à ce même tissu dans le corps, in vivo, compte tenu
de la dilution des effets, des réparations et de la protection générale qu’offre un
organisme complet ?
Les effets
Les effets biologiques
Les ultrasons sont pourvus principalement de deux effets biologiques,
l’un mécanique, l’autre thermique.
Les effets mécaniques résultent de ce que les ultrasons voient leur
vitesse s’accélérer brutalement lorsqu’ils traversent des micro-bulles
d’air contenues dans les cellules. Cela peut aboutir à la destruction
des cellules.
Quant à l’effet thermique, il consiste en une élévation de la
température des tissus traversés. Dans des conditions semblables à
celles rencontrées dans l’exercice courant, une exposition de cinq
minutes peut aboutir à un réchauffement de l’ordre de 0,65°C d’une
zone délimitée et pour une émission d’ultrasons en continu.
Les effets génétiques
On retrouve aussi, expérimentalement, des effets sur le matériel génétique,
les chromosomes. Il existe un phénomène qui a cours habituellement
entre deux chromosomes de la même paire : Ils échangent des petits
morceaux équivalents de leur filament, au sein desquels se trouvent des
gènes. On appelle cela l’échange de chromatides sœurs. Un peu comme
si, juste avant de sortir, deux sœurs décidaient d’échanger leurs
chaussettes ou leur ceinture. L’exposition de cellules aux ultrasons
peut en augmenter la fréquence.
En pratique
Comment se fait-il qu’on ne note aucun effet sur les enfants qu’on a
surveillés par ces méthodes si les ultrasons ont un effet réel sur
les cellules ?
En échographie diagnostique, en fait, les temps d’exposition sont
vraiment très courts. La sonde, vous le savez, passe le plus clair de
son temps à recevoir, beaucoup plus qu’à émettre. Par contre le
doppler, au cabinet ou lors de la surveillance du travail, produit un
faisceau continu d’ultrasons. De plus, la partie fœtale exposée est
toujours la même, celle du thorax et du cœur.
En conclusion
On peut quand même rassurer les mamans, ces phénomènes ne semblent
pas avoir de conséquences en pratique. Par contre, leur existence
suffit à s’imposer par prudence de réduire le temps d’exposition du fœtus
à celui strictement nécessaire au diagnostique, évitant de confondre
sonde et caméra, échographie et reportage vidéo.
(à suivre... le suivi échographique de la grossesse )