index_epsyweb.gif (34669 octets)

Retour à la page sommaire

Humeurs et Polémiques

Denise Vincent psychanalyste

Les autres articles


Les urgences de Créteil

Qu'est ce qui nous a rendus si accros à l'émission "Urgences" qui parait depuis deux ans sur l'A2 le dimanche soir, qui s'interrompt cette semaine pour mieux reprendre en janvier de l'An 2000? 
Une gentille sociologue est venue nous l'expliquer dans un ton tout à fait juste et cela m'a donné envie de poursuivre son analyse. 
Je me suis demandée ce qui a donné ensuite au reportage filmé aux urgences de l'hôpital de Créteil l'impression que l'image était bien plate et ne faisait guère vibrer la corde que l'émission américaine entièrement "fabriquée" n'a cessé de remuer. 
Appelons les choses par leur nom, avec un mot un peu désuet à notre époque: ce que la série "urgences" met en scène c'est la compassion. Une équipe médicale à l'hôpital de Chicago va tenter dans les minutes qui suivent l'arrivée du blessé une série de gestes efficaces qui vont ou non le sauver, dans une grande précipitation, mais qui vont être cependant accompagnés entre soigné et soignants d'un échange de regards, d'une attention et de paroles qui semblent au moins aussi importants que le geste véritablement médical. C'est sur ce point d'échange et de proximité que nous participons, en tant que téléspectateurs, à ce qui est en train de se passer, nous identifiant tantôt au blessé (qu'il est doux d'être l'objet de tant de sollicitude), tantôt aux soignants (qu'il serait bon de savoir trouver les mots qui soulagent). 
Comprendre, soutenir, déculpabiliser, calmer, adoucir, plaisanter, faire prendre patience, rassurer toutes ces manifestations de compassion participent à faire renaître la vie après le traumatisme. Nous sommes avec eux bons, chaleureux, efficaces. Que c'est agréable et comme ça nous réconcilie avec notre vie quotidienne où nous ne sommes pas toujours patients, tolérants, et communicatifs.

Qu'avons-nous vus à Créteil? 
Un médecin chevelu plein d'indulgence et de bonhomie pour examiner un clochard, souffrant massivement de malaises (épileptiques ou pas) qui revient régulièrement au service des urgences encadrés de trois gendarmes et qui désire passer la nuit au chaud. 
Plusieurs vieilles dames qui ont fait des chutes parce qu'elles perdent un peu la tête et oublient de prendre leurs médicaments.
Quelques gentilles infirmières assez douces pour prendre le malade par la main, caresser une joue, répéter avec douceur des paroles encourageantes, mais aussi toute une série de figurants, aide-soignantes, personnel administratif. Leurs airs apeurés quand arrive un alcoolique en plein delirium est leur seule réaction. Leur souci semble être de se protéger et de rester imperméables à l'intense demande affective et émotionnelle des malades. 
Les médecins de garde, agglutinés autour des images radiographiques, montrent bien comment leurs préoccupations scientifiques leur permettent de se protéger de la relation médecin-malade dans sa dimension humaine. 
Quelle drôle de médecine... Pourquoi faut-il que ce soit une fiction qui vienne rappeler que la détresse humaine se soigne d'abord avec des paroles? 

Pour une médecine plus humaine allez plutôt au cinéma. Deux films m'ont beaucoup intéressée. 
Le film de Michel Deville:"la maladie de Sachs", qui relate la vie au jour le jour d'un médecin généraliste. Sans doute le docteur Sachs n'a pas été formé dans le CHU de Créteil. C'est Martin Winckler qui a écrit l'excellent roman dont s'est inspiré Michel Deville. Tous les acteurs sont merveilleux à commencer par Albert Dupontel qui joue le rôle titre. 
Un autre film m'a aussi beaucoup touchée c'est celui de Solveig Anspach dont le titre est "Haut les coeurs qui relate l'histoire douloureuse d'une jeune femme en même temps enceinte et atteinte d'un cancer du sein. C'est une histoire vraie vécue par la scénariste. L'actrice qui incarne le rôle est Karine Viard. Elle est tout à fait remarquable. L'histoire de ce combat contre la maladie est vraiment le front commun entre soignants et soignés pour faire gagner la vie sur la mort. Tourné en décors réel ce film est un hommage rendu à des services hospitaliers, comme celui de Villejuif où la qualité du personnel soignant honore la médecine.

Vous pouvez réagir, on vous répondra, ici.


Contact - Top - Légal - Promouvoir EpsyWeb

Copyright © 1998-2003 FemiMedia All Rights Reserved