Les urgences de Créteil
Qu'est ce qui nous a rendus si accros à l'émission
"Urgences" qui parait depuis deux ans sur l'A2 le dimanche soir,
qui s'interrompt cette semaine pour mieux reprendre en janvier de l'An
2000?
Une gentille sociologue est venue nous l'expliquer dans un ton tout à
fait juste et cela m'a donné envie de poursuivre son analyse.
Je me suis demandée ce qui a donné ensuite au reportage filmé aux
urgences de l'hôpital de Créteil l'impression que l'image était bien
plate et ne faisait guère vibrer la corde que l'émission américaine
entièrement "fabriquée" n'a cessé de remuer.
Appelons les choses par leur nom, avec un mot un peu désuet à notre
époque: ce que la série "urgences" met en scène c'est la
compassion. Une équipe médicale à l'hôpital de Chicago va tenter dans
les minutes qui suivent l'arrivée du blessé une série de gestes
efficaces qui vont ou non le sauver, dans une grande précipitation, mais
qui vont être cependant accompagnés entre soigné et soignants d'un
échange de regards, d'une attention et de paroles qui semblent au moins
aussi importants que le geste véritablement médical. C'est sur ce point
d'échange et de proximité que nous participons, en tant que
téléspectateurs, à ce qui est en train de se passer, nous identifiant
tantôt au blessé (qu'il est doux d'être l'objet de tant de
sollicitude), tantôt aux soignants (qu'il serait bon de savoir trouver
les mots qui soulagent).
Comprendre, soutenir, déculpabiliser, calmer, adoucir, plaisanter, faire
prendre patience, rassurer toutes ces manifestations de compassion
participent à faire renaître la vie après le traumatisme. Nous sommes
avec eux bons, chaleureux, efficaces. Que c'est agréable et comme ça
nous réconcilie avec notre vie quotidienne où nous ne sommes pas
toujours patients, tolérants, et communicatifs.
Qu'avons-nous vus à Créteil?
Un médecin chevelu plein d'indulgence et de bonhomie pour examiner un
clochard, souffrant massivement de malaises (épileptiques ou pas) qui
revient régulièrement au service des urgences encadrés de trois
gendarmes et qui désire passer la nuit au chaud.
Plusieurs vieilles dames qui ont fait des chutes parce qu'elles perdent un
peu la tête et oublient de prendre leurs médicaments.
Quelques gentilles infirmières assez douces pour prendre le malade par la
main, caresser une joue, répéter avec douceur des paroles
encourageantes, mais aussi toute une série de figurants, aide-soignantes,
personnel administratif. Leurs airs apeurés quand arrive un alcoolique en
plein delirium est leur seule réaction. Leur souci semble être de se
protéger et de rester imperméables à l'intense demande affective et
émotionnelle des malades.
Les médecins de garde, agglutinés autour des images radiographiques,
montrent bien comment leurs préoccupations scientifiques leur permettent
de se protéger de la relation médecin-malade dans sa dimension
humaine.
Quelle drôle de médecine... Pourquoi faut-il que ce soit une fiction qui
vienne rappeler que la détresse humaine se soigne d'abord avec des
paroles?
Pour une médecine plus humaine allez plutôt au
cinéma. Deux films m'ont beaucoup intéressée.
Le film de Michel Deville:"la maladie de Sachs", qui relate la
vie au jour le jour d'un médecin généraliste. Sans doute le docteur
Sachs n'a pas été formé dans le CHU de Créteil. C'est Martin Winckler
qui a écrit l'excellent roman dont s'est inspiré Michel Deville. Tous
les acteurs sont merveilleux à commencer par Albert Dupontel qui joue le
rôle titre.
Un autre film m'a aussi beaucoup touchée c'est celui de Solveig Anspach
dont le titre est "Haut les coeurs qui relate l'histoire douloureuse
d'une jeune femme en même temps enceinte et atteinte d'un cancer du sein.
C'est une histoire vraie vécue par la scénariste. L'actrice qui incarne
le rôle est Karine Viard. Elle est tout à fait remarquable. L'histoire
de ce combat contre la maladie est vraiment le front commun entre
soignants et soignés pour faire gagner la vie sur la mort. Tourné en
décors réel ce film est un hommage rendu à des services hospitaliers,
comme celui de Villejuif où la qualité du personnel soignant honore la
médecine.
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