Oui, on peut manger du thon en boîte pendant la grossesse, mais en quantité modérée et en variant les espèces de poisson. L’enjeu est de profiter des oméga‑3 tout en limitant l’exposition au méthylmercure, plus présent chez les grands prédateurs. Les repères officiels français recommandent deux portions de poisson par semaine en variant les espèces, et de limiter les poissons prédateurs comme le thon chez les femmes enceintes.
Pourquoi le thon en boîte pose question pendant la grossesse
Le thon est un poisson prédateur haut dans la chaîne alimentaire. Au fil de sa vie, il accumule du méthylmercure, un contaminant susceptible d’affecter le développement neurologique du fœtus en cas d’expositions élevées. Les autorités sanitaires rappellent donc que, durant la grossesse, la consommation de poissons prédateurs doit être limitée, et que certains très grands prédateurs (espadon, marlin, requin…) doivent être évités par précaution.
Le thon en conserve est toutefois souvent issu d’espèces plus petites (comme le listao), généralement moins chargées en mercure que les thons rouges ou obèses vendus frais. Cela ne l’exonère pas pour autant de toute vigilance pendant la grossesse, mais explique pourquoi il peut trouver sa place dans une alimentation variée, avec une fréquence adaptée.
Repères pratiques: à quelle fréquence consommer du thon en boîte enceinte
En France, les repères nutritionnels pour la grossesse préconisent 2 portions de poisson par semaine (portion ≤ 100 à 150 g), dont une de poisson gras, en variant les espèces et les origines. Pour les femmes enceintes, la consommation des poissons prédateurs sauvages, dont le thon, doit être limitée.
Concrètement, pour le thon en boîte, un repère prudent et simple à appliquer est le suivant :
- Jusqu’à 1 portion de thon en boîte par semaine maximum (environ 120 g égoutté), en alternance avec d’autres poissons peu contaminés (sardine, maquereau, hareng, truite d’élevage, colin, lieu, cabillaud, saumon d’élevage).
- Si vous consommez un autre poisson prédateur la même semaine (bar, lotte, bonite, dorade, etc.), évitez le thon cette semaine‑là et choisissez à la place un poisson non prédateur.
À ce jour, les autorités françaises ne publient plus de chiffre officiel unique spécifique au thon en conserve. Elles insistent plutôt sur la limitation des prédateurs et la diversité des espèces. Le repère ci‑dessus vise à traduire ces principes en pratique, sans dépasser l’esprit des recommandations.
Portions, formats de boîtes et choix de produits
Les boîtes de thon vendues en France affichent souvent un poids net de 140 à 160 g (soit 110 à 130 g égouttés). Pour une femme enceinte :
- Comptez 1 petite boîte égouttée = 1 portion.
- Évitez d’empiler thon en boîte et thon frais dans la même semaine.
- Privilégiez le thon listao (souvent mentionné “skipjack”) et les produits indiquant l’espèce, par transparence.
À l’échelle d’un mois, cela revient typiquement à 2 à 4 portions de thon en boîte selon vos autres choix de poisson, en gardant comme fil conducteur la variation des espèces et la priorité donnée aux poissons peu contaminés.
Bénéfices nutritionnels: pourquoi ne pas l’exclure totalement
Le poisson apporte des acides gras oméga‑3 à longue chaîne (EPA et DHA), de l’iode, de la vitamine D et des protéines de qualité. Chez la femme enceinte, un apport suffisant en DHA contribue au développement normal du cerveau et de la vision du fœtus. Le thon en boîte, bien que variable selon l’espèce et la préparation, reste une source utile de protéines et peut contribuer, avec d’autres poissons moins contaminés, à atteindre l’objectif de deux portions hebdomadaires.
Risques à connaître et espèces à éviter
Le principal risque est chimique, lié au méthylmercure. Les autorités françaises demandent de limiter les poissons prédateurs sauvages chez la femme enceinte, catégorie qui inclut le thon. Par ailleurs, par précaution, certains très grands prédateurs comme l’espadon, le marlin, le requin ou le siki sont à éviter. Le thon n’est pas dans cette liste d’éviction stricte, mais relève bien de la catégorie “à limiter”.
Côté microbiologie, la stérilisation des conserves réduit fortement le risque de listériose par rapport aux produits de la mer crus ou insuffisamment cuits. En revanche, surveillez le teneur en sel des conserves si vous devez limiter le sodium, et préférez les versions “au naturel”.
Comment équilibrer sa semaine type
Exemple simple, compatible avec les repères français pour la grossesse :
- Lundi : maquereau grillé (poisson gras, non prédateur).
- Jeudi : cabillaud au four (poisson maigre, non prédateur).
- Samedi : salade composée avec 1 petite boîte de thon au naturel ou remplacer par sardines en boîte si du thon a déjà été mangé dans la semaine.
Ce schéma illustre la rotation des espèces et la place raisonnable du thon en conserve. Adaptez selon vos goûts, en gardant une portion standard de 100 à 150 g par prise et en choisissant de préférence des poissons identifiés comme peu contaminés quand vous avez déjà mangé un prédateur récemment.
Questions courantes
Le thon en boîte “light” est‑il différent ?
“Light” fait souvent référence à l’espèce listao/skipjack ou à la présence d’eau plutôt que d’huile. Cela ne signifie pas “sans mercure”, mais ces produits proviennent souvent de thons plus petits, en moyenne moins chargés que les très grands thons. Lisez l’étiquette pour l’espèce et préférez les versions au naturel.
Et si j’ai déjà mangé du thon plusieurs fois cette semaine ?
Pas d’alarme si cela reste ponctuel. Rééquilibrez les semaines suivantes en privilégiant des poissons non prédateurs. En cas de consommation très fréquente de prédateurs sur une longue période, parlez‑en à votre professionnel de santé qui pourra, si nécessaire, évaluer vos apports et vous rassurer.
Dois‑je éviter tous les sushis au thon ?
Durant la grossesse, les poissons crus sont déconseillés pour limiter le risque de listériose et d’autres infections. Le thon en boîte étant cuit et stérilisé, il n’est pas concerné par ce risque particulier, ce qui en fait une option plus sûre qu’un sushi au thon cru.
L’essentiel à retenir
En France, pendant la grossesse, il est pertinent de garder le thon en boîte comme option occasionnelle au sein des deux portions hebdomadaires de poisson, en variant les espèces et en limitant les poissons prédateurs. Priorisez des poissons peu contaminés le reste du temps. Ce cap simple permet de bénéficier des oméga‑3 sans s’exposer inutilement au méthylmercure. Si vous hésitez devant une étiquette, choisissez des espèces clairement indiquées, au naturel, et tenez la portion autour de 120 g égoutté.
Sources
Assurance Maladie (ameli.fr) : Les aliments à éviter et les précautions d’hygiène pendant la grossesse : https://www.ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/grossesse/grossesse-en-bonne-sante/grossesse-alimentation/les-aliments-eviter-et-les-precautions-d-hygiene-pendant-la-grossesse
ANSES : Manger du poisson : pourquoi et comment ? : https://www.anses.fr/fr/content/manger-du-poisson-pourquoi-comment
Assemblée nationale : Question n°13345 : Exposition de la population française au mercure par voie alimentaire : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE13345
EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) : Consommation de poisson et de fruits de mer dans l’UE : sensibilisation des consommateurs aux recommandations alimentaires sur le mercure : https://www.efsa.europa.eu/fr/news/fish-and-seafood-consumption-eu-awareness-dietary-advice-mercury
Le Monde : Mercure dans le thon : l’association Bloom dénonce un « scandale sanitaire » et une réglementation trop laxiste : https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/10/29/mercure-dans-le-thon-l-association-bloom-denonce-un-scandale-sanitaire-et-une-reglementation-trop-laxiste_6364308_3244.html