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Enfant du divorce

mardi 7 février 2006.
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De quoi peut bien souffrir l’enfant d’un divorce ? De rien du tout : il s’en branle. Et comment !
En raison du divorce, il est confié à la garde de son père, tandis que son frère aîné l’est à celle de leur mère. Il la rejoint cependant tous les quinze jours pour passer avec elle un week-end, qu’elle lui consacre : son concubin quitte alors les lieux, pour leur foutre la paix et se rendre en province auprès de ses enfants, nés d’une précédente union maintenant dissoute.
Le reste du temps il vit chez son père, qui s’est trouvé une maîtresse. Avec cette belle-mère en puissance qui l’agresse, le persécute, l’enfant ne s’entend pas vraiment ; elle noircit surtout sa mère, à qui il rapporte des allégations dont elle s’émeut au point de menacer son ex-époux de lui faire retirer la garde du second. Elle ne se rend évidemment pas compte qu’en lui rapportant ce que cette femme dit d’elle, son fils lui laisse entendre ce qu’il pense de sa mère. Pour qu’elle n’y soit pas sourde, il l’appelle très tard le soir, vers minuit. A son appel elle répond et s’attarde à l’écouter : si c’est pas se donner d’amour, ça ! Ainsi passent-ils un peu de la nuit ensemble. Il n’y a pas que les week-end, tout de même. Et que ça plaise ou non au concubin, on n’en a rien à glander.
Quelquefois, c’est à sa grand-mère paternelle qu’il se confie ; elle détient elle aussi un trousseau des clefs de l’appartement du père : elle y arrive donc à l’improviste pour prendre soin de son petit-fils, pour voir s’il n’est pas trop mal traité. Le père est si occupé par son travai,l lui, qu’il ne peut se rendre compte de ce qu’en son absence son fils endure de la part de cette vilaine. La présence inattendue de la grand-mère ne fait certes pas la joie de la " maîtresse " de la maison, mais l’aïeule s’en tape comme d’un hoche-queue.
Trop heureuse de n’en pas perdre une, lorsque son petit-fils lui débite ses déboires, le roi n’est pas son cousin ! De retour chez elle, elle en dresse des réquisitoires ou en fait des gorges chaudes dont son fils fait les frais. Il se dispute du coup avec sa bien aimée, à qui il adresse les plus amers reproches. Pour finir, et à la satisfaction générale, leur couple branle dans le manche. Doit-il la quitter, la garder, ne l’adore-t-il pas, n’est-elle pas si belle ? Nuit-elle réellement à l’enfant ?

Justement, rien ne lui " nuit ". Mettre tout en branle comme on le lui demande implicitement de toutes parts, jouer les boute-en-train (cheval bâtard ayant pour seule fonction, d’exciter la jument de race pour faciliter la tâche du mâle requis) ou les go-between pour ne pas laisser s’éteindre le foyer de la jouissance sexuelle des siens : voilà son rôle. Il a donc à foutre le bordel, le branle-bas, dont tous tirent satisfaction. Il devient pour ce faire la cause, tout autant que l’objet, d’un étrange harcèlement sexuel de leur part : raconte !
De leur jouissance que tire-t-il ? Une autre jouissance, qui n’en est que le semblant. A l’école, il est devenu le petit branleur : tout s’y passe comme s’il n’avait jamais rien à foutre. Ses résultats chutent, il se fait punir. Surexcité, il ne tient pas en place, chahute, ne fixe pas son attention, s’exhibe, se masturbe, simule l’orgasme en contractant pour le creuser son abdomen, afin que comme d’une cornemuse enrouée, s’échappe de son estomac à chaque contraction un râle. C’est à se bidonner.
Il fait tourner en bourrique maîtres, gouvernantes, maîtresse et père. Tout accroît son agitation, rien ne le calme plus, rien ne peut lui être objecté : il ne connaît ni limite, ni contrainte, ni règlement.
Il devient si obscène en séance, si sourd au discours qu’il tourne en dérision, que son psychanalyste finit par lui flanquer une branlée. Il l’avertit aussi que, s’il continue à faire participer toute sa famille aux éclats et aux états de son père et de sa maîtresse, s’il continue à répondre à leur demande, s’il ne s’interdît pas de tout leur raconter puisqu’eux ne peuvent rien s’interdire, il demandera au juge des enfants de le retirer de son milieu familial, pour qu’il soit placé dans une famille d’accueil convenable.
L’avertissement fait immédiatement son effet : il quitte la salle de consultation en claquant la porte mais il informe le jour même tous les membres de sa famille de ce qui les menace. Père et grands-parents téléphonent au psychanalyste. Il sont ébranlés. Il ne poseront plus de question.
A l’école, en famille, en séance, il se calme et regagne ainsi pacifié ses dix ans et demi. Il ne se sent plus harcelé, et le " raconte " laisse place au dire qu’il articule, et qui le parle. Ni la maîtresse de son père, ni surtout sa mère, n’ont pris contact avec le psychanalyste, qui n’a rencontré cette mère qu’une unique fois, au début de la cure de son fils : " c’est à son père qu’il revient de payer le traitement, moi je ne donnerai pas un sou pour ça ! "
Inébranlable...


G. Balbo Voir la fiche de cet auteur


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