Des difficultés d’endormissement ne sont pas rares chez de jeunes enfants entre un et trois ans. Les parents s’inquiètent de voir s’installer un cérémonial. L’enfant, couché vers huit heures et demi à la fin du repas des grands, va faire de nombreuses apparitions dans la salle de séjour, se plaignant de ne pas trouver le sommeil. Il réclame à boire, un bisou supplémentaire, qu’on le borde à nouveau dans son lit. Il se plaint aussi parfois de retrouver dans l’obscurité, des cauchemars répétitifs. En effet, dans cette attente, il reste l’oreille aux aguets, les yeux grands ouverts dans le noir, dans la crainte de voir surgir le loup, le fantôme ou le crocodile de ses angoisses.
Il y a le plus grand rapport entre ces cauchemars angoissants et la nécessité de l’invention de théories sexuelles infantiles. Si l’enfant parvient à inventer une théorie sexuelle qui le satisfait, du moins provisoirement, les cauchemars reculent, le sommeil se rétablit, l’endormissement se fait sans histoire. D’où l’importance de savoir répondre à ses questions au niveau exact où il les formule. Un garçon de trois ans veut savoir si, quand il sera grand, il épousera maman. Une petite fille du même âge demandera quand elle aura des seins et des chaussures à talons comme maman ou si un jour elle aura un zizi comme un garçon. Un enfant de cinq ans s’inquiétera de savoir si un mort peut revenir à la vie, si la guerre peut recommencer, si les requins peuvent s’approcher des plages, les loups sortir des forêts et les dinosaures réapparaître. Il ordonnera le monde en construisant ou en dessinant des châteaux forts et des digues pour mettre les bateaux à l’abri. Il se fera l’allié de personnages tutélaires, Robin des bois, Superman ou Géronimo, auxquels il pourra s’identifier.
Un enfant qui dort mal est celui qui n’a pas à sa disposition un monde imaginaire rassurant qui est débordé par sa propre agressivité et ne trouve pas dans son entourage proche un aîné ou un adulte assez solide capable de le protéger de son angoisse.