Tous les enfants sont instinctivement agressifs. On peut même dire qu’ils détiennent tous un certain potentiel d’agressivité. Les plus actifs l’expriment avec leurs poings et leurs pieds, d’autres provoquent passivement la violence des plus actifs. La rivalité est une phase indispensable des relations entre frères et soeurs, c’est une étape parmi celles que les amènent à la socialisation.
Il est très difficile de dire quand l’agressivité devient pathologique. Certains enfants vivent en état de tension permanente du fait, par exemple, de la mauvaise entente des parents, de l’exiguité des logements, mais aussi à cause de la maladresse des parents qui manifestent trop nettement leur préférence pour l’un de leurs enfants.
L’enfant mal aimé est un enfant jaloux, s’il est trop bridé, il peut éprouver des bouffées de violence qui peuvent faire de lui un adversaire dangereux. Il ne se bat plus pour rire mais pour faire mal. Nous n’avons, jusqu’à présent, parlé que des garçons. Les filles en général se battent moins qu’eux. En réalité les filles ont besoin, comme les garçons, d’exprimer leur agressivité, mais sous une autre forme. Elles donnent beucoup plus d’importance aux moqueries, aux jalousies, aux quarantaines, aux espionnages et aux commérages. Elles cherchent à inhiber les garçons par de petites vexations, des remarques pointues. Si elles en viennent aux mains, elles n’usent pas des mêmes armes ; elles se servent de leurs ongles, elles se tirent les cheveux. Les garçons tiennent en grand mépris ces procédés de filles, ce qui veut dire dans leur bouche que ce sont des procédés déloyaux.
Autrement dit, les manifestations de violence chez les filles sont communément refusées, alors que les exploits combatifs des garçons sont mieux tolérés et même encore parfois sournoisement encouragés par certains parents.
Les enfants transforment en jeu ce qui est le déploiement de leurs rivalités. Tant mieux s’ils sont capables de créer un monde imaginaire qui leur permet d’imaginer des fantasmes de maîtrise qui portent sur la vie et la mort. Ils savent très bien que la guerre est un drame quotidien qui fascine les adultes qui regardent le journal télévisé. Si les enfants ne pouvaient pas jouer à la guerre, ils subiraient passivement le spectacle de ces horribles tueries qui existent quotidienement dans le monde. Ce sont grâce à leurs jeux qu’ils supportent la réalité.
Les filles et les garçons se développent très différemment par rapport à leur corps séxué. La fille est en principe en identification à sa mère et le garçon en identification au père où à l’adulte dans son entourage qui peut lui servir de modèle viril. La mixité à l’école n’empêche pas la ségrégation des jeux à la récréation entre garçon et fille à partir de 9 ans.
Les garçons préfèrent le football et les filles secrètement vexées du désintérêt des garçons les observent à distance et échangent entre elles des confidences et des secrets. C’est l’âge où les filles voudraient en même temps exercer un pouvoir tentateur qui tourne la tête des garçons et les entrainer dans leur rêverie, et en même temps être encore spontannées comme eux et partager leurs jeux un peu trop violents dont ils les tiennent à l’écart. Les garçons, jusqu’à huit ans, s’étaient interessés aux filles en se faisant leur champion dans des jeux guerriers où ils cherchaient à éclipser les autres garçons aux yeux des filles. Mais à 9 ans ils découvrent les jeux sportifs, l’amitié entre garçons et ils laissent tomber les filles. Seuls les plus doux d’entre eux continuent à frayer avec les filles qui se mettent à les snober parce que du coup ils ne se montrent pas assez virils. Les garçons élevés dans des familles où les soeurs sont plus nombreuses, surtout si ce sont des soeurs ainées, peuvent avoir du mal à se montrer garçon dans la mesure où les soeurs ainées essaient d’attirer l’attention du père avec leur séduction naturelle.
Le garçon a à trouver une voie d’accès auprès de son père qui ne soit pas celle de la séduction. Pour se développer en garçon, il a besoin du modèle identificatoire paternel. Faute de réussir à attirer son attention et en difficulté à canaliser son agressivité, il risque de se montrer hargneux, opposant et jaloux. Le père peut lui proposer de l’initier a des jeux de force ou même des sports de combat. Mieux valent les combats à la loyale que les rivalités sourdes dans lesquelles ils risquent de n’avoir jamais le dessus.