De quoi l’enfant a-t-il peur ? L’enfant, plus que les adultes est sensible au bruit. Le bruit de l’aspirateur qui empêche sa mère d’entendre ses appels, le bruit de la chasse d’eau qui entraîne ce qu’il vient de produire et qui dans un tourbillon fait disparaître ce qui l’instant d’avant faisait partie de son corps.
A ce propos je vais vous raconter la consultation d’une jeune mère avec son fils de trois ans. C’est l’école qui l’avait adressée au CMPP (Centre Médico Psycho Pédagogique). Au moment de la rentrée l’enfant avait refusé de se mêler aux autres enfants, dans la classe des petits de l’école maternelle. Il était entré dans une rage folle, se roulant par terre, poussant des hurlements en refusant d’être séparé de sa mère. Elle ne l’avait jamais confié à qui que ce soit auparavant. Elle était provinciale se sentait très isolée en région parisienne et ne s’était liée avec personne. Avec son travail, qu’elle avait quitté à la naissance de l’enfant, elle avait perdu son dernier lien à l’extérieur. L’enfant répétait ses crises d’angoisse dès qu’un étranger lui adressait la parole, aussi bien en plein rue qu’au supermarché à la grande confusion de sa mère silencieuse et discrète.
L’enfant était venu avec sa mère et, chose curieuse, dès l’entrée dans mon bureau il nous avait superbement ignorées, sa mère et moi, et il s’était apparemment absorbé dans les jeux mis à sa disposition. J’avais pris la précaution de lui dire : "Tu es là pour écouter ce que dit maman et nous ne parlerons que lorsque tu le voudras". Sa mère ne tarda pas à me faire comprendre que les difficultés apparaissaient chaque fois que l’enfant avait besoin de faire pipi. Il n’était pas question qu’il opère devant qui que ce soit. J’expliquais tranquillement à sa mère qu’il fallait le laisser se débrouiller tout seul avec des culottes à élastiques faciles à baisser et renoncer à organiser un rituel à heures fixes. Je vis ce petit garçon lever la tête et m’observer du coin de l’oeil. Je poussais mon investigation un peu plus loin et je compris que ce petit garçon était contraint de s’asseoir sur le pot alors qu’il était sûrement capable d’uriner debout. Je m’adressais alors directement à l’enfant et lui demandais s’il savait ce que devenaient ses crottes quand sa mère s’en emparait. Et devant son regard interrogateur et attentif, je recommandais que ce soit lui qui vide le pot dans la cuvette des wc et qu’il appuie lui-même sur le levier de la chasse d’eau et j’ajoutais "les crottes ça ne sert à rien ni à personne et ça part dans les égouts"
Je n’entendis plus parler de ce petit garçon ni de sa mère dans les semaines qui suivirent. Puis un jour, à l’heure du déjeuner on vint me signaler qu’un pompier en uniforme désirait me parler. Ce très jeune homme, rose de timidité était chargé d’un message par sa femme. Elle avait suivi à la lettre mes indications au sujet de leur fils et me remerciait de tout coeur. L’enfant avait cessé toute crise d’angoisse, il avait fait sa rentrée avec quelques retards . Quant à elle, elle avait repris son travail.
Renseignements pris à l’école, l’enfant s’adaptait bien dans sa classe et ne posait aucun problème particulier.