Pourquoi ne pas raconter d’abord une histoire d’accouchement par le siège ?
....C’était son premier qui allait naître, attendu, espéré, désiré... Dubois, l’accoucheur appelé examine Marie-Louise, fronce les sourcils, et fait signe discrètement au mari de le suivre dans la pièce voisine. Le père s’épanouit en apprenant que c’est un garçon. Mais sa joie est brève : c’est un siège dit le médecin , donc pour l’enfant, un pronostic aléatoire.
En conséquence, il se déclare prêt à délibérer, sur la conduite à tenir, avec un autre confrère choisi par la famille.
"Si vous êtes là, c’est parce que vous êtes le meilleur, comme je l’ai fait savoir à tous. Faites comme d’habitude, et ce sera fait au mieux. La seule faveur que je sollicite, si le choix était à faire, c’est que vous épargniez la mère."
Le procréateur repart, les mains croisées dans le dos, la mèche en avant, au chevet de la parturiente pour l’aider, l’encourager, sollicitant du praticien les conseils sur les gestes et les paroles judicieuses pour apporter l’aide la plus efficace. Sous anesthésie verbale et paternelle, l’extraction se termine par l’application du forceps qui permet la sortie de la tête.
L’enfant crie dans les délais raisonnable.......et l’Empereur peut présenter son héritier, le Roi de Rome, au peuple assemblé dans le jardin des Tuilleries..
"La mère d’abord " n’est pas pour surprendre ceux qui savent qu’il n’y a aucun "macho" parmi les Corses.
A Paris, toutefois, actuellement, je parierais que le successeur de Dubois, dans des circonstances comparables, pratiquerait l’opération césarienne. Du reste, je lui demanderai de me le confirmer.
Certes, préalablement, le diagnostic de présentation aurait été fait par échographie, en vérifiant que l’Aiglon avait la tête bien fléchie. Malgré le large bassin que suggérait la silhouette de la nièce de Marie-Antoinette, un scanner ou une I.R.M. en aurait précisé les dimensions, au millimètre près. Peut être même une psychologue serait-elle venue s’enquérir du choix anesthésique à faire : péridurale ou anesthésie générale ? On aurait fait une perfusion pour diluer le sang et éviter de perdre trop de globules rouges, en contrôlant la tension. On aurait aussi mis à l’épreuve le bébé en déclenchant quelques contractions pour s’assurer que celles-ci n’empêche pas bébé d’être bien oxygéné.
Aujourd’hui donc, nul ne pouvant assurer au préalable, ni la bonne dynamique de cet utérus de primipare, ni le bon fonctionnement des différentes fonctions maternelles et fStales sollicitées, qui oserait proposer au Souverain l’éventualité d’un essai, peut être infructueux, voire périlleux, de la voie basse ?
Qui, par ailleurs, dans la Capitale possède, sécurité oblige, l’expérience acquise et entretenue des extractions instrumentales pour les enfants à naître par le siège. Peuvent-ils, en cette occurrence, faire mieux que Dubois, en profitant des moyens qui sont devenus les nôtres ? ( Je ne parle, bien entendu, ni des moyens intellectuels, ni de l’adresse manuelle).
Un peu obnubilés par le péril foetal, prennent-ils en compte le risque maternel inhérent à toute intervention chirurgicale, statistiquement cinq fois plus important que celui de l’accouchement par les voies naturelles. (Les "incidents" opératoires connus par un Ministre de la République l’ont récemment rappelé).
Je ne fais pas de polémique : je veux montrer que les décisions obstétricales, malgré les techniques dont on dispose aujourd’hui, restent difficiles à prendre. Les éléments de la décision sont multiples. Tenter de les expliquer au public dans leur diversité sans le noyer dans leur complexité, c’est un exercice délicat. Au terme du propos, je m’estimerai satisfait si j’ai réussi, dans le même temps, à vous convaincre que : la médecine reste un art et les médecins des artisans.